Fête de la Vieille Catherine

Et si on repopularisait les danses romandes et les autres répertoires mystérieux ?

Derrière le plaisir partagé du bal folk, un travail patient de recherche, de transmission et de revalorisation des danses locales se poursuit, souvent dans l’ombre : c’est toute la réflexion et le travail de valorisation et de popularisation des danses et répertoires. Le bal folk a l’avantage d’explorer les danses de différents territoires, en France et à l’international. Mais comment fait-on pour faire perdurer certaines danses et éviter qu’elles tombent dans l’oubli ? Qui choisit quelles danses on va faire ? Comment faire pour rendre attractives certaines danses oubliées ? Les personnes qui organisent et transmettent travaillent d’arrache-pied pour nous faire apprendre de nouvelles danses, nous faire travailler les pas et les postures spécifiques à certaines régions, et, ce faisant, à faire vivre notre patrimoine régional.

J’ai discuté de ce sujet avec Vincent et Nathalie, de l’association la Vieille Catherine qui travaille à l’enseignement et à la promotion des danses romandes, en Suisse. Vincent est historien et folkloriste, Nathalie est musicienne et ils sont passionnés de danses. Ils organisent la Fête de la Vieille Catherine, un festival à 17 au 19 avril 2026 à l’Auberson, dans le Jura Suisse, entre Lausanne et Neuchâtel, et ce sera l’occasion parfaite pour vous de découvrir ce patrimoine.

Ensemble, nous avons discuté de leur démarche pour faire connaître le répertoire local, d’une part aux habitants de leur propre région, et d’autre part comment faire vivre ce répertoire à l’échelle nationale et internationale. Et nous allons vous convaincre ensemble de toutes les bonnes raisons d’y aller découvrir les danses romandes.

À quoi tient la popularité des danses traditionnelles ?

Vous êtes-vous demandé pourquoi tout le monde aime la mazurka, le branle de Noirmoutier, la bourrée d’Auvergne ou le branle de la vallée d’Ossau ? Pourquoi spécifiquement celles-ci plutôt que d’autres ? Et si je voulais que tout le monde danse la Montferrine, par où faudrait-il commencer ?

Faire vivre le patrimoine immatériel, à quoi ça sert ?

Pourquoi voulons-nous faire revivre des danses locales ? La réponse à cette question est personnelle à chacun, mais la résultante est bénéfique à tous : les danses servent à préserver la mémoire et le sentiment d’appartenance, créer du lien social, nourrir la création artistique et soutenir la vie des territoires. C’est aussi le socle des échanges avec d’autres cultures, un langage universel.

Pour ma part, je ne suis jamais plus fière d’être grenobloise que quand je vois Robin Vargoz faire une démonstration de rigodon, même si cette réaction n’est basée sur aucun motif réellement tangible.

Et je sais que chaque personne qui s’implique dans la transmission d’un répertoire particulier a une histoire personnelle qui fait prendre sens à son engagement.

Ma tête quand quelqu’un slay une danse traditionnelle bien de chez moi.

Nathalie : J’étais à l’étranger, c’est là que j’ai fait danser des gens pour la première fois. Et en rentrant, j’étais dans le train. C’était un trajet de 14h, et je crois que je n’oublierai jamais ce sentiment de vide. J’ai eu l’impression de quitter un endroit dont je connaissais les racines et la culture, tout ça parce que j’avais passé un an à faire la fête avec des Hongrois et à m’imbiber de leurs traditions et de leur culture, et que je suis revenue dans un autre endroit, dans un pays complètement aseptisé, un peu vide de sens et de racines.

J’ai voulu chercher ce qu’il y avait dans ma région d’origine, et je suis tombée sur des groupes folkloriques qui, pour moi, à 18 ans, ne me parlaient pas du tout. Ce que je cherchais, c’était à rassembler des gens et d’un côté humain, spontané : on fait de la musique, on danse, on chante quelque chose de festif et on partage en groupe.

Et puis, une fois que je me suis lancée dans le bal folk, on jouait du breton, de l’auvergnat, du poitevin, et je me suis dit “mais quand même, il doit y avoir quelque chose d’ici”. J’ai commencé à chercher comme j’ai pu. J’ai fait de la musicologie, on m’a fait étudier les compositeurs, on m’a dit que la musique populaire de Suisse n’existait pas. C’est vrai qu’au départ, quand tu te lances dans ces sujets-là, tu te dis qu’en fait, il n’y a pas grand-chose, et je ne sais pas comment faire. Puis tu trouves en premier une première source. Et dans ce livre, il mentionne le travail de quelqu’un d’autre, etc.

Sans le savoir à l’époque, Nathalie a mis le pied dans l’engrenage de la recherche académique et du collectage, ce travail qui est à la base de l’univers des danses trad en Europe. Cette implication personnelle s’inscrit dans une dynamique locale, elle-même inscrite dans une dynamique nationale qui est particulièrement vivante. Recherche, appropriation, arrangement, composition, transmission… Le travail d’adaptation qui permet de réinjecter les musiques et danses traditionnelles dans les processus créatifs contemporains est en marche.

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Le fonctionnement du revivalisme

La première étape est donc le travail académique. Il n’y a pas un groupe de musique ou un transmetteur de ma connaissance qui n’ait pas plongé le nez dans des collectages, des livres ou des mémoires de recherche .

Rechercher le répertoire

Travailler un répertoire, c’est bien sûr d’apprendre à le connaître. Et soit le travail a déjà été réalisé par un collectif existant, soit il faut le réaliser soi-même. Mais encore faut-il savoir par où commencer, à savoir, quand on peut, les collectages.

Dans le domaine des musiques et danses traditionnelles en France, le terme désigne plus spécifiquement les campagnes d’enregistrement, de notation et de description menées à partir des années 1960 auprès de chanteurs, musiciens et danseurs, qui ont permis de constituer de vastes corpus aujourd’hui conservés dans des centres de ressources et phonothèques associatives.

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Vincent : On essaie de travailler sur des sources : en musique, on a des éléments, mais en termes de danse, on a très peu de choses. Du côté des collectages vidéo, on n’a quasiment rien, à part quelques groupes folkloriques. Par contre, on a des descriptions avec une source qu’on appelle les cahiers Bordier. C’est une série de quatre carnets regroupant pas loin d’une cinquantaine de danses avec, à chaque fois, la partition par le thème, et puis une description mesure par mesure. Alors voilà, c’est une autre approche du collectage.

Sur la cinquantaine, il y a un carnet consacré aux contredanses françaises, qui reprend des danses décrites dans un manuscrit en rédigé en romanche à la fin du XVIIIe (assez rare pour le noter !) par un officier mercenaire suisse en garnison à Longwy, le Lieutenant Martin Peiderpadrotsch de Schmidi.

Donc, on considère un peu moins ces danses-là comme des danses populaires suisses. Toutes les autres danses ont été collectées par Pierre Bordier ou par Albert Gos, un peintre genevois qui a beaucoup été en vacances dans le Chablais.

Les Cahiers Bordier ont été publiés entre 1940 et 1944 à Genève par Pierre Bordier (1872 – 1958). Banquier, passionné de montagne et de folklore, il a fondé la Fédération du Costume genevois et effectué de nombreuses recherches à propos des danses anciennes en Suisse. Ces cahiers, au nombre de quatre, rassemblent des partitions et des chorégraphies de 57 danses, qui préfigurent les fiches de danses de la Fédération suisse des Costumes.

La valeur patrimoniale exceptionnelle des Cahiers Bordier ne devient évidente qu’en la comparant aux autres sources chorégraphiques existant autour des Alpes, qui sont rares et dispersées.

Le collectif La Vieille Catherine réalise en 2017 des reconstitutions d’une petite trentaine de ces danses, sous la houlette chorégraphique de Sylvian Sahli, fin connaisseur des danses traditionnelles et populaires européennes, en reprenant les mélodies originales des Cahiers Bordier.

Source : la Vieille Catherine
https://musiques-endormies.ch/ecouter

Ce travail académique est une tâche de longue haleine. Il faudra croiser les sources, faire des recoupements, et échanger avec d’autres chercheurs, et donc faire un travail de recherche minutieux.

Cela s’ensuit d’un travail de « remise en danse » différent selon que l’on est dans une démarche bal folk grand public ou dans un groupe folklorique.

Montferrine « La Bossue », jouée par Emelie Waldken

Entre bal folk et folklorisme, deux manières de voir le trad

Il est bon de rappeler que, dans le domaine des danses trad, il existe plusieurs types de communautés : les danseurs de bal et les groupes folkloriques. Elles partagent le même intérêt pour les danses traditionnelles, mais les philosophies diffèrent.

Le milieu du bal est ouvert à tous et participatif. L’objectif est la pratique globale de la danse sans costume, sans mise en scène et avec une certaine liberté d’interprétation personnelle et d’improvisation des danses.

Du côté des groupes folkloriques, on travaille sur la représentation scénique de la danse. L’idée est de proposer une représentation de la danse, dans une volonté de fidélité historique – en costume – et de pratique de la danse plus rigoureuse (qui ne signifie pas pour autant que la représentation faite soit effectivement fidèle).

Ces deux aspects de la danse représentent un même univers, celui du revivalisme : une récréation plus ou moins fidèle des danses traditionnelles.

On parle de revivalisme, pour les danses traditionnelles en France, lorsqu’un ensemble de musiciens, danseurs, chercheurs et associations réinvestissent des répertoires issus d’anciens milieux ruraux (par le collectage, l’édition, la recréation) pour les faire vivre dans de nouveaux contextes – bals, scènes, festivals – selon des valeurs et des sensibilités contemporaines, souvent en rupture avec le folklore de représentation.

Le « revivalisme », qu’est-ce que c’est – Matthieu Lebreton / Ici bal

Petite histoire du revivalisme – CDMDT 43

La Comberintze de Martigny-Combe
Schweizerische Trachtenvereinigung – La Farandole de Courtepin

Les danses traditionnelles et le roman national

Comme évoqué dans mon article sur la danse et la politique, le développement des danses et des politiques culturelles est inscrit dans une volonté de conserver certains patrimoines (ou non).

De fait, la préservation des danses de Suisse romande s’inscrit dans un contexte historique et politique qui n’a pas forcément aidé à sa conservation. On rappelle que la Suisse est un pays composé de 26 cantons qui se partagent 4 langues officielles (l’allemand, le français, l’italien et le romanche) ainsi que de nombreux patois. Dans ce multiculturalisme, l’identité de la nation s’est construite à coup d’arbitrages et de politiques culturelles qui ont pu favoriser certains groupes culturels aux dépends des autres et, bien sûr, cela concerne aussi les musiques et danses traditionnelles.

Vincent : Il y a eu, je pense plus qu’en France, une place des groupes folkloriques très importante dans les années 20-30, notamment dans l’entre-deux-guerres. Beaucoup de ce qui est musique et danse populaire a été coopté et récupéré par les groupes folkloriques. Souvent, mais pas toujours, avec une vision politique derrière plutôt conservatrice.

Mais ça a été aussi très encouragé par ce que l’on appelait “la défense spirituelle nationale”, dont le but était vraiment de protéger l’identité suisse, mais, du coup, c’est passé aussi par l’invention ou la mise en scène de certaines choses.

Aujourd’hui, quand tu parles aux gens de musique suisse, ils s’imaginent vraiment ce truc très suisse allemand où ils portent tous la chemise Edelweiss et jouent du Schwyzerörgeli (accordéon suisse-allemand).

Nathalie : La Suisse, c’est plein de cantons différents, avec plein de cultures différentes, des langues différentes et ça a un impact sur des musiques, des goûts, des manières de danser… Et quand ils ont voulu créer cette sensation de nation, les Suisses allemands étant majoritaires, il y a eu une germanisation des traditions. Ça a eu un impact sur ce que l’on considère comme de la musique suisse, même au niveau des instruments utilisés. Comme je joue du violon, par exemple, les gens pensent que je fais de la musique française.

Vincent : En termes de bassin culturel, la Suisse romande est très liée à la région arpitane / francoprovençale. C’est le thème de la Vieille Catherine. C’est toute une région qui recouvre presque toute la Suisse romande, le Val d’Aoste en Italie, et en France, la Savoie jusqu’à Lyon et Grenoble. Ce sont des régions transfrontalières, et c’est pour ça que notre programmation n’est pas 100% suisse, mais très liée à cette aire culturelle. La Suisse romande est une des régions où l’on trouve le plus de montferrines, avec Savoie et Italie. La valse y était également très populaire.

Nathalie : C’est une longue discussion qu’on a eue, de savoir si l’on assurait nos arrières en faisant venir un groupe rassembleur plus “mainstream” ou si l’on restait bien droit dans nos bottes. Et que faire un festival pour promouvoir la vie de l’aire culturelle arpitane, c’est les danses, les musiques et voilà, on a choisi de faire ça.

Il y aura donc du rigodon au menu avec le Duo Vargoz
Et beaucoup de chouettes danses romandes
Ressources

On peut d’ailleurs remarquer que cette notion d’unité culturelle qui ne correspond pas au découpage administratif des régions et des pays n’est pas valable que pour la Suisse. Qu’on parle des danses traditionnelles ou des langues régionales, en France comme en Belgique, la culture partagée ne s’arrête pas aux frontières géographiques. Il n’y a qu’à écouter Bernard Coclet parler de la bourrée pour s’en rendre compte.

Adapter le répertoire pour le bal

Le répertoire de base est là, mais il y a ensuite un arbitrage à faire, et un travail d’adaptation : sur les 50 danses romandes recensées, lesquelles sont intéressantes à ramener dans le bal ? Lesquelles ont un potentiel ? Il ne s’agit pas forcément de choisir les plus simples ni les plus compliquées, mais les plus à même de susciter l’adhésion.

Vincent : On a déchiffré les descriptions pour voir s’il y avait des danses qui avaient l’air plus intéressantes que d’autres pour le bal. Sachant que, dans toutes ces danses-là, il y en a quand même certaines où l’on sent qu’il y a déjà une patte un peu folklorique derrière. Mais pour beaucoup, la frontière est un petit peu floue, donc on essaie de l’adapter un peu pour le bal.

Au niveau des formes de danses, il y a beaucoup de danses en couple, et quelques danses de groupes. C’est un répertoire un peu différent de la Suisse allemande, très porté sur les danses de couple. Nous, on a notamment les montferrines qui vont être des danses par couple, arrangées en forme de cercles de différentes tailles ou en quadrilles.

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Nathalie : Musicalement, il y a quand même une spécificité avec, souvent, un changement de signature rythmique. On a parfois vu des images des danses décrites dans ces carnets dans les archives qu’on a pu trouver. La RTS a mis toutes les archives en ligne et il y a des fois où on voit des bouts de danse. Ça a l’air d’être ça ou ça, et ça, c’est assez cool, ça nous permet un peu de vérifier que ça a vraiment été dansé. Après, comme il n’y a pas eu un grand engouement, une collection de collectage chez nous avec des vidéos et les anciens, voilà, nous faisons tout à l’oreille, avec du papier, des crayons.

Diffuser la danse

C’est un travail de longue haleine, mais également un processus par étape. Une fois les danses identifiées puis réadaptées pour le bal, il faut également les diffuser et donner aux gens l’occasion de les danser suffisamment pour les intégrer dans leurs habitudes.

Enregistrer et documenter la musique et la danse

Il faut maintenant passer à une nouvelle étape, celle de la documentation : donner aux musiciens des partitions pour pouvoir travailler et apprendre les musiques, et au public des vidéos de qualité pour pouvoir travailler la danse et la reproduire.

La Vieille Catherine a donc réalisé des captations de ses principales danses pour les mettre à disposition sur sa page Youtube. Pour cela, ils ont fait le choix de la captation de qualité et de donner un explicatif sur chaque danse. Une démarche qui n’est pas sans rappeler les très beaux tutoriels de Tamn Kreiz. Si des responsables d’associations tombent sur cet article, sachez que c’est totalement de ça que le monde trad a besoin : des vidéos de qualités (démonstrations et tutoriels).

Il est ensuite important que ces initiatives soient répertoriées sur d’autres sites, comme le portail média Modal, de la FAMDT.

Nathalie : Nous publions une vidéo chaque mois. Comme on fait souvent des ateliers, les gens prenaient des notes comme ils pouvaient. Ces vidéos sont un support qu’ils peuvent utiliser pour retravailler les danses.

Créer des occasions de danser

Enfin, l’étape la plus importante de la repopularisation des danses, c’est bien évidemment la pratique en bal, la concrétisation du travail fourni. Et pour cela, il faut créer les occasions, avec l’aide d’un ou plusieurs groupes qui vont choisir de porter ce répertoire, ou des bœufs pour que les musiciens amateurs puissent se les approprier.

Nathalie : J’ai choisi quatre, cinq danses et elles apparaissent dans tous mes projets de bal, en fait, parce qu’il faut avoir l’occasion de les pratiquer et de les intégrer. Et puis là, par exemple, pour la fête de l’année, il y a un groupe qui vient de Bâle qui a aussi intégré quelques danses dans leur répertoire. Ils étaient motivés à travailler là-dessus, donc on a beaucoup discuté. Ils m’ont appelée plusieurs fois pour savoir ce que je pensais de ça, est-ce que ça pourrait le faire pour telle ou telle danse… Moi, je suis convaincue qu’il faut que les groupes de musique jouent et que c’est comme ça que ça marche, que ça peut se répandre.

Sinon, je suis en train de militer pour le retour des bœufs, et qu’on puisse y jouer du répertoire roman. Ça nous sortirait d’une logique de consommation des danses, et ça pousserait les gens à s’investir dans la vie associative.

Mais il y a des gens qui n’osent pas jouer, donc j’ai proposé des ateliers pour qu’apprendre tranquillement les mélodies. Donc, on a fait ça il y a un mois pour préparer le bœuf du samedi. Et puis, j’espère que petit à petit, ça va prendre. Je suis convaincue que c’est important de développer et la musique et la danse. Si on veut que ça prenne, il faut qu’il y ait les deux. C’est un travail de longue haleine.

La consommation des danses est une préoccupation récurrente au sein des associations : face à un public de plus en plus consommateur passif et amateur de groupes tête d’affiche, comment intéresser les gens à l’histoire des danses ou à la pratique de répertoires plus niches ? Faut-il proposer uniquement des stages faciles à remplir ? Des démonstrations ?

Il semble que l’existence de groupes emblématiques et dynamiques pour représenter le répertoire soit un facteur non négligeable de succès.

Partager la réflexion avec les initiatives des autres territoires

Enfin, il peut être intéressant de partager ces réflexions avec des pairs pour mettre en commun les bonnes pratiques et les réflexions. C’est ainsi que la Vieille Catherine, parmi les conférences qu’elle donnera sur son patrimoine, organise une table ronde « Qu’est-ce qu’un patrimoine traditionnel musical et dansant et comment le faire vivre aujourd’hui ?” à l’occasion de son festival.

Nathalie : Nous organisons une conférence sur le patrimoine musical et dansant. Il y a des conseils à prendre et des exemples à suivre. Nous avons envie d’être fédérateurs sur ce sujet. Quand on voit les danses du Poitou ou le Rigodon, clairement, il y a des groupes qui portent ces répertoires et qui ont beaucoup de succès, ça les aide à les développer. Nous, on voudrait être le prochain Poitou, donc on va essayer de cartonner avec nos projets.

L’ouverture vers ces autres territoires, c’est aussi ce qui permet de faire connaître le répertoire en dehors de sa région d’origine. Et parfois, c’est également ce succès qui lui fait prendre ses lettres de noblesse. Dans le milieu du bal folk, on voit bien que la popularité de certains festivals, comme le Grand bal de l’Europe à Gennetines, peut vraiment donner un coup de projecteur et aider à la popularisation de certaines danses.

Vincent : Parfois, c’est plus simple d’aller à l’étranger. On a l’impression que les programmateurs suisses ont besoin d’une sorte de “validation” : si c’est attractif à l’étranger alors on va le programmer chez nous. On a l’impression qu’il y a vraiment une tendance à faire venir des groupes têtes d’affiche de l’étranger pour remplir les salles. Ces bals fonctionnent bien, ils attirent des gens qui viennent de loin.

Le bal folk est un milieu qui repose sur un équilibre fragile. D’une part, la richesse artistique de ses groupes de musique et la multitude des répertoires font que nous avons une source inépuisable à disposition. D’autres part, les réalités financières de nos scènes de danse font qu’il est parfois hasardeux de donner leur chance à des groupes moins connus. Les phénomènes de mode existent même en danse, et les programmateurs sont parfois frileux face à la prise de risque contre la certitude de boucler facilement le budget du bal.

C’est là que nous, les danseurs et danseuses, nous avons la possibilité de changer la donne en nous intéressant et en répondant présent, même pour des répertoires moins connus.

En conclusion

Si vous cherchez un chouette festival à faire du 17 au 19 avril prochain, n’hésitez pas à vous rendre à l’Auberson, à la frontière Suisse avec la France pour le festival organisé par la Vieille Catherine. Ce sera l’occasion pour vous de découvrir les danses romandes ainsi que le rigodon, et de soutenir les efforts de repopularisation du patrimoine arpivan.

https://fetedelavieillecatherine.ch

Et quelles seront ces danses incroyablement cools que vous pourrez découvrir ? J’ai demandé à Nathalie et Vincent quelles étaient leurs danses préférées. D’un côté, Vincent vous recommande toutes les formes de Montferrine. De son côté, Nathalie aime beaucoup la Coraule ou encore la Faucheuse. Tous deux sont d’accord sur le fait qu’il ne faut pas rater le Quadrille d’Evolène.

Merci à Nathalie, Vincent et tous les membres de la Vieille Catherine pour ce travail de revalorisation, qu’on a hâte de retrouver dans tous les festivals d’Europe.

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