L'invitation à la danse - Philip Justin Mamelic - Pexels

L’invitation à danser, cet enfer

Ce qu’il y a d’intéressant avec les danses dites sociales, selon moi, c’est justement le côté social du bal : danser avec plein de gens, rencontrer des personnes différentes. C’est à la fois la qualité et la difficulté de la chose, car à la base de toute interaction de danse, et, quelle que soit la danse, on retrouve une constante : l’invitation. 

Ça m’a pris du temps de savoir comment inviter une personne à danser et comment se faire inviter à danser. Aussi, je vais partager mon introspection sur ce sujet, en mettant l’accent sur les différents éléments de ce moment hautement social, important, complexe, parfois même dangereux, frustrant et douloureux…


Précision : je vais parler ici principalement des interactions dans les milieux de danse hétéro centrés. Je ne connais pas assez bien les milieux queer et leurs modes de fonctionnement pour en discuter ici, même si je suis convaincue ielles ont plein de choses à nous apprendre sur la question. L’angle abordé sera celui de la danse de couple, car les danses collectives ont généralement leurs propres règles de mise en place et d’invitation. Je suis bien consciente de dire des généralités, et que toutes les communautés ne fonctionnent pas de la même manière.

Par ailleurs, j’exprime ici mon propre ressenti, lié à mon expérience personnelle. Nous n’aurons pas forcément le même ressenti ni le même avis, et c’est ok.


Invitera, invitera pas

Me voilà en bal, au tango, à la salsa, au blues dancing, au lindy hop, au bal folk… Je me suis acquittée de mon entrée, j’ai changé de chaussures, j’arrive sur le parquet… Que je sache danser ou non, normalement dans cet espace social, j’espère :

  • a) danser au moins un peu, 
  • b) passer un bon moment  / m’amuser

Reste la grande question : danser avec qui, et comment accéder à ces danses.

Commençons par le début. L’invitation, c’est donc l’interaction entre deux personnes (en danse de couple) qui va me permettre d’accéder à la danse, pendant un laps de temps défini. Cette invitation peut prendre différentes formes (on verra), peut permettre la mise en place de limites (on verra) ou de conditions (on verra). Dans les deux protagonistes, il y a le plus souvent une personne qui invite, et une personne qui est invitée.

Cette interaction peut donner lieu à une acceptation, ou un refus. L’acceptation donne lieu à la danse.

La communauté dans laquelle vous allez danser

Dans nos communautés de danse occidentales contemporaines, le bal est un espace grand public dans lequel les gens viennent danser. C’est généralement la fonction principale, même si plein d’autres choses peuvent s’y dérouler : retrouver des amis, boire un verre, manger, apprendre la danse…

L’une des particularités du bal, c’est que c’est un espace public qui rassemble souvent des gens très différents, que ce soit par le milieu socio-économique, le genre, l’âge… C’est un rassemblement d’individualités hétéroclites qui se retrouvent autour d’un intérêt commun.

C’est un espace constitué de règles, dont certaines reflètent le monde extérieur (ex : le consentement) et des règles sociales propres à la danse pratiquée ou sa culture d’origine.

Enfin, le contexte du bal – si c’est un bal de village avec 20 personnes débutantes ou un festival international avec 1000 personnes expérimentées – va également influencer le nombre ou la qualité des interactions qui auront lieu.

Si vous vous rendez pour la première fois dans un espace de danse inconnu, vous espérez bien sûr être accueilli par une  communauté assez ouverte et bienveillante envers les débutants et les nouvelles têtes, et où les gens vont spontanément venir faire connaissance et, espérons, proposer des invitations à danser.

Je pars du principe que personne ne souhaite tomber sur une communauté complètement sectaire et élitiste, mais peut-être que je me trompe.

Dans ses ouvrages, Christophe Appril, sociologue de la danse, mentionne plusieurs fois que l’invitation fait partie d’une série de rituels que la communauté met en place pour se structurer. Il me semble évident que ces rituels ont évolué avec le temps, en fonction de la danse, et également en fonction de l’endroit.

Par exemple : on n’a plus besoin de chaperons comme du temps de mes arrière-grands-parents, on n’invite pas à danser à Paris comme à Buenos Aires, et on n’invite pas à danser au tango comme au swing.

Avoir connaissance et conscience des mécanismes d’invitation de la danse et de l’endroit où vous êtes devrait donc (normalement) être un atout qui facilite nos interactions. Être débutant et ne pas connaître ces mécanismes peut potentiellement nous ralentir, voire nous pénaliser.

L’importance du contexte

Me, myself and I

Quand j’entre dans un espace social, c’est avec ma réalité, mes forces et mes faiblesses :

  • Mon niveau technique en danse,
  • Ma connaissance du milieu,
  • Mon capital social (les gens que je connais, la réputation que je peux avoir),
  • Mon physique, mon hygiène et la manière dont je suis habillée,
  • Mon caractère introverti ou extraverti et ma capacité à provoquer des échanges,
  • Mon passif personnel, mon humeur et ma forme physique du moment,
  • Mes privilèges ou mes handicaps si j’en ai.

Ces différentes composantes vont, que je le veuille ou non, placer sur moi une sorte de note de « désirabilité » comme partenaire potentielle, et cela va avoir une influence sur le nombre d’interactions que je pourrai avoir au cours de la soirée.

Le terrain des privilèges et des discriminations…

Je pense qu’il est important de prendre conscience que nos expériences de danseurs et danseuses ne sont pas équivalentes d’une personne à l’autre.

Par exemple, une jeune femme m’a dit un jour “Au tango, les gens sont tellement gentils, depuis le jour où j’ai mis les pieds dans une milonga, les hommes m’ont invitée directement avec beaucoup de bienveillance, et j’ai tellement dansé que j’ai progressé très vite.”

Ce témoignage, tout valide qu’il soit pour cette personne, n’est pas du tout équivalent à l’expérience que j’ai eu moi-même du tango argentin, beaucoup plus compliquée concernant l’invitation et l’accès à la danse. Et pourtant, mon expérience personnelle est probablement meilleure ou pire que tout un chacun, et pour plein de raisons qui peuvent s’expliquer, au moins partiellement, par la notion de privilèges et de discriminations.

Privilège : Droit, avantage particulier accordé à un individu ou à une collectivité, en dehors de la loi commune.

Source : Comprendre le féminisme

La roue est inspirée de l’illustration de Sylvia Duckworth et des travaux de ccrweb.ca. Elle a été réalisée par l’illustratrice Camille Perron-Cormier.

Source : Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick

On touche là à un concept que connaissent bien les féministes et les militant·es antiracisme : quand on est jeune, beau, blanc, valide, riche, on a des opportunités sociales beaucoup plus facilement que quand on est âgé et/ou, racisé et/ou handicapé et/ou pauvre. Évidemment, il est possible de cumuler les privilèges, et également de cumuler les discriminations.

D’autant plus qu’en bal, nous sommes d’une certaine manière “en concurrence” dans la recherche de partenaires parmi les gens qui partagent le même rôle de danse. Comprenez par là que, quand il y a une asymétrie entre le nombre de personnes qui guident et de personnes qui suivent, les personnes faisant partie du groupe désavantagé (souvent les femmes dans le rôle de suiveuses) rentrent en concurrence pour accéder à la danse.

Si vous êtes jeune, beau/belle, mince, riche, avec un bon niveau technique, vous avez statistiquement plus d’opportunités que d’autres. Oui, je précise également riche, car la richesse est un facteur important, car il permet :

  • de prendre des cours (parfois plusieurs fois par semaine, parfois des cours privés)
  • d’aller à autant d’événements qu’on le souhaite, parfois à l’étranger (et donc d’être « vu » et de gagner en expérience)
  • d’acheter des vêtements ou des chaussures qui collent à l’esthétique recherchée par les danseur·euses de certaines communautés de danse

Je le répète : nous ne sommes pas plus à égalité dans la danse que dans la vie.

D’où un certain nombre de questionnements ou de stratégies qui se mettent en place : comment me faire inviter plus / pourquoi je ne suis pas (assez) invitée, comment gagner en popularité, etc.

…et des attentes

Se déplacer pour aller au bal, c’est également avoir des attentes personnelles sur notre soirée. Qu’on rejoigne des amis ou que l’on s’y rende seul.e, les invitations que nous donnons et que nous accordons, ainsi que leur fréquence, sont soumises à nos propres barèmes.

Se déplacer pour aller danser, c’est déjà faire preuve d’une attente, que ce soit un besoin de socialiser ou de bouger. En fonction de notre état physique ou de fatigue, le volume de danses qu’on souhaite faire peut varier, mais une personne qui sort de chez soi plutôt que de rester dans le canapé a trouvé ses propres motivations. Ces motivations ou limitations peuvent également nous pousser à sélectionner nos partenaires selon différents critères.

Dans l’enquête sur les danses sociales et le handicap, par exemple, plusieurs personnes ont indiqué n’inviter que des personnes de leur connaissance afin de pouvoir se garantir d’une sécurité ou d’un respect de leur corps.

Au delà des considérations de sécurité, qui sont bien sûr capitales et non négociables, je pense que nous avons également tous un barème personnel et que nous ne classons pas les interactions de la même manière.

Il y a des interactions que nous jugeons valorisantes et d’autres sans valeur, non souhaitable, voire dévalorisantes :

Certain·es viennent pour draguer ne sont pas intéressé·es pour inviter ou être invité par une personne qu’il ne trouve pas attractive

Certain·es ne souhaitent pas danser avec les débutants / ne souhaitent danser qu’avec des personnes d’un meilleur niveau

Certain·es souhaitent danser, mais ne souhaitent pas qu’on les invite à faire un autre rôle

Certain·es ont des comportements discriminants envers des personnes qui pourraient les inviter à danser : homophobie, grossophobie, racisme, validisme…

Il y a des interactions qui sont plus faciles à mettre en place que d’autres :

Quelqu’un qui est débutant n’osera pas toujours inviter une personne très expérimentée.

Quelqu’un qui ne connaît personne aura plus de difficultés à inviter.

Quelqu’un qui a un handicap ressentira peut-être de l’appréhension / de la peur face à l’invitation.

Comprenez bien que ce ne sont ni ces personnes ni leurs invitations qui ne sont pas souhaitables, mais bien le regard personnel/jugement que nous leur portons.

Et parfois, ce n’est pas joli-joli.

C’est pourquoi je pense qu’il est particulièrement intéressant de s’autoanalyser pour prendre conscience de nos éventuels biais d’invitation, autant que des stratégies que nous mettons en place pour accéder à des invitations à danser.

J’ajouterai dans notre rapport aux autres, nous sommes également sujets à des croyances limitantes, comme :

  • Être invité serait plus gratifiant que d’inviter
  • Être invité uniquement par de bons danseurs est plus gratifiant que d’être invité par des débutants

Reconnaître ses propres biais

Pour illustrer mes propos sur les biais d’invitation, je vais prendre mon exemple personnel.

La première chose que je note, c’est que pour ma part, mes attentes ne sont pas égales dans le temps ni à chaque événement, ou en fonction des danses (pour rappel, je danse le bal folk, le tango, le forrò, le blues dancing et un poil de lindy hop, toutes en double rôle et donc à des niveaux différents).

Plusieurs paramètres influent sur mes invitations :

Mon niveau de fatigue : si j’ai moins d’énergie, j’invite moins de personnes inconnues, par exemple. Mais si je suis en forme, j’inviterai plus de gens.

Ma confiance en moi : Entre une danse où je suis débutante et le bal folk où j’ai mon meilleur niveau, ma crainte d’être à la hauteur de mes partenaires n’est pas la même. Elle influe clairement sur le nombre d’invitations que je vais oser donner. En bal folk, je suis en confiance sur mon niveau, je peux inviter n’importe qui. En tango, j’ai arrêté de dire aux gens que j’étais débutante après 2 ans 1/2, mais je préviens encore que mon niveau de guidage est faible.

Mon expérience de la danse : Après plus de 15 ans de danse, j’ai dépassé beaucoup de freins dans mon cheminement, de la crainte d’inviter des inconnus, des personnes plus expérimentées… Mais il m’en reste encore parfois, en fonction de la danse pratiquée.

L’événement / le lieu : Dans ma scène de danse habituelle, les bals réguliers / de quartier, j’invite tout le monde, sans distinction. À certains festivals, j’ai tendance à être plus sélective et à inviter des amis plutôt que des inconnus.

Mon biais personnel est l’invitation au niveau.

Si je ne connais personne, par exemple à l’étranger, j’ai davantage tendance à inviter 1. les femmes 2. qui dansent bien. Je suis attirée par la perspective d’une belle connexion. Je mets les femmes en premier plan, car j’ai également un besoin de réassurance : je trouve qu’en général, les femmes sont plus accessibles, elles guident bien, elles suivent bien et elles sont moins promptes au rejet. Idem pour mon ratio d’invitation : je suis plus invitée par les femmes, je suis plus acceptée par les femmes.

Je le redis, c’est un biais (tout va bien : j’ai aussi plein de bonnes danses avec les hommes). Et à partir du moment où je l’ai conscientisé, j’essaie de dépasser mes préjugés et d’ouvrir mes horizons, par exemple en faisant des invitations “random”. Je me dis “allez, la prochaine danse, j’invite la personne à côté de moi sans aucune sélection ».

Alors, cette invitation ?

Une fois ma potentielle partenaire repérée se produit l’interaction tant redoutée : l’invitation. Elle peut être initiée par moi, ou par l’autre personne.

Le genre de la personne va très souvent orienter la répartition des rôles, mais il est parfois sous-entendu que la personne qui invite va guider la danse. Depuis que j’enseigne la danse, j’observe aussi qu’on m’invite beaucoup pour que je guide, indépendamment du genre des partenaires, et je n’ai pas encore analysé pourquoi.

Il y a deux issues à une invitation, l’acceptation ou le refus, mais plusieurs cas de figure :

  1. L’acceptation volontaire : on est tous les deux super content·es d’aller danser, et on accepte avec un plaisir mutuel
  2. L’acceptation subie : la personne invitée accepte, mais à contrecœur, pour une raison X
  3. Le refus bienveillant : la personne invitée refuse mais le refus a été bienveillant et accepté sans frustration
  4. Le refus subi : la personne invitée refuse sans bienveillance, et l’invitant en conçoit de la déception, voire de la douleur ou de la rancœur
Acceptation volontaire
Acceptation subie
Acceptation subie

Refus bienveillant
Refus subi

En fonction de la soirée, nous allons inviter, accepter ou refuser un nombre important de fois. Notre opinion finale sur ladite soirée dépendra probablement en partie du nombre d’acceptations ou de refus que nous allons vivre, ainsi que de la qualité des danses qui en ont découlé.

Savoir inviter, une compétence

Au cours du bal, nous allons le plus souvent rencontrer deux typologies d’invitations :

  • l’invitation verbale directe, le fameux “tu veux danser ?” à l’ancienne
  • l’invitation visuelle, faire comprendre qu’on veut inviter la personne par le regard ou l’attitude corporelle
Do you wanna dance ?

Quand je me sens assez extravertie pour inviter

Mon, mon rapport à l’invitation, donnée ou reçue, est une “soft-skill” (compétence douce) perpétuellement en évolution, qu’il a fallu réfléchir et travailler.

Et en rédigeant cet article, j’aimerais qu’on prenne la mesure de la compétence sociale dont il est ici question, et ce que doivent endurer toutes les personnes timides, introverties, ou hors de la norme, de devoir se confronter a donner ou recevoir une invitation, ou encore pour la refuser.

L’incontournable consentement

Si vous suivez ce blog régulièrement, vous aurez peut-être lu l’article complet que j’ai dédié au Consentement sous toutes ses formes. Car oui, au delà de l’invitation à danser, je pense que le consentement regroupe différents aspects qui se déclinent tout au long de la danse : le consentement lors de l’invitation, le respect du refus, le choix du rôle de danse, la posture, le respect du corps de l’autre, la possibilité d’arrêter la danse à tout moment…

Car oui, ce consentement est révocable.

Surprise : le consentement dans la danse, c’est AUSSI comme une tasse de thé

Formaliser l’invitation

La manière de procéder à ses invitations est souvent simple et bienveillante, mais peut parfois se trouver problématique.

Par exemple, je pense que prendre une personne par la main et l’amener sur la piste sans lui avoir parlé ou échangé d’une quelconque manière n’est PAS OK, de même qu’interrompre la danse de deux personnes sans leur consentement (exemple typique : deux femmes qui dansent ensemble et que deux hommes viennent « sauver ») . Ce n’est pas une invitation, c’est une imposition.

Il y a bien des manières de s’assurer du consentement d’une personne par la parole, le regard ou la gestuelle. À mon sens, c’est indispensable.

Les interactions sans consentement préalable ne seront pas toutes traumatisantes pour la personne qui les subit, ce n’est pas pour autant qu’elles sont acceptables.

Une bonne invitation est une invitation détendue et souriante, consciente du fait que la personne peut répondre non, et que ce serait complètement acceptable.

Et si je n’ai pas envie d’inviter ?

Libre à vous d’être à l’initiative de l’invitation ou non. Toutefois, les esquives du type “c’est aux hommes d’inviter”, “je ne veux pas inviter toute la soirée”, etc., peuvent jouer en votre défaveur et vous priver de potentielles belles danses. De même que l’idée de catégoriser les interactions (il n’y a que les mauvais danseurs qui m’invitent, c’est toujours moi qui invite…) me semble être un mauvais réflexe.

Mettre des conditions et des limites à l’invitation

On y pense pas toujours, mais ce moment d’interaction dans l’invitation est l’occasion de déterminer les modalités de la danse. On peut y mettre des conditions ou des limites. Et surtout, on peut demander à la personne si elle a des conditions ou des limites, car de nombreuses personnes ont peur de les exprimer.

Lesquelles ?

Toutes celles en rapport avec le consentement et le bien-être de la personne. Voici une petite liste :

  • Le rôle de danse que vous souhaitez
  • La possibilité de changer de rôle pendant la danse ou non (ok, mais j’aime bien échanger de rôle pendant la danse, est-ce que ça te va ?)
  • Les inconforts physiques ou les handicaps (ok, mais j’ai besoin que tu me tiennes par le poignet, car j’ai une blessure / un handicap)
  • Les préférences (ok, mais je n’aime pas trop courir partout, on peut faire une danse sage ?)
  • Le niveau de danse (je suis débutant·e, est-ce que ça te convient de faire simple ?)

Il semble que les expériences négatives des danseurs sont régulièrement liées au fait que les limites d’une personne aient été dépassées. Il est parfois aussi difficile d’exprimer ses limites, de peur qu’elles soient mal reçues ou de passer pour une personne casse-pieds. C’est notamment le sens de certains témoignages de l’enquête sur la danse et le handicap, où certaines personnes ont été qualifiées de rabat-joie, alors quelles essayent juste de verbaliser leurs limites.

Comment refuser une invitation ?

Le véritable enjeu, il est en réalité là, sur la notion de consentement, et je pense qu’il y a un gros travail de pédagogie et de sensibilisation à faire sur ce sujet, auprès de tous les danseurs et danseuses, débutants ou non.

Face à une invitation directe, certains et certaines se sentent obligés de dire oui alors qu’ils n’en ont en réalité pas envie. Ce serait impoli de refuser une danse, ou il faudrait absolument donner une raison (je suis fatigué, j’attends quelqu’un etc.). Pire, je refuse, mais la personne insiste, voire force.

Non, mais…

Pour avoir été beaucoup refusée dans ma vie, je pense que ça a été une remise en question personnelle importante de savoir accepter les refus gracieusement, sans que ça n’entame ma confiance en moi. Mais cela ne peut se faire que si la personne qui me refuse le fait gentiment et qu’il est bien clair pour moi que JE ne suis pas le problème.

Et de ce côté, sachez qu’il y a beaucoup d’efforts à faire sur le parquet.

Qu’est-ce qu’un refus bienveillant ?

Pour moi, ça commence par regarder la personne, et de formuler une phrase polie, gentille, et surtout sincère.

Personnellement, je suis quelques règles :

  1. Je ne justifie pas mon refus, sauf si j’ai envie. Non merci 🙂
  2. Je pense à mon langage corporel, j’essaie de faire transparaître ma sincérité dans ma voix et dans mes yeux, en établissant un contact visuel avec la personne
  3. “Avec plaisir plus tard”, quand je le pense vraiment, je le dis et j’essaie de  mémoriser le visage de la personne pour effectivement l’inviter à mon tour plus tard

S’il y a des enseignants de danse qui me lisent : parfois, j’entraîne les gens à dire non en atelier, de manière bienveillante. Ça fait partie de la transmission. Plusieurs personnes ont déjà ironisé sur le fait qu’on prenne du temps à travailler sur le refus, comme si ça n’était pas nécessaire. Pourtant, à mon sens, dire non de manière bienveillante et oui de manière optimiste n’est pas un acquis de base et les gens devraient s’entraîner.

Le jeu du non bienveillant

Savez-vous interpréter les signaux non verbaux ? Pouvez-vous reconnaître lequel de ces non est bienveillant ?

Choix 1
Choix 2
Choix 3
Choix 4

Faire partie de la communauté, c’est aussi dire oui

Vous allez penser que je souffle le chaud et le froid mais, pour que la communauté fonctionne, il faut que les gens répondent oui aux invitations. On a tous des aspirations de partenaires ou de niveaux. Si nous disons non à toutes les personnes qui ne sont pas à la hauteur de nos standards, les personnes en bas de la hiérarchie sociale ne parviendront jamais à danser à leur tour. On veut tous avoir de belles danses, progresser, danser avec les bons danseurs. On a aussi tous été débutants et maladroits.

Faire communauté veut également dire inclure de nouvelles personnes.
Sans communauté bienveillante, pas de survie du groupe.

C’est paradoxal, car j’ai l’impression qu’on est parfois beaucoup trop tolérant avec les comportements limites ou abusifs, et en même temps extrêmement exigeant avec nos partenaires qui devraient à la fois être beaux et bons danseurs. Alors peut-être ne plaçons-nous pas nos efforts au bon endroit ?

Faire communauté veut également dire inclure de nouvelles personnes. Une personne qui se verra constamment rejetée finira par ne plus revenir, elle dira également partout autour d’elle à quel point votre soirée ou votre communauté est nulle. Et qui pourrait l’en blâmer ?

Il y a autour de nous des débutants, des gros, des vieux, des moches, des gens en fait qui aiment danser. Sans pour autant se forcer — il y a des jours où l’on a pas envie de se confronter à des débutants ou des inconnus, ok –  pensez aussi à sortir de votre zone de confort de temps en temps. Comme dans bien des démarches, si l’on ne conscientise pas le fait d’inviter des débutants, souvent on ne le fait pas. Je vous invite, comme moi, à vous questionner en allant à la soirée “quel est mon état d’esprit aujourd’hui ? Est-ce que j’ai envie de danser avec des débutants ou des inconnus ? Quand ? Combien ? Plutôt en début de soirée ? …”

Stratégie n°4 : Se questionner en allant à la soirée “quel est mon état d’esprit aujourd’hui ? Est-ce que j’ai envie de danser avec des débutants ou des inconnus ? quand ? combien ? plutôt en début de soirée ? …”.

Faire communauté, c’est se dire “nous ne ferons pas la meilleure danse de la soirée, mais la communauté a fait ça pour moi, et je vais contribuer à faire passer une bonne soirée à cette personne”.

Un jour, j’ai remercié un ami tanguero d’avoir dansé avec moi malgré notre différence évidente de niveau. Il a répondu : « J’investis dans ton futur niveau« . Voilà. Investissons dans le futur des autres danseurs.

Comment je me suis sentie

Comment je me suis sentie

Certains soirs en bal, tu traverses des zones de turbulence où tu souhaiterais être ailleurs. Où tu peines à trouver ta place. Alors tu t’enfonces, doucement, dans la frustration de ne pas être choisie. La jalousie face à d’autres danseurs plus doués, plus gracieux… On ne veut pas de moi, je suis trop gauche, trop terne… Je suis une paria de la piste de danse”. — Laetitia Carton, le Grand Bal (00:26:12)


Cas d’école : le cabeceo et le tango, une solution?

J’aimerais prendre l’exemple du cabeceo au tango car c’est à ma connaissance la seule danse sociale qui a un système clair et normé sur l’invitation, avec ses avantages et ses inconvénients.

Le cabeceo qu’est ce que c’est ?

Le cabeceo est le système d’invitation par le regard dans les milongas (bal tango). Dans les milongas dites “traditionnelles”, l’invitation directe est proscrite, considérée comme grossière et forcée, et abandonnée au profit d’une solution plus discrète et élégante, qui se déroule en plusieurs actes. Il fait partie des codigos, le code du tango qui comporte plein d’autres règles de la milonga comme le respect des lignes de danse, par exemple.

Ça se passe pendant la cortina, le moment de pause entre les tanda, une session de plusieurs danses d’affilée (généralement 3 ou 4 danses avec le même partenaire). L’invitation vaut pour la tanda complète, jusqu’à la prochaine cortina.

  1. L’homme et la femme parcourent la salle du regard. La femme est souvent assise.
  2. Leurs regards se croisent, c’est la mirada.
  3. L’homme fait une invitation par un hochement de tête.
  4. La femme fait un signe de tête si elle accepte, détourne le regard si elle veut dire non.
  5. La femme ne se lève pas (peut-être que l’invitation était pour la voisine !). L’homme s’approche d’elle et lui tend la main pour qu’elle le rejoigne sur la piste (ouf, c’était bien moi).
  6. Après la tanda, l’homme remercie la femme et, normalement, la ramène à sa place

L’acceptation vaut donc pour l’intégralité de la séquence de plusieurs danses. Elle n’est pas interrompue, sauf si l’un des partenaires le décide – généralement pour des motifs assez graves (une personne se comporte mal, un inconfort notoire, une trop grande différence de niveau…). Dire merci équivaut à quitter la danse, on ne se remercie donc jamais pendant la tanda si tout se passe bien.

Un système qui favorise le “non”

Ce n’est donc pas un système où l’homme invite stricto sensu, car pour que ça fonctionne, il faut que l’homme et la femme fassent tous deux l’effort du regard. Au tango, on part du principe qu’une invitation directe est une manière de “forcer” l’acceptation, car les personnes ont plus de difficulté et peur de formuler un refus à l’oral. Le système favorise le non, car la personne a toute latitude pour refuser, tout simplement en faisant semblant de ne pas avoir vu qu’on l’invitait.

La fonction première de ce système serait donc de ménager les égos. L’homme n’a pas à essuyer de refus direct qui blesserait sa fierté, la femme étant mise dans une position de pouvoir, car ayant le dernier mot. Je parle ici d’homme et de femmes, car bien sûr, c’est un système intrinsèquement hétéronormé. Si les femmes se mettent à guider et les hommes à suivre, ça devient plus compliqué.

Who do I share my dances with? Well, anyone who smiles at me and accepts my invitation. But the first step for me is that I invite my casual tango partners with integrity. I wouldn’t dream of pressuring anyone to dance with me. I invite by mirada-cabeceo which is the most gentle, non-manipulative way of inviting someone to dance. I use the mirada-cabeceo 90% of the time and I am very careful when using a verbal invitation. I have noticed that the nonverbal mirada-cabeceo is an Argentinian tradition which some Queer Tango Communities do not like. They find it too heteronormative and leader-centric, thus some queer tango communities are promoting the use of verbal invitations among their members. Other European dancers who know of the cabeceo may feel uncomfortable with it because of the gaze. Therefore, I suppose, I often pass below the radar of many intermediate dancers ̶ which is OK .

I try to catch the eyes of my female peers. You could say that they are my ‘target group’ as I am standing at the edge of the dance floor, hoping to catch the eye of a potential dance partner. Early in my life with tango, I decided to focus on learning what I think it takes to make tangueras of my age want to dance with me. The fact that I sometimes feel as if I am invisible to many of the dancers at the Queer Tango Festivals is an interesting experience. It is an experience not dissimilar to that of dancing at mainstream milongas. One gravitates towards some people and shies away from others… Nobody ever dances with “everybody”. That is not how it is done. We each have our individual preferences.

Queer tango futures – Dancing for change in a Post-Covid World

Le cabeceo fonctionne-t-il ?

Sur le papier, le calcul semble parfait. Les égos sont ménagés, les personnes ne se sentent pas obligées de dire oui à une danse. Pour ma part, mes sentiments à ce sujet sont plus que mitigés.

Déjà, j’ai le plus grand mal à savoir où poser mon regard, et vers qui. Un système où il faut clairement s’entraîner ne me semble pas très accessible. Pour tout vous dire, il m’a fallu 10 ans pour comprendre qu’au tango, on ne cherche un partenaire à la volée en souriant en en parcourant l’assemblée du regard (comme toutes les autres danses). Il faut cibler des personnes bien précises. LE danseur. LA danseuse. Les danseurs, apparemment, n’invitent pas ceux qui sont prêts à danser avec n’importe qui. Cette idée va complètement à l’encontre de ma nature.

Par ailleurs, je n’ai jamais compris d’où venait cette idée qu’être ignorée faisait moins mal que d’être refusée, mais c’est peut-être juste moi. Quand on m’a dit (je cite) “Si je cabeceo ne fonctionne pas, c’est qu’il fonctionne” (traduisez, si personne ne t’invite, c’est que personne ne veut danser avec toi, aka c’est bien mérité, fais-toi une raison), pardonnez-moi, mais je l’ai davantage perçu comme une violence plutôt qu’un empouvoirement de ma personne.

La règle des 10 tandas

En tant que femme qui suit, le tango argentin est la seule danse où je m’impose de compter les invitations.

J’ai estimé – et c’est personnel – que si je me rends à une soirée de danse, je suis consciente qu’on ne va pas m’inviter à TOUTES les danses, ni même à la moitié. J’ai fixé la valeur de mon temps, de mes efforts (et de l’argent que j’ai investit dans des cours pour monter mon niveau) à 30%.

La danse n’est pas un dû, ni un objet ou un loisir de consommation. Et pourtant, dans un espace public où la danse m’est accessible, où je suis venue pratiquer ma passion, j’aimerais que la communauté me permette d’y accéder. Juste danser un peu, sachant que je ne suis ni la meilleure ni la pire. Une anonyme comme il y en a des milliers.

Donc, je laisse passer 10 tandas, et si je n’en ai pas dansé 3, j’arrête d’attendre pour rien et je pars. 30 minutes de danse sur 2h30 de bal. Et déjà, passer 2h30 à regarder les autres danser, c’est long.

On pourra me dire que regarder les autres, c’est aussi apprendre, que je ne correspondais pas aux 1000 injonctions de tenue, de sourires, de chaussures. Ou encore que comme vous avez mis des baskets, vous avez donné le signe que vous vouliez guider, et donc vous êtes devenue ininvitable pour suivre (voilà bien la remarque la plus stupide que j’ai jamais entendue). Vous pouvez penser que je suis trop exigeante, que ne travaille pas assez la danse ou que j’ai un physique trop disgracieux. Ça peut être pour toutes ces raisons ou aucune d’elles. Car, en réalité, ça ne devrait même pas être la question.

J’ai déjà parlé de la liste d’injonctions qu’on se donne allègrement comme conseils entre danseuses (souriante, bien placée, disponible, bien habillée, ne pas trop parler à sa voisine…), mais il est rarement évoqué le fait que l’on pourrait tout simplement être de meilleure volonté.

Je pense qu’une communauté de danse saine comprend une responsabilité et une bienveillance collective qui visent à assurer un peu d’estime et de temps à chacun, quel que soit son niveau. Certaines communautés de tango l’ont bien compris, et ont d’ailleurs mis en place des règles publiques pour inciter à l’invitation.

En matière d’invitation, le cabeceo, qui consiste à échanger les regards, rend la danseuse active. Mais ce rituel est une élégante manière de leur interdire de renverser les codes et de prendre l’initiative d’inviter unilatéralement les danseurs, ce qui demeure toujours possible pour les hommes.

« Faire l’homme » ou « être un homme » en danse : la mixité à l’épreuve de l’hégémonie masculine
Christophe APPRILL sociologue – Centre Norbert Elias (EHESS-CNRS), Observatoire des Publics, des Professionnels et des Institutions de la Culture (OPPIC)

Cette idée de la sélectivité au tango est douloureuse pour moi, car il existe des soirées de tango qui ne sont pas sélectives.

De mon point de vue, la communauté tango est parfois piégée par ses propres rituels. La plupart des danseurs réclament le cabeceo, mais des générations de femmes et d’hommes avouent leur frustration de n’être jamais invité, de galérer sans fin pour inviter ou rencontrer des gens. Le système codifié devient une sorte de rite de passage, ou parfois il est revendiqué comme une pratique culturelle hyper importante héritée des vrais danseurs de tango argentins.

Beaucoup de danseurs évoquent d’ailleurs l’aspect traditionnel et culturel du cabeceo. Je ne suis pas argentine, alors effectivement, c’est peut être hors de ma compréhension. Je vous avoue que, pour moi qui danse majoritairement des danses nées avant le XVIIIe siècle, des pratiques sociales établies pour une danse dont l’âge d’or remonte aux années 1930 me laissent assez indifférente. On a bien abandonné les chaperons, nous pourrions survivre sans le cabeceo.

Blague à part, quand on me demande où je place ma ligne entre préserver et remettre en question, je me suis fixée clairement que ce qui est technique doit être préservé, et que ce qui est social peut être remis en question et donc, à minima, discuté et transmis par le récit plutôt qu’appliqué.

L’échec ne vient pas du mode d’invitation, il vient du risque

Selon moi, le problème ne vient pas du mode d’invitation, mais clairement de l’absence de bienveillance entre les personnes dans certains espaces de danse. On pourrait tous s’inviter par le regard si on avait envie de découvrir le voisin ou la voisine. Mais pourquoi les tangueros et tangueras ont-ils si peur de tomber sur de mauvais danseurs ?

Quand j’en discute avec les autres tangueros et tangueras, la plupart défendent le système par peur de se retrouver coincés trois danses d’affilées avec une personne inconfortable, voire blessante. Voilà, à mon sens, le cœur du problème : le consentement et le respect du corps des partenaires ne sont PAS suffisants. Et comme j’ai pourtant l’impression que le discours sur le consentement est pourtant assez présent dans les milongas que je fréquente, j’en déduis que c’est la sanction qui ne l’est pas assez.

Encore une fois, ce qui me fait continuer de pratiquer cette danse, c’est d’être passée en double rôle et d’avoir appris à guider des femmes. D’une certaine manière, ça me garantit un accès à la danse, car l’asymétrie guideurs/suiveuses sera toujours en ma faveur, quel que soit le côté de la balance. Dernière anecdote, le tango est aussi la seule danse où l’on m’a jamais suppliée de faire danser quelqu’un. Je ne savais guider que la marche en ligne droite, j’étais trop consciente de ma faiblesse de niveau pour faire le cabeceo, est c’est donc à l’oral qu’elle est venue me faire part de son désarroi : « j’ai vu que tu guidais tes copines, je me fiche de ton niveau, je veux juste danser ».


Les stratégies mises en place par les organisateurs

Dans la plupart des danses, l’enjeu est bien sûr de faire danser les femmes. La balance est bien souvent en défaveur des danseuses suiveuses. Quand on est du côté de la pénurie, la soirée est généralement plus plaisante.

Bien sûr, nombre d’organisateurs sont conscients qu’une bonne communauté est celle qui invite et qui contente le plus grand nombre. Il existe donc plusieurs systèmes pour animer la communauté et inciter à l’invitation, à mon sens avec plus ou moins de réussite.

Les quotas

Dans le cadre de cours, de stages ou de festivals, des quotas sont parfois mis en place pour assurer une parité entre personnes qui guident et qui suivent. Il faut donc s’inscrire en couple, ou sur une liste d’attente de guideurs et suiveuses en attendant d’être virtuellement appairé à une personne. À mon sens, ce n’est pas une bonne stratégie, car même si cela limite d’avoir une fracture trop grande entre le nombre de leaders et followers, cela ne règle pas le problème de :

  • L’invitation : cela n’incite en rien les gens à changer de partenaires
  • Des gens qui mentent : par exemple, des personnes sans partenaires qui finissent par s’inscrire en leader et suivent les stages en follower
  • Les doubles rôles : de plus en plus nombreux, les double rôles pourraient très bien faire office de soupape mais restent actuellement une ressource mal exploitée

Enfin, gros inconvénient des festivals de ce type, une liste d’attente doit être mise en place (souvent pour les femmes suiveuses) ce qui est frustrant pour les personnes sans partenaires. Les hommes guideurs ne sont d’ailleurs généralement pas pressés de s’inscrire, car ils savent qu’ils seront toujours acceptés, même en dernière minute.

Les taxis danseurs

Parfois aussi appelés taxi-boys ou taxi-girls, les taxi-danseurs ont pour mission d’animer et de faire danser les débutants ou les personnes isolées. On en croise dans différents milieux de danse, du rock, de la salsa ou des thés dansants. L’organisateur les identifie comme une personne-ressource que l’on peut inviter directement ou questionner sur la danse. 

Ceux auxquels j’ai assisté étaient bénévoles, mais il existe encore des soirées où l’organisateur ou les danseurs / danseuses paient leur taxi danseurs. Je ne jetterais pas la pierre aux danseurs qui se font rémunérer pour un tel travail, car s’il y a une offre, c’est qu’il y a une demande, et les gens qui y font appel doivent y trouver leur compte. Par contre, je pense que si on en est à payer les gens pour avoir des invitations, c’est un bon exemple que la communauté a échoué à développer elle-même un environnement d’invitation bienveillant.

Les taxi-danseurs, des cavaliers à louer pour une soirée

PARISIEN WEEK-END. Pour réussir son bal, il faut de la bonne musique, un parquet qui glisse un peu mais pas trop, et des couples qui connaissent les pas. Problème : on manque toujours d’hommes. C’est là qu’entrent en piste les taxi-danseurs. De fringants retraités qui ont fort à faire.

Le Parisien, 5 décembre 2018

Les jeux

Certaines communautés mettent en place des jeux collectifs pour inciter les personnes à danser avec des inconnus ou faire varier les invitations. Dans ma jeunesse, dans les danses de salon, il y avait le traditionnel “quart d’heure américain” où les femmes ont le droit d’inviter (joie, mais attention juste 15 minutes).

Parmi mes stratégies préférées, je pense à :

  • la carte de bingo mise en place par Cadansa, il y a quelques années,
  • le snowball en swing, où il faut changer de partenaire à chaque annonce.

Il en existe sans doute d’autres, alors si vous en connaissez, n’hésitez pas à m’envoyer un petit mail à info @ creactiviste.fr pour que je les ajoute.


En conclusion : on s’invite ?

C’était un article bien long, sur un sujet qui me tient à coeur. J’espère ne pas récolter trop de mails de tangueros furieux, je vous assure que mon désamour du cabeceo n’entame en rien mon intérêt pour le tango, et ne m’empêche pas de le respecter quand je le dois.

L’invitation à la danse est un sujet rarement abordé dans les pédagogies, les articles ou les recherches. C’est pourtant un moment charnière de nos interactions, qu’il serait intéressant d’explorer beaucoup plus en profondeur. La manière de faire communauté et de rencontrer les individus est l’objectif même de nos danses sociales et notre manière de vivre la culture.

À tous et toutes, je vous souhaite d’inviter et d’être invités au maximum.

Photo de couverture : Philip Justin Mamelic – Pexels

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