En ce 8 mars 2026, nous allons nous intéresser un peu aux différentes manières de sensibiliser et de faire de la pédagogie au consentement et à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles (VSS) dans le milieu du bal. Si vous êtes organisateur ou bénévole dans une association et que vous souhaitez améliorer la mise en place d’actions sur le sujet, cet article est fait pour vous ! Il existe plein de formes et de types d’actions possibles, et nous allons tenter aujourd’hui d’être un peu exhaustifs et d’en lister le plus possible.
Pour limiter les dimensions de cet article, nous ne mentionnerons ici que les actions de sensibilisation. Les actions de prise en charge des victimes et de gestion des potentiels agresseurs ne seront pas abordées dans le cas présent, mais les structures sont bien sûr fortement invitées à prévoir des procédures et une formation de leurs équipes en ce sens.
Cela fait longtemps que je prépare cet article, mais il a également bénéficié des réflexions et des préconisations abordées lors de la première rencontre du groupe pour une danse sociale dégenrée et inclusive à Paris en novembre 2025.
Précision : L’ordre des actions présentées ne véhicule pas d’ordre d’importance. Si vous voulez mon avis, le mieux c’est de toutes les faire, voilà.
Alors que la parole se libère progressivement dans notre société et que l’adage “mieux vaut prévenir que guérir” prend tout son sens, il est dans l’intérêt des organisateurs et organisatrices d’établir des directives encourageant le respect mutuel des danseurs et des danseuses. Cela permettrait de signifier ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas, en particulier en ce qui concerne le consentement.
C’est valable pour tous les aspects de la vie en communauté, mais au bal, cet aspect revêt une importance capitale, car nous sommes amenés à toucher le corps des autres pendant la danse.
Cet axe de mobilisation va de pair avec les autres règles et rituels qui régissent (ou devraient régir) nos communautés de danse : inclusion, respect des identités, des orientations sexuelles et des confessions, libre choix des rôles de danse indépendamment du genre, etc.
Dans cet article, nous allons parler du consentement dans la danse et des violences sexistes et sexuelles (VSS). Pourquoi associer les deux ? Car l’absence ou la rupture du consentement, c’est la porte d’entrée, l’étape n°1 vers les violences sexistes et sexuelles. Toutes les ruptures du consentement ne vont pas mener à une violence sexuelle, mais toutes les violences sexuelles ont eu lieu après une rupture de consentement.
Aussi, pour rappel, le consentement, c’est “L’acquiescement donné à un projet ; décision de ne pas s’y opposer. accord, assentiment, permission. Accorder, refuser son consentement.” (Dictionnaire Le Robert)
Dans le reste de cet article, nous ferons également référence aux violences sexistes et sexuelles avec l’acronyme VSS : les Violences Sexistes et Sexuelles (VSS) incluent toute violence perpétrée en raison du sexe ou du genre et englobent harcèlement, discrimination, violences psychologiques, physiques et sexuelles. – (Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes).
La toute première étape de la prévention, c’est l’information des danseurs sur ce qui n’est pas accepté par la communauté dans son ensemble.
Ça, c’est oui
S’assurer du consentement de la personne pour une danse, lui donner la possibilité de refuser, lui proposer un rôle de danse qui lui convienne, respecter son corps et ses limites éventuelles, lui donner la possibilité d’arrêter la danse à tout moment.
Ça, c’est non
Imposer une danse à quelqu’un, agresser verbalement ou physiquement une personne en raison de son orientation sexuelle, de son choix de partenaire, de son choix de rôle de danse, placer ses mains à des endroits gênants ou inappropriés, les propos dégradants, les atteintes au corps des autres…
Il y a de multiples manières de présenter le consentement. Je suis revenue longuement sur la question dans l’article les multiples formes du consentement en bal, et, pour faire simple, le consentement n’est pas uniquement lié à l’invitation à danser. Il est valable du moment où une personne formule son invitation, et il comprend la réponse, la posture de danse, les conditions de la danse et jusqu’à l’arrêt de la danse qui peut intervenir à tout moment.
Pour autant, il peut y avoir de nombreux points à expliciter, d’où les actions de prévention. Et elles ne servent pas qu’à prévenir les potentiels agresseurs, mais bien à informer les potentielles victimes qu’elles seront écoutées et protégées, les témoins qu’il faut intervenir…
Mais avant la mise en place de toute action de prévention ou de pédagogie se pose la question de la cible et de la visibilité : on s’adresse à qui ? Dans quel but ? Pour quel effet ?
Sur ces sujets, je trouve important qu’on s’adresse à tout le monde : les personnes débutantes et confirmées, les membres de l’association, les artistes et le staff technique… Et en public ! Le respect est l’affaire de tous, et pas uniquement des personnes qui se sentent concernées.
Se remettre en question, informer, aider les personnes à poser leurs limites, permettre la libération de la parole…
Une autorégulation de la communauté, une prise de conscience collective dans le but d’avoir une communauté de danse saine qui s’entraide sans avoir besoin d’une “police du bal” ou de la vraie police.
Vous pensez bien que je ne suis pas la seule à m’être intéressée à ce sujet. Si ça vous intéresse d’aller plus loin que cet article, n’hésitez pas à consulter différents articles et publications universitaires à ce sujet.
Avoir une charte est l’étape n°1 pour toute organisation qui souhaite s’impliquer dans la lutte contre les VSS. Il existe 1000 exemples de chartes d’associations partout sur le web. Les organisations qui ne sauraient pas par où commencer peuvent également se tourner vers des structures comme le Collectif Matières vivantes ou Oya, qui proposent des accompagnements personnalisés.
Cette charte s’inscrit généralement dans un protocole complet, qui part de la réflexion de l’association en amont des bals, jusqu’au protocole en cas d’agression, en passant par les actions de formation, la communication ou la prévention.
Cette charte est le document de base sur lequel l’organisation va formuler son engagement.
C’est la fois le plus simple, le moins cher, la base et la moindre des choses : affiches humoristiques, illustrations, chartes… Les murs de vos bals sont un bon moyen de faire porter connaissance à tout le monde de vos valeurs. Vous pouvez créer votre propre document, ou utiliser les nombreux supports qui existent en ligne.
Pour ma part, je préconiserais trois affichages :
Idéalement, l’engagement de l’organisateur doit apparaître à la fois sur place lors de l’évènement, mais également sur son site internet. Dans certaines organisations, la charte est également envoyée par mail après l’achat d’un billet ou figure dans la billetterie HelloAsso.
Certains organisateurs prévoient un espace d’affichage spécifique (lié à un espace d’écoute ou non) sur les murs ou parfois dans les toilettes (lieu de réflexion privilégié). Cet espace peut également servir d’espace de sensibilisation au handicap ou d’autres thématiques.
Pour faire passer le message en douceur, la communication sur les réseaux sociaux n’est pas à négliger. Elle permet de faire passer des informations au fur et à mesure en amont de l’événement. Les gens n’auront peut-être pas lu avec attention la charte au moment de l’inscription au bal ou au festival, mais de petits rappels réguliers peuvent être efficaces, du petit gif animé aux grandes déclarations ou à l’appel au partage d’expérience.
Et si la personne qui gère les réseaux sociaux n’a pas trop le temps de créer de nouveaux contenus, il est aussi possible de partager les communications d’autres comptes sur le sujet. Outre les articles sur le consentement, il y a également une multitude de tutoriels vidéo à partager sur des sujets tels que le double rôle, la posture, la connexion, la circulation et l’empathie.
L’engagement peut également passer par la diffusion de contenus web, comme des vidéos ou des podcasts (par exemple : Mais si on danse de Julien Mondon, les podcasts de la FAMDT, ou le podcast Voulez-vous danser avec moi ? Sociologie des danses sociales de Julie Thomas…)
Il est possible pour les organisations de faire appel à des associations qui vont venir tenir des stands de sensibilisation et d’écoute de potentielles victimes. Ces personnes vont généralement faire de la pédagogie et échanger avec le public, et souvent mettre à disposition de documentation.
Attention toutefois, chers organisateurs, si vous mettez en place des stands de ce type, il faut également penser à la sécurité et au bien-être des bénévoles.
L’avantage, c’est la visibilité du dispositif et la possibilité pour les danseurs d’identifier facilement avec qui échanger. C’est un point de rendez-vous, et aussi parfois le moyen de se mettre en sécurité. Certains de ces espaces disposent également d’un espace d’affichage spécifique pour les contenus sur le consentement.
C’était bien fait : Au Grand Bal de l’Europe, la roulotte d’information et d’écoute proposait également un point de recharge pour les téléphones, une bibliothèque partagée et des petites tables bistrot… L’objectif : en faire le coeur du festival et un espace de vie et d’échanges.
Si vous souhaitez monter vous-même un stand de mise à disposition de documentation, c’est possible ! Voici quelques sources pertinentes de documents à mettre sur votre stand.
Le stand de sensibilisation, c’est souvent le lieu de rassemblement de la care team, une équipe de bénévoles dont le rôle est d’accueillir les gens, rassembler des témoignages, et éventuellement agir avec l’organisateur pour régler d’éventuels problèmes.
Les responsables de cette équipe d’écoute gèrent souvent les autres aspects avant ou après le festival : email de contact pour des témoignages après le festival, formulaire pour signaler un incident…
Si vous mettez en place une équipe de ce type, il est important de prévoir une formation, ainsi que des processus d’actions.
Certains festivals prévoient une prise de parole de quelques minutes en début d’événement par les organisateurs ou des bénévoles du stand de sensibilisation. Elles ont l’important bénéfice d’être entendues par tout le monde, débutants comme expérimentés. Elles permettent d’officialiser la prise de position de l’association, et également d’identifier visuellement les personnes chargées de la prévention et de l’écoute durant l’évènement.
Si vous devez prendre la parole, mais ne savez pas comment vous y prendre, n’hésitez pas à écrire votre intervention à l’avance. Il est bien d’y préciser les points suivants :
Les causeries ou les cercles de paroles sont participatifs, et impliquent le public. Les gens ont une démarche active, qui les fait se rencontrer, et développe l’esprit de communauté de manière constructive. Vous trouverez peut-être que l’exercice devient redondant à la longue, mais il permettra à chaque fois à de nouvelles personnes de commencer leur cheminement de réflexion.
Il y a différents types de cercles de paroles et d’ateliers : ceux où l’on écoute et l’on recueille des témoignages, et ceux où l’on réfléchit collectivement sur des thématiques diverses liées au consentement ou aux VSS. Les deux sont intéressants, mais sur des formats de 1h/1h30, ce sera probablement soit l’un, soit l’autre.
Ces animations peuvent se dérouler en mixité, ou en non-mixité, c’est l’organisateur qui décide du format avec l’association de prévention.
Mon conseil : les faire animer par des personnes formées à l’éducation populaire ou à la facilitation, qui vont vous concevoir une animation dans le respect du temps, avec un éventuel rendu.
La non-mixité est le fait de créer des espaces réservés à une catégorie de personnes se considérant comme opprimées ou discriminées, notamment pour partager des expériences communes et définir leur stratégie de libération.
On est sur un format un peu différent du groupe de parole, car on sort de l’expérience personnelle pour aller vers l’expertise professionnelle en présence d’”experts” du sujet. Parfois ce type de tables rondes est organisé lors de journées professionnelles en semaine ou en début de festival.
Elles ont l’avantage d’expertiser le discours, de placer des chiffres et des dispositifs, ainsi que de sensibiliser à d’autres sujets, comme le développement de la professionnalisation et la mise en lumière des artistes féminines ou d’autres minorités.
Il existe aussi d’autres formes originales et créatives d’activités de sensibilisation : du chant, du théâtre, des conférences gesticulées, du cirque, des expositions photos, du mime…
Ma préférence personnelle va aux petits spectacles pendant les changements de plateaux entre deux groupes, avec, par exemple, du théâtre ou du cirque.
Ces activités viennent souvent s’ajouter à la programmation des festivals de danse et permettent de créer du lien, générer des discussions… et participent à renforcer la communauté.
Certains festivals prévoient des ateliers de sensibilisation au consentement dans la programmation des stages. Ces activités permettent une approche pratico-pratique de la notion de consentement. Cette activité peut être utile à certaines personnes pour se débarrasser de leur anxiété.
Par ailleurs, pour que le consentement soit abordé dans tous les stages, et pas uniquement dans des stages dédiés, l’organisateur peut demander aux transmetteur·tices qui donnent les stages et les initiations, de s’assurer qu’une pédagogie sur le consentement est bien intégrée à leur déroulé.
Il s’agit ici d’une liste non exhaustive d’actions possibles pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles en bal. Si vous en voyez d’autres, et notamment si vous avez des exemples de festivals ou d’associations qui ont mis des actions en place, vous pouvez me les envoyer par mail à info@creactiviste.fr afin que je les ajoute à la liste d’initiatives présente sur mon site.
La liste des actions à mener est sans fin, mais elle est aussi permanente : il n’y aura jamais de date de fin à la sensibilisation, et le poids de la responsabilité de cette diffusion ne peut pas incomber uniquement aux personnes en charge de l’organisation ou de la transmission. On ne répétera assez que la prévention est l’affaire de tous et toutes, c’est avant tout une histoire d’individus. C’est intervenir auprès de nos proches ou des inconnus quand on détecte des propos ou une attitude incorrecte envers autrui.
Alors maintenant, au boulot tout le monde. Merci.
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