Depuis plusieurs années, je m’interroge sans oser me lancer sur un angle mort de nos événements de danse sociale : l’accessibilité des personnes en situation de handicap. Si plusieurs excellentes initiatives existent, je n’ai pas vu d’approche transversale aux différents milieux de danse, d’études ou de préconisations générales sur le sujet. Il existe tant de types de handicaps qu’on ne sait parfois pas par où commencer. Voici donc une porte d’entrée : demandons aux personnes concernées, les danseurs et danseuses en situation de handicap qui vont déjà danser et peuvent ainsi apporter leur vision de la situation et partager leur expérience. En avril dernier, j’ai donc lancé une enquête sur les danses sociales et le handicap, et je remercie Florence et Emmanuelle pour leur aide dans la conception de ce questionnaire.
Le présent article abordera le sujet de la vie en bal. Un futur article abordera le sujet de l’enseignement et des cours de danse.
NB : Cette enquête et son analyse ont été réalisées bénévolement. Je ne suis ni chercheuse ni sociologue. Les questions autant que le traitement des réponses pourrait être maladroit. Si c’est le cas, n’hésitez pas à me le signaler.
Cette enquête a été réalisée du 11 avril au 10 juin 2025. Cette enquête comptait 44 questions, portant sur différents aspects. 72 personnes, en provenance de 9 pays (France, Canada, Allemagne, Danemark, Pays-Bas, Suisse, Suède, UK et USA) y ont apporté des réponses. Elle a été diffusée principalement sur les réseaux sociaux et par le biais d’affiches dans plusieurs festivals.
Je remercie les 65 personnes en situation de handicap, et les 7 autres témoins pour leur apport à cette enquête. Ces personnes ont été interrogées sur plusieurs points, en particulier leur manière d’appréhender l’espace de danse, en soirée et en cours.
Les danses du bal folk et traditionnelles d’autres pays sont les plus représentées (mon réseau étant plus étendu à ce niveau-là), suivies par le Lindy hop et autres danses swing, et le forró et danses brésiliennes apparentées. On retrouve également d’autres danses : rock 4 et 6 temps, tango argentin, west coast swing, etc.
À la question “Avez-vous un handicap visible ou invisible ?”, les répondant·es ont répondu à 71% invisible, mais les réponses sont souvent plus nuancées que ça, car certains handicaps peuvent être masqués ou deviennent visibles sous l’effet de la douleur ou lors d’une crise. Ce ratio correspond globalement aux statistiques du gouvernement français, selon lesquelles 80% des handicaps sont invisibles.
Tous les types de handicaps sont représentés parmi les répondant·es : handicap moteur ou sensoriel, maladies chroniques, handicap cognitif, handicap psychique…
Dans la plupart des témoignages, le handicap induit parfois une limitation ou un inconfort dans la pratique de danse sociale, mais il est possible que seules ces personnes aient pris le temps d’apporter un témoignage.
Face à la multiplicité des handicaps, on retrouve donc une myriade de situations. Certaines personnes ont une connaissance pointue de leur condition physique, de leurs limites ou des situations pouvant provoquer de l’inconfort. Pour d’autres, c’est plus flou.
Mais avant de rentrer dans les détails des limitations et des améliorations à apporter, concentrons-nous sur la motivation et les bienfaits qui poussent les personnes vers la danse. Car oui, si on vient tous danser, c’est pour en profiter.
À la question “Est-ce que la danse induit une amélioration ou un bien-être par rapport à votre situation”, les réponses sont variées mais toujours positives. Aucun participant ne déclare ressentir aucun bienfait. Car si la pratique de la danse n’améliore pas systématiquement la condition physique, les bénéfices sont toutefois bien présents, dans le cadre d’une pratique de danse adaptée où toutes les conditions sont réunies.
Dans les motivations et les effets positifs, on retrouve ainsi : la recherche du bien-être, de la détente, de la socialisation, rompre l’isolement, trouver une communauté, permet de se maintenir dans une dynamique positive, le besoin d’avoir pratique sportive pour se défouler, l’amélioration de la coordination, de la proprioception et de l’endurance, le besoin se libérer émotionnellement, d’oublier des douleurs, la réduction l’anxiété et du stresse, la lutte contre la dépression, l’augmentation de la confiance en soi, l’atteinte du flow.
En permettant l’accès à un espace festif où la musique et le niveau sonore n’est pas systématiquement hyper élevé, où les gens sont globalement à l’écoute même sans connaître les enjeux du handicap. En donnant un cadre qui, par des règles claires et énoncées du fonctionnement du bal, permet d’approfondir ma compréhension des relations sociales et de pouvoir rentrer en contact avec des gens par le langage corporel de façon plus fluide que par la communication orale, dont la fluidité et la qualité est fluctuante pour moi.
Je travaille en douceur sur mes limitations.
Contact social, apprentissage de l’écoute musicale et du ressenti, amélioration de la coordination, de la proprioception, du schéma corporel, de l’endurance, des capacités motrices, libération émotionnelle.
Psychologically, because the social interactions really help with my mental health issues caused by being at home alone way too much.
Dancing helps me get out of my head and into my body, which helps with feeling where my (energy) boundaries are, and not going over those boundaries so often. Social dance has also helped me work around my social limitations and become more social. It helps that you can be social without always having to communicate verbally. It also helped me find friends in a community of open-minded people, some of which struggle with the same things, so we can talk about it.
En soi la réponse est neutre. La pratique de la danse n’améliore pas mes symptômes directs, mais contribue grandement à mieux vivre au quotidien car source de joie et d’expression. C’est une alliée dans ma bataille contre l’anxiété sociale et la dépression, qui sont souvent la résultante de handicaps invisibles.
Pourtant, à chaque bal, chaque personne en situation de handicap fait la balance entre les aspects positifs que la danse apporte à sa situation, et le « coût » que cette situation va lui occasionner.
À la question “Quelle limitation ou inconfort est-ce que cela induit dans votre pratique de la danse sociale ?”, on retrouve différents éléments. Ils peuvent être directement liés au handicap de la personne, mais bien souvent des facteurs extérieurs vont déclencher des effets négatifs, et ces effets vont nuire au bien-être de la personne.
En réponse, les danseurs et danseuses vont adopter des stratégies d’adaptation, et si l’adaptation n’est pas possible, vont renoncer à venir danser ou quitter le bal.
La partie suivante liste les facteurs qui déclenchent des situations d’inconfort, ou même de la douleur, chez les danseurs et danseuses en situation de handicap. Pour plus de lisibilité, je les ai classés en familles de handicap.
Bien sûr, en fonction des personnes, les facteurs et les effets peuvent se cumuler.
PS : Ces réponses étant extraites de réponses en texte libre, elles ne sont pas exhaustives et peuvent bien sûr s’appliquer à plusieurs handicaps. Bien sûr, tou·tes les répondant·es ne d’une catégorie ne rencontrent pas l’intégralité des situations recensées.
Facteurs liés au handicap:
Facteurs extérieurs :
Conséquences :
Stratégies employées :
Témoignage :
De type cancer, sclérose en plaque, diabète…
Facteurs liés au handicap :
Conséquences :
Stratégies employées :
Témoignages :
De type troubles neurologiques, épilepsie, TDA, autisme, troubles dys, hypersensibilité …
Facteurs liés au handicap :
Facteurs extérieurs :
Conséquences :
Stratégies employées :
Témoignage :
De type bipolarité, dépression, anxiété, TSPT…
Facteurs liés au handicap :
Facteurs extérieurs :
Conséquences :
Stratégies employées :
Les personnes qui cumulent un handicap et font, en plus, partie d’une minorité ethno-raciale ou de genre vont subir la double peine des discriminations. Également mises en situation de stress et d’hypervigilance, les personnes vont également développer des stratégies de protection.
Facteurs extérieurs :
Conséquences :
Stratégies employées :
Les personnes interrogées par dans cette enquête font part d’une interrogation perpétuelle entre l’envie de socialisation et le plaisir de danser, et le “coût” énergétique ou financier que cela représente.
Aujourd’hui, si l’espace n’est pas adapté, ce sont aux personnes en situation de handicap qui doivent compenser les manques, rechercher des informations, s’organiser avec des amis. Elles doivent en plus surveiller leurs limites, en fixer certaines avec des partenaires, organiser leurs pauses… C’est une charge mentale pouvant induire de la fatigue et du découragement.
À chaque bal, la personne doit faire un arbitrage entre son désir d’aller danser et socialiser, et sa réserve d’énergie, d’autant qu’il est parfois difficile d’être invité à danser. Plusieurs témoignages pointent des mesures qui pourraient faciliter leur insertion dans le bal, à commencer par la sensibilisation au handicap et au consentement. Car au-delà des difficultés physiques et logistiques, le premier obstacle est le validisme et la discrimination, délibérée ou non.
À la question “Vivez-vous de la discrimination en raison de votre handicap ?”, 57% des répondant·es déclarent en avoir rencontré parfois à toujours, contre 43% qui déclarent ne pas en avoir subi.
Pour savoir comment se matérialise cette discrimination, parmi les réponses, les plus fréquentes sont :
Mon handicap étant invisible, les remarques proviennent du moment où il devient visible, c’est-à-dire les moments où je suis en crise autistique ou ceux où je me bouche les oreilles pour me protéger du bruit et des applaudissements par exemple. Il m’est arrivé que l’on me dise bizarre. La pire situation étant celle où je suis non-verbal.e, puisque la difficulté de communiquer avec moi à l’oral ou l’incompréhension face à ça, fait que je ne trouve personne pour danser avec moi.
Infantilisation, particulièrement sur les danses de couples.
Des gens qui me font comprendre qu’ils ne veulent plus danser avec moi, mais c’est difficile de savoir si c’est parce qu’ils n’aiment pas danser avec moi (pas de feeling) ou si c’est parce qu’ils ne sont pas à l’aise avec l’adaptation nécessaire.
Au lindy, j’ai eu plusieurs commentaires déplacés de la part d’autres femmes (des femmes, généralement de mon cours de danse, qui sont à côté de moi sur le côté de la piste de danse et qui me voient dire non aux hommes qui m’invitent ; et qui s’étonnent de ça. Je réponds généralement « je ne danse pas avec les hommes que je ne connais pas ». Une fois une personne m’a répondu « mais pourtant c’est un peu le principe ». Des réactions d’incompréhension qui m’obligent à me justifier en disant « j’ai des traumas ».
J’ai plusieurs fois demandé à plusieurs danseur.euses de mieux gérer leur espace de danse car j’avais été bousculée violemment et que j’en avais eu de forts vertiges. On m’a rit au nez en me faisant comprendre que j’étais rabat-joie.
I am usually not asked to dance, mostly I have to ask people. Occasionally there will be a comment of surprise to see me on my feet, or very personal questions about « what is wrong » with my body.
I brought a blind friend along to a social. They just wanted to sit and listen to the band and be part of the atmosphere. Some arsehole asked me « why did I bring them? They don’t belong here« .
La peur des gens valides que parfois être vexant. Si c’est une scène où il y a rien pour monter avec le fauteuil c’est dommage et on se sent du coup un peu discriminé et humilié. Jusqu’à présent je suis allé à plusieurs festivals et je marque beaucoup autant dans les transports que sur le site mais souvent les gens essaient de trouver des solutions.
Le validisme est un pré requis implicite à bon nombre de bals. En effet, à moins d’être directement concerné, la plupart des organisations, transmetteur·ices et autres danseur·euses ne pensent pas à l’accessibilité (d’autant plus quand les handicaps sont invisibles), et certainement encore moins à la lutte contre les discriminations.
Les répondant·es sont donc nombreux à réclamer davantage de sensibilisation aux handicaps visibles et invisibles. Plusieurs parallèles ont été faits avec les efforts de sensibilisation grandissants sur les violences sexistes et sexuelles (VSS) et réclament des dispositifs similaires concernant le handicap.
Des enjeux militants qui d’ailleurs se rejoignent, la meilleure inclusion des personnes en situation de handicap passant par l’amélioration nécessaire du consentement et du respect du corps des partenaires, qui est déjà un enjeu central de la lutte contre les VSS.
Je parle régulièrement sur ce blog, des enjeux liés au consentement (qui ne concerne pas uniquement l’invitation), à la circulation (le sens du bal et le respect des lignes de danse). Cet aspect est également récurrent dans les témoignages de cette enquête.
Bon nombre de danseur.euses ont peur d’être bousculés, blessés par les autres au hasard du bal. La gestion de l’espace de danse va au-delà de la notion de bien-être mais devient un véritable enjeu d’intégration.
La gestion de l’espace… toujours peur de se faire marcher dessus. Le sol est beaucoup plus douloureux s’il est trop dur.
Effectivement quand il y a trop de monde sur un parquet, je peux me prendre des coups dans le coude… et donc dans ma prothèse ce qui fait vraiment mal.
Many people expect a high level of mobility and flexibility of the people on the dancefloor. They take up a lot of space and don’t care about bumping into other people.
On ne le répètera jamais assez, mais le partage de l’espace de danse est un sujet majeur pour nos communautés de danse. Mais ce qui est un élément de confort pour tout le monde est un enjeu vital pour d’autres. Donc je vous renvoie vers l’article L’importance de la gestion de l’espace en bal pour toutes les infos sur ce sujet.
À la question « Dans le cadre d’une danse de couple, comment votre partenaire pourrait mieux prendre en compte votre situation ? », les propositions sont, somme toute, la demande d’un traitement décent et humain qui ne devrait aucunement être lié à une situation de handicap.
Note personnelle : Dites-vous bien que si c’est listé ici, c’est que la base minimum n’est pas là.
Les préconisations sont les suivantes :
Il est important de préciser que même si la personne PEUT poser ses limites, elle ne SOUHAITE pas toujours vous expliquer ses problèmes de santé. Il est donc possible pour chaque personne d’être à l’initiative de la communication, et de s’enquérir de ses préférences en matière de danse de ses partenaires, sans présupposer de ses motifs ou demander des raisons.
Les répondant·es vous suggèrent donc quelques phrases toutes faites et non intrusives.
Ce n’est que mon avis, mais j’ai toujours apprécié que les personnes qui ne savent pas quoi faire posent ouvertement des questions (par exemple : « Comment préféres-tu que je me connecte avec ta main ? Est-ce que cela te convient ? »).
Plus important encore, il faut dire clairement dès le départ que l’on peut s’arrêter à tout moment (je le dis souvent à mon partenaire de danse quand j’invite quelqu’un à danser, surtout si je remarque qu’il a l’air un peu fatigué ou pas de bonne humeur).
En s’assurant que je me sente bien pendant la danse, en demandant par exemple et prendre soin de ne pas faire de geste brusque, par rapport à ma mobilité modifiée.
Acceptez simplement un refus, laissez-moi choisir mon rôle. Inutile d’insister pour obtenir une explication.
Trouver des partenaires de danse est difficile, car je dois leur expliquer que je ne peux pas faire certains mouvements, qu’ils ne peuvent pas me tirer ou me pousser les bras (je risque de me déboîter les articulations) et que je pourrais être obligée d’abandonner en plein milieu d’une danse. J’ai l’impression de devoir d’abord discuter avec les gens en dehors de la piste de danse.
Il faudrait rendre plus acceptable socialement de ne danser que la moitié d’une danse (personnellement, je commence généralement à chercher un partenaire à mi-chemin, et ça marche aussi). Mais je comprends que les personnes valides ne se soient pas venues pour danser uniquement la moitié de la danse.
À la question “Pratiquez-vous la danse dans un endroit adapté à un ou des handicaps ?”, 43% des répondant·es déclarent parfois et 38% déclarent jamais.
À la question “Les organisateurs de bals ou de soirées sont-ils sensibilisés aux questions d’inclusion des personnes en situation de handicap ?”, 55% des répondant·es déclarent parfois, 21% déclarent jamais, et 3% déclarent toujours.
Les problématiques liées à l’espace du bal ont déjà été abordées précédemment, mais les répondant·es rappellent les principales difficultés rencontrées : la foule (chaleur et humidité, proximité, interactions sociales, odeurs), le niveau sonore et les fortes lumières, la qualité du sol…
La mobilité réduite de certains danseur·euses nécessitent des aménagements plus adaptés. Les locaux “en dur” accueillant du public sont généralement aux normes PMR, mais pas les événements de plein air. En outre, ils remarquent que le bâtiment a beau être PMR, il ne faut pas limiter sa vision à l’accessibilité de la piste de danse, mais également aux espaces de restauration, aux sanitaires, la scène, l’accès en transports.
Dans les espaces bondés, la maîtrise du sol est essentielle, et assurer ma sécurité face aux autres danseurs demande beaucoup d’énergie. Cela devrait être un effort collectif, chacun faisant preuve de considération (un point important à aborder en cours). Les sols inégaux et collants sont pénibles pour mes articulations. Un mauvais mixage sonore (trop ou pas assez de basses) rend difficile la perception du rythme, et inconfortable sans bouchons d’oreille.
Pas spécifiquement dans une confrontation à mon handicap, mais je n’aime pas la culture du corps sain et épanouie en général. Revendiquer ses performances corporelles, esthétiques ou sportives, comme source d’émancipation, est toujours une forme insidieuse de validisme. Cette culture de l’individu émancipé n’est pas du tout propre au milieu de la danse, mais semble triompher sans aucune remise en question dans notre société libérale. Le bal pourrait-il être le lieu où l’on interroge ce rapport à la performance ?
L’absence d’espace isolé plus calme, la peur de manquer de belles danses et des moments communautaires (la contrepartie étant de vivre un moment malheureux), l’absence d’espace pour en discuter.
De nombreux lieux ne sont pas accessibles aux personnes en fauteuil roulant. Les gens ne comprennent pas toujours ce que signifie être une personne en fauteuil roulant capable de se déplacer.
Les rampes d’accès improvisées pour fauteuils roulants ne répondent souvent pas aux normes professionnelles et peuvent être difficiles à utiliser. Il peut être compliqué d’interagir avec des danseurs que je ne connais pas, car je ne peux pas me déplacer aussi librement sur la piste de danse. Trouver des partenaires est plus difficile qu’avant que je n’utilise un fauteuil roulant. Je souhaite également que davantage de scènes soient accessibles aux personnes en fauteuil roulant. Si une session a lieu lors d’un bal et que des musiciens se réunissent sur scène, je ne peux pas me joindre à eux.
L’un des principaux points noirs semble être l’accès à l’information. En effet, une personne en situation de handicap aura tendance à se renseigner en amont pour préparer sa venue, mais si elle ne trouve pas l’information, préfèrera ne pas venir plutôt que de se heurter à une difficulté ou à un refus à la porte.
Dans cet accès à l’information, on trouve une demande régulière pour un plan détaillé du site, des informations sur l’accès en transport en commun et en logement. Pour les besoins spécifiques, plusieurs répondant·es indiquent tout simplement avoir besoin du contact d’un référent handicap auquel poser leurs questions.
Par ailleurs, la majorité des événements demandent à présent une réservation en ligne en amont, mais la situation de santé des personnes ne leur permet pas toujours d’être en condition le soir du bal. Aussi, la possibilité d’être remboursé.e de son billet de bal si les personnes n’arrivent pas à le revendre est une mesure appréciée.
Du côté des transports, certaines personnes ne peuvent pas conduire pour se rendre à l’événement, aussi l’accessibilité en transport en commun ou l’existence d’un système de covoiturage est indispensable.
Enfin, les personnes en situation de handicap sont souvent sujettes à une fatigue importante, et les bals qui finissent trop tard sont une difficulté supplémentaire (liée aux difficultés de transports mentionnées ci-dessus).
Pour finir, il est indispensable que l’équipe d’organisation du bal soit mieux formée et informée des dispositifs.
Accepter de me rembourser les places, qu’il faut hélas souvent désormais acheter en avance, si en dernière minute mon état ne me permet pas de venir et que je n’ai pas réussi à les revendre (sans demander un certificat médical car bon vous savez bien que c’est compliqué de nos jours de pouvoir voir un médecin rapidement)…
L’une des mesures les plus plesbicitées par les répondant·es est la création d’espaces de calme permettant de se reposer dans de bonnes conditions, notamment loin du bruit. Plusieurs personnes mentionnent que le bar, l’accueil ou l’espace extérieur ne constituent pas des lieux de repos appropriés, car ce sont souvent des lieux bruyants, avec un fort passage ou des courants d’air.
Des espaces comme la salle de sieste du festival Cadansa ont été cités comme en exemple.
Cadansa 2024 – Arne de Laat
Plus de prévention sur la gestion de l’espace /les règles de consentement Possibilité d’avoir accès à un/des espaces calmes pour se reposer/réguler émotionnellement.
Creating a safe space to rest and calm down, without too much noice.
Baisser la musique, ne pas utiliser les lumières de manière stroboscopique, prévoir de nombreux sièges, mettre à disposition une petite salle calme en plus, aérer souvent la salle, prévoir des masques FFP2 et des purificateurs d’air.
Une fois dans la salle, les répondant·es pointent l’importance de disposer d’un bon système de son et d’un parquet de qualité, critères importants pour tous·tes mais qui deviennent majeurs avec un handicap.
La foule et ses effets (proximité, chaleur) est un déclencheur fréquent de malaise. Plusieurs répondant·es pointent l’importance de respecter une jauge correcte, et de prévoir une bonne ventilation de la salle et la présence de chaises en proportions suffisantes pour s’asseoir.
Enfin, plusieurs personnes mentionnent que le meilleur moyen de rendre un espace accessible est encore de se faire conseiller / assister en amont par les personnes concernées, ou encore de mettre à disposition des boîtes à idées ou des questionnaires pour recueillir les suggestions d’amélioration. Une personne mentionne qu’elle est consultante en accessibilité et qu’il est possible / recommandé de faire appel à des services professionnels sur ces questions.
Enfin, certaines propositions concernent du matériel à mettre à disposition ou proposent différentes manières de sensibiliser au handicap ou au consentement.
À la question “Quelles suggestions avez-vous pour améliorer l’inclusion des personnes en situation de handicap dans le milieu de la danse sociale en général ?”, plusieurs personnes pointent le manque de discussion et d’implication de la communauté, et le besoin de sensibilisation sur le sujet. La mise en place d’espaces d’affichages autour du handicap et du consentement a été suggéré de nombreuses fois.
Une simple enquête n’est pas suffisantes pour relever tous les points à améliorer, et pour notamment développer l’empathie et la réelle prise en compte du sujet par les danseur·euses plusieurs mesures sont suggérées :
Un rapport un peu plus humble à cette discipline permettrait forcément plus d’inclusion. Au delà des paramètres logistiques de prise en compte des personnes en situation de handicap, il faut régulièrement interroger ce qui fait ségrégation dans un milieu donné : ségrégation financière ? Ségrégation culturelle ? Sociale ?
Les difficultés ne sont pas forcément dans des aspects liés aux bals et aux organisateurs. Je trouve que l’inclusion se fait surtout par le fait de voir danser des gens avec un handicap (lorsqu’il est visible) et le fait qu’ils vivent bien leur danse et sont accueillis (plus ou moins bien) par les danseurs valides. Mais s’il y avait une sensibilisation des organisateurs, visible dans les bals, cela inciterait certainement beaucoup plus tous les danseurs à être inclusifs et dépasser pour certains leur peur de danser avec une personne porteuse de handicap visible. Cela permettrait probablement aussi, par ricochet, de commencer à parler de handicap invisible.
Parmi les répondant·es, une personne signale son usage de la lanière tournesol, signe du handicap invisible, dans les bals. Un symbole adopté partout dans le monde et qui permet par exemple aux personnels des aéroports d’aller proposer de l’assistance adaptée éventuelle.
Handicap.fr – Tournesol : le logo du handicap invisible dans les aéroports
À la question “Souhaitez-vous voir plus de soirées inclusives spécifiquement adaptées à des handicaps variés (mobilité, auditif, visuel, etc.) ?“, les répondant·es sont largement favorables à l’émergence d’événements adaptés.
Les réponses sont toutefois souvent nuancées, mentionnant que :
Ce qui est le plus important pour l’inclusion, c’est de rendre visible les efforts qui sont faits. Par exemple, lors de l’organisation d’un évènement sur le handicap, avec une conférence sur le handicap invisible, on avait fait venir des signeurs pour traduire en langue des signes. Mais on n’avait pas communiqué, sur l’affiche, sur le fait que c’était traduit en LSF, donc les personnes malentendantes ne sont pas venues ! Il n’y a jamais d’inclusion parfaite tous types de handicaps (et même parfois les besoins des uns contredisent les besoins des autres), donc la sensibilisation en amont et sur place reste pour moi le meilleur vecteur d’adaptation.
Yes please! Would be cool to dance in my wheelchair (I don’t do it now for safety reasons). And covid safe evenings! Reinfection causes worsening of long covid so that’s why I’m still living covid safe (and in general, the pandemic never ended, everyone can still become permanently disabled so it’s safe for everyone!).
Yes, but especially spaces intended for people with different disabilities to meet each other. I do not feel the need for a space only geared to my disability.
Évidemment ça serait bien point mettre en place je pense que c’est compliqué tant pour les groupes que pour trouver des danseurs en situation de handicap qui parfois se disent que comme ils sont en situation de handicap ils n’ont pas l’occasion de danser. Personnellement je ne vois pas beaucoup de gens en situation de handicap quand je vais en bal folk.
Je souhaiterais que progressivement les adaptations puissent se banaliser, mais je n’irai probablement pas à des soirées spécifiques.
Pour aller plus loin sur le sujet, il nous faudra rendre beaucoup plus visibles les danseurs et danseuses en situation de handicap prêts à témoigner de leur expérience, faire remonter l’expérience les organisations adaptées, lire des articles et des livres sur le sujet… Plusieurs ressources ont été suggérées dans l’enquête, mais il en existe certainement bien d’autres.
Ce n’est pas sur la danse, mais cet épisode Escalade, handisport & discriminations du podcast H comme handicapé·e·s traite de manière pertinente de l’intégration d’une personne en situation de handicap dans un milieu non adapté.
Témoignages d’élèves d’un cours de tango argentin pour des personnes en situation de handicap physique.
Mozaic formations – Formation « Enseignement de la danse adaptée et de la danse inclusive ». 4 modules indépendants à destination de professionnels de la danse ou du secteur médico-social ayant également une bonne pratique de la danse
L’épisode 15 du podcast From the top, Swing dance and disability est une très intéressante interview de deux danseurs de lindy hop en situation de handicap.
People dancing is the network and center of knowledge for community dance practice, research and training.
Kerry Thompson, founding director of Silent Rhythms, instructs and dances with participants during a Salsa in the Park program held in the South End, Monday. Staff video by Angela Rowlings.
Dis swing thing – Lesta is VI (visually impaired), registered in the UK disabled with sight impairment. She is also BIPOC, part of the global majority, British-born Chinese. She is a professional jazz/swing dancer and has been dancing for over 16 years, specialising in the dances of the swing era; Lindy hop, Solo Authentic Jazz, Charleston, Balboa, Shag, and is versatile with style.
La première partie de cette enquête, et donc de cet article, ne fait qu’ouvrir une toute petite porte sur la thématique de l’accessibilité des espaces de danses. Dans un futur article, nous nous intéresseront à l’adaptation des cours de danse aux personnes en situation de handicap.
Je suis consciente que cet article ne fait qu’effleurer ce sujet complexe, et je remercie encore toutes les personnes qui ont participé à cette première enquête pour leurs réflexions. J’espère avoir organisé leurs remarques en une réflexion articulée qui fera sens.
Certaines questions ont été posées, notamment aux organisateur·ices de bal, qui n’ont pas été répercutées ici, car je sens que la réflexion collective à ce sujet n’a pas encore toute la maturité ou le recul nécessaire. Je pense qu’une nouvelle enquêtes, dans 3/5 ans, permettrait de renouveler les réflexions et mènerait à des échanges constructifs.
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