Depuis plusieurs années, je m’interroge sans oser me lancer sur un angle mort de nos événements de danse sociale : l’accessibilité des personnes en situation de handicap. Si plusieurs excellentes initiatives existent, je n’ai pas vu d’approche transversale aux différents milieux de danse, d’études ou de préconisations générales sur le sujet. Il existe tant de types de handicaps qu’on ne sait parfois pas par où commencer. Voici donc une porte d’entrée : demandons aux personnes concernées, les danseurs et danseuses en situation de handicap qui vont déjà danser et peuvent ainsi apporter leur vision de la situation et partager leur expérience. En avril dernier, j’ai donc lancé une enquête sur les danses sociales et le handicap, et je remercie Florence et Emmanuelle pour leur aide dans la conception de ce questionnaire.
Le présent article abordera le sujet de la vie en bal. Un futur article abordera le sujet de l’enseignement et des cours de danse.
NB : Cette enquête et son analyse ont été réalisées bénévolement. Je ne suis ni chercheuse ni sociologue. Les questions autant que le traitement des réponses pourrait être maladroit. Si c’est le cas, n’hésitez pas à me le signaler.
Portrait chiffré des répondants
Cette enquête a été réalisée du 11 avril au 10 juin 2025. Cette enquête comptait 44 questions, portant sur différents aspects. 72 personnes, en provenance de 9 pays (France, Canada, Allemagne, Danemark, Pays-Bas, Suisse, Suède, UK et USA) y ont apporté des réponses. Elle a été diffusée principalement sur les réseaux sociaux et par le biais d’affiches dans plusieurs festivals.
Je remercie les 65 personnes en situation de handicap, et les 7 autres témoins pour leur apport à cette enquête. Ces personnes ont été interrogées sur plusieurs points, en particulier leur manière d’appréhender l’espace de danse, en soirée et en cours.
Les danses du bal folk et traditionnelles d’autres pays sont les plus représentées (mon réseau étant plus étendu à ce niveau-là), suivies par le Lindy hop et autres danses swing, et le forró et danses brésiliennes apparentées. On retrouve également d’autres danses : rock 4 et 6 temps, tango argentin, west coast swing, etc.





Handicap visible ou invisible ?
À la question “Avez-vous un handicap visible ou invisible ?”, les répondant·es ont répondu à 71% invisible, mais les réponses sont souvent plus nuancées que ça, car certains handicaps peuvent être masqués ou deviennent visibles sous l’effet de la douleur ou lors d’une crise. Ce ratio correspond globalement aux statistiques du gouvernement français, selon lesquelles 80% des handicaps sont invisibles.
Tous les types de handicaps sont représentés parmi les répondant·es : handicap moteur ou sensoriel, maladies chroniques, handicap cognitif, handicap psychique…
Dans la plupart des témoignages, le handicap induit parfois une limitation ou un inconfort dans la pratique de danse sociale, mais il est possible que seules ces personnes aient pris le temps d’apporter un témoignage.
L’amour et les bienfaits de la danse avant tout
Face à la multiplicité des handicaps, on retrouve donc une myriade de situations. Certaines personnes ont une connaissance pointue de leur condition physique, de leurs limites ou des situations pouvant provoquer de l’inconfort. Pour d’autres, c’est plus flou.
Mais avant de rentrer dans les détails des limitations et des améliorations à apporter, concentrons-nous sur la motivation et les bienfaits qui poussent les personnes vers la danse. Car oui, si on vient tous danser, c’est pour en profiter.
À la question “Est-ce que la danse induit une amélioration ou un bien-être par rapport à votre situation”, les réponses sont variées mais toujours positives. Aucun participant ne déclare ressentir aucun bienfait. Car si la pratique de la danse n’améliore pas systématiquement la condition physique, les bénéfices sont toutefois bien présents, dans le cadre d’une pratique de danse adaptée où toutes les conditions sont réunies.


Dans les motivations et les effets positifs, on retrouve ainsi : la recherche du bien-être, de la détente, de la socialisation, rompre l’isolement, trouver une communauté, permet de se maintenir dans une dynamique positive, le besoin d’avoir pratique sportive pour se défouler, l’amélioration de la coordination, de la proprioception et de l’endurance, le besoin se libérer émotionnellement, d’oublier des douleurs, la réduction l’anxiété et du stresse, la lutte contre la dépression, l’augmentation de la confiance en soi, l’atteinte du flow.
Lire les témoignages
En permettant l’accès à un espace festif où la musique et le niveau sonore n’est pas systématiquement hyper élevé, où les gens sont globalement à l’écoute même sans connaître les enjeux du handicap. En donnant un cadre qui, par des règles claires et énoncées du fonctionnement du bal, permet d’approfondir ma compréhension des relations sociales et de pouvoir rentrer en contact avec des gens par le langage corporel de façon plus fluide que par la communication orale, dont la fluidité et la qualité est fluctuante pour moi.
Je travaille en douceur sur mes limitations.
Contact social, apprentissage de l’écoute musicale et du ressenti, amélioration de la coordination, de la proprioception, du schéma corporel, de l’endurance, des capacités motrices, libération émotionnelle.
Psychologically, because the social interactions really help with my mental health issues caused by being at home alone way too much.
Dancing helps me get out of my head and into my body, which helps with feeling where my (energy) boundaries are, and not going over those boundaries so often. Social dance has also helped me work around my social limitations and become more social. It helps that you can be social without always having to communicate verbally. It also helped me find friends in a community of open-minded people, some of which struggle with the same things, so we can talk about it.
En soi la réponse est neutre. La pratique de la danse n’améliore pas mes symptômes directs, mais contribue grandement à mieux vivre au quotidien car source de joie et d’expression. C’est une alliée dans ma bataille contre l’anxiété sociale et la dépression, qui sont souvent la résultante de handicaps invisibles.
Pourtant, à chaque bal, chaque personne en situation de handicap fait la balance entre les aspects positifs que la danse apporte à sa situation, et le « coût » que cette situation va lui occasionner.
Types de handicaps : Facteurs, effets induits et stratégies
À la question “Quelle limitation ou inconfort est-ce que cela induit dans votre pratique de la danse sociale ?”, on retrouve différents éléments. Ils peuvent être directement liés au handicap de la personne, mais bien souvent des facteurs extérieurs vont déclencher des effets négatifs, et ces effets vont nuire au bien-être de la personne.
En réponse, les danseurs et danseuses vont adopter des stratégies d’adaptation, et si l’adaptation n’est pas possible, vont renoncer à venir danser ou quitter le bal.
La partie suivante liste les facteurs qui déclenchent des situations d’inconfort, ou même de la douleur, chez les danseurs et danseuses en situation de handicap. Pour plus de lisibilité, je les ai classés en familles de handicap.
Bien sûr, en fonction des personnes, les facteurs et les effets peuvent se cumuler.
PS : Ces réponses étant extraites de réponses en texte libre, elles ne sont pas exhaustives et peuvent bien sûr s’appliquer à plusieurs handicaps. Bien sûr, tou·tes les répondant·es ne d’une catégorie ne rencontrent pas l’intégralité des situations recensées.
Handicap moteur et sensoriel
Facteurs liés au handicap:
- Limite de mobilité (usage de canne, fauteuil, douleurs chroniques)
- Difficulté pour se repérer dans l’espace
- Fatigue musculaire, douleurs articulaires
- Difficulté à rester longtemps debout
- Difficulté à garder les bras levés
- Sensibilité aux appuis (ex. impossibilité d’appui sur le pied)
- Difficulté d’équilibre (notamment lors de rotations rapides)
- Vertiges
- Difficulté à entendre la musique ou les annonces
- Difficulté à reconnaître les gens
- Sensibilité à la pression ou aux prises fortes
Facteurs extérieurs :
- Lieux non accessibles (escaliers, WC non adaptés)
- Sol non adapté à la danse
- Informations insuffisantes en amont (horaires, lieu exact…)
- Absence de transports adaptés ou disponibles
Conséquences :
- Difficulté à suivre un stage ou à finir une soirée
- Douleur accrue après la danse
- Vertiges lors de mouvement trop rapides ou violents (ex : rotations)
- Sentiment d’exclusion ou d’impuissance
- Crainte de se blesser ou d’être blessé
- Impossibilité d’aller à l’événement
- Stress logistique avant ou après l’événement
- Incompréhension des autres danseurs face aux fauteuils roulants
- Réduction du nombre de danses possibles (par ex. uniquement celles où l’on est soutenu·e)
- Malaise possible en cas de dépassement de fatigue
Stratégies employées :
- Recherche approfondie d’infos pratiques avant le bal
- Anticipation des trajets, demandes d’aide
- Choix d’événements connus et accessibles
- Choix d’hébergement adapté (chambre individuelle, hébergement en dur plutôt que camping)
- Danses choisies (douces, lentes, sans sauts ni tours) / nécessitant moins d’énergie
- Limitation du nombre de danses
- Pauses assises fréquentes
- Choix du rôle de danse en fonction du contexte (ex : mener pour être davantage en contrôle de la danse)
- Sélection des partenaires / danser avec des partenaires de confiance
- Avoir une carte d’urgence accessible sur soi
- Danser plus proche du son / des musiciens
- Utiliser bouchons d’oreille, lunettes de soleil
- Observation / interpellation des autres danseurs pour deviner la danse annoncée
- Adapter les prises pour éviter de solliciter une articulation fragile
Témoignage :
- Je ne peux plus faire de mixer car je ne peux pas expliquer à chaque personne mes limites invisibles de mouvement. je sélectionne des danseurs/danseuses plutôt de petit gabarit pour ne pas à avoir à mettre mon bras trop en difficulté.
- Quand je suis en bal folk, je fais l’effort de danser avec une béquille, ce qui engendre plusieurs problèmes. Déjà, il faut que la personne sache comment me tenir et c’est de plus en plus pénible pour moi. J’aimerais bien continuer à aller en bal folk et danser en fauteuil.
Maladie chronique ou invalidante
De type cancer, sclérose en plaque, diabète…
Facteurs liés au handicap :
- Faiblesse musculaire
- Douleurs
- Intense fatigue
- Sensibilité à la chaleur
- Maladresse, difficulté de mobilité
- Difficulté à se mouvoir dans l’espace
Conséquences :
- Épuisement rapide en bal ou en stage
- Chaleur extrême
- Mouvements imprécis ou ralentis
- Troubles de la concentration, maladresse
- Difficulté pour danser tout le bal
- Impossibilité de pratiquer les danses à haute énergie
Stratégies employées :
- Pauses fréquentes et planifiées
- Préparation du corps (échauffement, médication, respiration), manger en quantité nécessaire
- Préparation de nourriture (snack, boissons électrolytes, packs de froid)
- Porter un lanyard avec des tournesols (symbole du handicap invisible)
- Semelles spéciales
- Danses choisies (douces, lentes, sans sauts ni tours) / nécessitant moins d’énergie
- Présence seulement en début de bal
- Participation partielle au stage
- Acceptation de ne pas tout faire / renoncement partiel
Témoignages :
- My doctor have said my dance background has likely helped me keep up good balance (which can often be affected) and good movement (walking can be affected). […]
Handicap cognitif
De type troubles neurologiques, épilepsie, TDA, autisme, troubles dys, hypersensibilité …
Facteurs liés au handicap :
- Extra-sensibilité aux sons et aux odeurs
- Sensibilité à l’humidité et la chaleur
- Agoraphobie
Facteurs extérieurs :
- Nombre élevé de personnes, promiscuité
- Chaleur
- Changements rapides de consignes ou d’ambiance
- Attente aux sanitaires
- Musique forte, basses qui vibrent
- Lumières clignotantes, stroboscopiques
Conséquences :
- Fatigue rapide
- Malaise physique (maux de tête, nausée)
- Surchauffe cognitive, confusion, perte de repères
- Irritabilité / frustration / lassitude
- Culpabilisation / dévalorisation / auto-censure
- Renoncement total ou partiel à certaines danses
- Risques infectieux
Stratégies employées :
- Sélection des partenaires
- Sélection des danses
- Ne faire que des demi-danses
- Réduction des gestes / de l’énergie déployée
- Pauses fréquentes dans un coin calme ou en dehors de la salle
- Port de bouchons d’oreilles ou de casque anti-bruit
Témoignage :
- J’ai besoin de plus de repos, je ne peux pas toujours faire stage + bal dans une journée. Je ne participe plus aux boeufs de fin de soirée.
Handicap psychique
De type bipolarité, dépression, anxiété, TSPT…
Facteurs liés au handicap :
- Risque de dissociation
- Anxiété sociale, difficulté à inviter ou refuser
- Difficultés dans les interactions
- Expériences de violences passées
- Fatigue physique et morale
- Limite d’attention
- Difficulté à percevoir / évaluer ses limites
Facteurs extérieurs :
- Nombre élevé de personnes, promiscuité
- Contact trop intrusif (dans les danses de couple par ex.)
Conséquences :
- Gêne ou évitement des interactions
- Shut-down, crise de panique ou d’angoisse
- Confusion sur les invitations ou refus mal interprétés
- Difficulté pour se faire comprendre / comprendre les codes transmis par les partenaires
- Sentiment d’exclusion ou de solitude
- Hyper vigilance, stress, dissociation
- Anxiété à l’idée de danser avec un inconnu
- Culpabilisation / colère / stress
- FOMO (fear of missing out)
- Besoin de contrôle accru sur les interactions
Stratégies employées :
- Préparation à la danse (échauffement, relaxation, respiration)
- Sélection des partenaires / danser avec des personnes de confiance
- Retrait partiel ou total de la danse
- Danser seul.e
- Pauses fréquentes dans un endroit calme
- Port de bouchons d’oreilles
- Être accompagné une personne alliée
- Recherches préalables sur les codes du bal
- Éviter les danses de couple ou certains rôles (souvent follower) / Danser en groupe uniquement
- Partir si la charge est trop forte
Discrimination cumulée : Les normes sociales ou de genre excluantes
Les personnes qui cumulent un handicap et font, en plus, partie d’une minorité ethno-raciale ou de genre vont subir la double peine des discriminations. Également mises en situation de stress et d’hypervigilance, les personnes vont également développer des stratégies de protection.
Minorités ethno-raciales, minorités de genre
Facteurs extérieurs :
- Normes binaires et genrées des rôles de danse
- Queerphobie, sexisme, pression à danser avec quelqu’un
- Attentes implicites liées à l’apparence
Conséquences :
- Malaise, besoin de se justifier
- Refus de danser perçu comme impoli
- Stress autour du choix des partenaires
Stratégies employées :
- Choisir ses partenaires à l’avance
- Danser avec des personnes safe ou queer-friendly
- Expliciter ses besoins (« je ne danse qu’en leader », « je ne souhaite pas de tours… »)
Le coût social du bal
Les personnes interrogées par dans cette enquête font part d’une interrogation perpétuelle entre l’envie de socialisation et le plaisir de danser, et le “coût” énergétique ou financier que cela représente.
Aujourd’hui, si l’espace n’est pas adapté, ce sont aux personnes en situation de handicap qui doivent compenser les manques, rechercher des informations, s’organiser avec des amis. Elles doivent en plus surveiller leurs limites, en fixer certaines avec des partenaires, organiser leurs pauses… C’est une charge mentale pouvant induire de la fatigue et du découragement.
À chaque bal, la personne doit faire un arbitrage entre son désir d’aller danser et socialiser, et sa réserve d’énergie, d’autant qu’il est parfois difficile d’être invité à danser. Plusieurs témoignages pointent des mesures qui pourraient faciliter leur insertion dans le bal, à commencer par la sensibilisation au handicap et au consentement. Car au-delà des difficultés physiques et logistiques, le premier obstacle est le validisme et la discrimination, délibérée ou non.
Faire face à la discrimination
À la question “Vivez-vous de la discrimination en raison de votre handicap ?”, 57% des répondant·es déclarent en avoir rencontré parfois à toujours, contre 43% qui déclarent ne pas en avoir subi.
Pour savoir comment se matérialise cette discrimination, parmi les réponses, les plus fréquentes sont :
- Le manque d’invitation
- Des réactions négatives suite à un refus / la réputation d’être snob / rabat joie
- Des remarques déplacées sur leur handicap / leur présence au bal
- Des remarques déplacées sur leur manière de danser
- Le non respect des limites exprimées en amont ou au cours de la danse
- La mobilisation de leur handicap ou l’infantilisation
- Le manque de distance dans les danses de couple / imposer un contact ou une proximité non consenti

Lire les témoignages
Mon handicap étant invisible, les remarques proviennent du moment où il devient visible, c’est-à-dire les moments où je suis en crise autistique ou ceux où je me bouche les oreilles pour me protéger du bruit et des applaudissements par exemple. Il m’est arrivé que l’on me dise bizarre. La pire situation étant celle où je suis non-verbal.e, puisque la difficulté de communiquer avec moi à l’oral ou l’incompréhension face à ça, fait que je ne trouve personne pour danser avec moi.
Infantilisation, particulièrement sur les danses de couples.
Des gens qui me font comprendre qu’ils ne veulent plus danser avec moi, mais c’est difficile de savoir si c’est parce qu’ils n’aiment pas danser avec moi (pas de feeling) ou si c’est parce qu’ils ne sont pas à l’aise avec l’adaptation nécessaire.
Au lindy, j’ai eu plusieurs commentaires déplacés de la part d’autres femmes (des femmes, généralement de mon cours de danse, qui sont à côté de moi sur le côté de la piste de danse et qui me voient dire non aux hommes qui m’invitent ; et qui s’étonnent de ça. Je réponds généralement « je ne danse pas avec les hommes que je ne connais pas ». Une fois une personne m’a répondu « mais pourtant c’est un peu le principe ». Des réactions d’incompréhension qui m’obligent à me justifier en disant « j’ai des traumas ».
J’ai plusieurs fois demandé à plusieurs danseur.euses de mieux gérer leur espace de danse car j’avais été bousculée violemment et que j’en avais eu de forts vertiges. On m’a rit au nez en me faisant comprendre que j’étais rabat-joie.
I am usually not asked to dance, mostly I have to ask people. Occasionally there will be a comment of surprise to see me on my feet, or very personal questions about « what is wrong » with my body.
I brought a blind friend along to a social. They just wanted to sit and listen to the band and be part of the atmosphere. Some arsehole asked me « why did I bring them? They don’t belong here« .
La peur des gens valides que parfois être vexant. Si c’est une scène où il y a rien pour monter avec le fauteuil c’est dommage et on se sent du coup un peu discriminé et humilié. Jusqu’à présent je suis allé à plusieurs festivals et je marque beaucoup autant dans les transports que sur le site mais souvent les gens essaient de trouver des solutions.
Le validisme est un pré requis implicite à bon nombre de bals. En effet, à moins d’être directement concerné, la plupart des organisations, transmetteur·ices et autres danseur·euses ne pensent pas à l’accessibilité (d’autant plus quand les handicaps sont invisibles), et certainement encore moins à la lutte contre les discriminations.
Les répondant·es sont donc nombreux à réclamer davantage de sensibilisation aux handicaps visibles et invisibles. Plusieurs parallèles ont été faits avec les efforts de sensibilisation grandissants sur les violences sexistes et sexuelles (VSS) et réclament des dispositifs similaires concernant le handicap.
Des enjeux militants qui d’ailleurs se rejoignent, la meilleure inclusion des personnes en situation de handicap passant par l’amélioration nécessaire du consentement et du respect du corps des partenaires, qui est déjà un enjeu central de la lutte contre les VSS.
L’enjeu du consentement, de la circulation et du respect des lignes de danse
Je parle régulièrement sur ce blog, des enjeux liés au consentement (qui ne concerne pas uniquement l’invitation), à la circulation (le sens du bal et le respect des lignes de danse). Cet aspect est également récurrent dans les témoignages de cette enquête.
Bon nombre de danseur.euses ont peur d’être bousculés, blessés par les autres au hasard du bal. La gestion de l’espace de danse va au-delà de la notion de bien-être mais devient un véritable enjeu d’intégration.
Témoignages
La gestion de l’espace… toujours peur de se faire marcher dessus. Le sol est beaucoup plus douloureux s’il est trop dur.
Effectivement quand il y a trop de monde sur un parquet, je peux me prendre des coups dans le coude… et donc dans ma prothèse ce qui fait vraiment mal.
Many people expect a high level of mobility and flexibility of the people on the dancefloor. They take up a lot of space and don’t care about bumping into other people.
On ne le répètera jamais assez, mais le partage de l’espace de danse est un sujet majeur pour nos communautés de danse. Mais ce qui est un élément de confort pour tout le monde est un enjeu vital pour d’autres. Donc je vous renvoie vers l’article L’importance de la gestion de l’espace en bal pour toutes les infos sur ce sujet.
La demande d’un traitement respectueux et décent
À la question « Dans le cadre d’une danse de couple, comment votre partenaire pourrait mieux prendre en compte votre situation ? », les propositions sont, somme toute, la demande d’un traitement décent et humain qui ne devrait aucunement être lié à une situation de handicap.
Note personnelle : Dites-vous bien que si c’est listé ici, c’est que la base minimum n’est pas là.
Les préconisations sont les suivantes :
- Se demander mutuellement avant la danse si l’on a un besoin spécifique pour que ça se passe bien
- Porter de l’attention et de l’écoute aux partenaires / faire attention aux signaux non verbaux
- Demander le consentement avant la danse de faire des mouvements spécifiques (portés, tombés, mouvements soudains…)
- Pratiquer le pas de base avant de faire de l’improvisation
- Interroger son.sa partenaire sur son ressenti avant et pendant la danse
- Favoriser l’invitation directe et verbale
- Ne pas appliquer de pression ou de force physique sur son partenaire
- Accepter (gracieusement) l’interruption en cours de danse
- Mettre en confiance son partenaire en posant des questions sur son confort de danse et ses limites et en s’adaptant à ses demandes
- Ne pas insister pour avoir une réponse ou une justification à un refus
- Avoir une bonne posture
- Si la personne a besoin d’accompagnement, la ramener à son point de départ après la danse
Exemples de questions qu’on peut poser à quelqu’un :
Il est important de préciser que même si la personne PEUT poser ses limites, elle ne SOUHAITE pas toujours vous expliquer ses problèmes de santé. Il est donc possible pour chaque personne d’être à l’initiative de la communication, et de s’enquérir de ses préférences en matière de danse de ses partenaires, sans présupposer de ses motifs ou demander des raisons.
Les répondant·es vous suggèrent donc quelques phrases toutes faites et non intrusives.
- Comment tu te sens ? Sens-toi libre d’arrêter en cas d’inconfort.
- Quelle est ton énergie actuellement ?
- Quelle distance te convient ? Quelle position de danse te convient ?
- Tu me dis à tout moment de la danse si tu ne te sens pas confortable ou si tu veux arrêter
- Veux-tu continuer ensemble ou on se retrouve plus tard ?
- Es-tu ok avec une danse plus intense ou plus calme ?
- Est-ce que tu veux danser la danse entière ? Ou un peu moins ? N’hésite pas à me dire en cours de route.
- N’hésite pas à me dire s’il y a quelque chose d’inconfortable pour toi.
Témoignages
Ce n’est que mon avis, mais j’ai toujours apprécié que les personnes qui ne savent pas quoi faire posent ouvertement des questions (par exemple : « Comment préféres-tu que je me connecte avec ta main ? Est-ce que cela te convient ? »).
Plus important encore, il faut dire clairement dès le départ que l’on peut s’arrêter à tout moment (je le dis souvent à mon partenaire de danse quand j’invite quelqu’un à danser, surtout si je remarque qu’il a l’air un peu fatigué ou pas de bonne humeur).
En s’assurant que je me sente bien pendant la danse, en demandant par exemple et prendre soin de ne pas faire de geste brusque, par rapport à ma mobilité modifiée.
Acceptez simplement un refus, laissez-moi choisir mon rôle. Inutile d’insister pour obtenir une explication.
Trouver des partenaires de danse est difficile, car je dois leur expliquer que je ne peux pas faire certains mouvements, qu’ils ne peuvent pas me tirer ou me pousser les bras (je risque de me déboîter les articulations) et que je pourrais être obligée d’abandonner en plein milieu d’une danse. J’ai l’impression de devoir d’abord discuter avec les gens en dehors de la piste de danse.
Il faudrait rendre plus acceptable socialement de ne danser que la moitié d’une danse (personnellement, je commence généralement à chercher un partenaire à mi-chemin, et ça marche aussi). Mais je comprends que les personnes valides ne se soient pas venues pour danser uniquement la moitié de la danse.
L’accessibilité des espaces de bal
À la question “Pratiquez-vous la danse dans un endroit adapté à un ou des handicaps ?”, 43% des répondant·es déclarent parfois et 38% déclarent jamais.
À la question “Les organisateurs de bals ou de soirées sont-ils sensibilisés aux questions d’inclusion des personnes en situation de handicap ?”, 55% des répondant·es déclarent parfois, 21% déclarent jamais, et 3% déclarent toujours.


Les problématiques liées à l’espace du bal ont déjà été abordées précédemment, mais les répondant·es rappellent les principales difficultés rencontrées : la foule (chaleur et humidité, proximité, interactions sociales, odeurs), le niveau sonore et les fortes lumières, la qualité du sol…
La mobilité réduite de certains danseur·euses nécessitent des aménagements plus adaptés. Les locaux “en dur” accueillant du public sont généralement aux normes PMR, mais pas les événements de plein air. En outre, ils remarquent que le bâtiment a beau être PMR, il ne faut pas limiter sa vision à l’accessibilité de la piste de danse, mais également aux espaces de restauration, aux sanitaires, la scène, l’accès en transports.
Témoignages
Dans les espaces bondés, la maîtrise du sol est essentielle, et assurer ma sécurité face aux autres danseurs demande beaucoup d’énergie. Cela devrait être un effort collectif, chacun faisant preuve de considération (un point important à aborder en cours). Les sols inégaux et collants sont pénibles pour mes articulations. Un mauvais mixage sonore (trop ou pas assez de basses) rend difficile la perception du rythme, et inconfortable sans bouchons d’oreille.
Pas spécifiquement dans une confrontation à mon handicap, mais je n’aime pas la culture du corps sain et épanouie en général. Revendiquer ses performances corporelles, esthétiques ou sportives, comme source d’émancipation, est toujours une forme insidieuse de validisme. Cette culture de l’individu émancipé n’est pas du tout propre au milieu de la danse, mais semble triompher sans aucune remise en question dans notre société libérale. Le bal pourrait-il être le lieu où l’on interroge ce rapport à la performance ?
L’absence d’espace isolé plus calme, la peur de manquer de belles danses et des moments communautaires (la contrepartie étant de vivre un moment malheureux), l’absence d’espace pour en discuter.
De nombreux lieux ne sont pas accessibles aux personnes en fauteuil roulant. Les gens ne comprennent pas toujours ce que signifie être une personne en fauteuil roulant capable de se déplacer.
Les rampes d’accès improvisées pour fauteuils roulants ne répondent souvent pas aux normes professionnelles et peuvent être difficiles à utiliser. Il peut être compliqué d’interagir avec des danseurs que je ne connais pas, car je ne peux pas me déplacer aussi librement sur la piste de danse. Trouver des partenaires est plus difficile qu’avant que je n’utilise un fauteuil roulant. Je souhaite également que davantage de scènes soient accessibles aux personnes en fauteuil roulant. Si une session a lieu lors d’un bal et que des musiciens se réunissent sur scène, je ne peux pas me joindre à eux.
Améliorer l’accès à l’information
L’un des principaux points noirs semble être l’accès à l’information. En effet, une personne en situation de handicap aura tendance à se renseigner en amont pour préparer sa venue, mais si elle ne trouve pas l’information, préfèrera ne pas venir plutôt que de se heurter à une difficulté ou à un refus à la porte.
Dans cet accès à l’information, on trouve une demande régulière pour un plan détaillé du site, des informations sur l’accès en transport en commun et en logement. Pour les besoins spécifiques, plusieurs répondant·es indiquent tout simplement avoir besoin du contact d’un référent handicap auquel poser leurs questions.
Par ailleurs, la majorité des événements demandent à présent une réservation en ligne en amont, mais la situation de santé des personnes ne leur permet pas toujours d’être en condition le soir du bal. Aussi, la possibilité d’être remboursé.e de son billet de bal si les personnes n’arrivent pas à le revendre est une mesure appréciée.
Du côté des transports, certaines personnes ne peuvent pas conduire pour se rendre à l’événement, aussi l’accessibilité en transport en commun ou l’existence d’un système de covoiturage est indispensable.
Enfin, les personnes en situation de handicap sont souvent sujettes à une fatigue importante, et les bals qui finissent trop tard sont une difficulté supplémentaire (liée aux difficultés de transports mentionnées ci-dessus).
Pour finir, il est indispensable que l’équipe d’organisation du bal soit mieux formée et informée des dispositifs.
Témoignages
Accepter de me rembourser les places, qu’il faut hélas souvent désormais acheter en avance, si en dernière minute mon état ne me permet pas de venir et que je n’ai pas réussi à les revendre (sans demander un certificat médical car bon vous savez bien que c’est compliqué de nos jours de pouvoir voir un médecin rapidement)…
Ménager des espaces de calme
L’une des mesures les plus plesbicitées par les répondant·es est la création d’espaces de calme permettant de se reposer dans de bonnes conditions, notamment loin du bruit. Plusieurs personnes mentionnent que le bar, l’accueil ou l’espace extérieur ne constituent pas des lieux de repos appropriés, car ce sont souvent des lieux bruyants, avec un fort passage ou des courants d’air.
Des espaces comme la salle de sieste du festival Cadansa ont été cités comme en exemple.

Cadansa 2024 – Arne de Laat
Témoignages
Plus de prévention sur la gestion de l’espace /les règles de consentement Possibilité d’avoir accès à un/des espaces calmes pour se reposer/réguler émotionnellement.
Creating a safe space to rest and calm down, without too much noice.
Baisser la musique, ne pas utiliser les lumières de manière stroboscopique, prévoir de nombreux sièges, mettre à disposition une petite salle calme en plus, aérer souvent la salle, prévoir des masques FFP2 et des purificateurs d’air.
Penser l’espace en amont en prenant en compte la dimension handicap
Une fois dans la salle, les répondant·es pointent l’importance de disposer d’un bon système de son et d’un parquet de qualité, critères importants pour tous·tes mais qui deviennent majeurs avec un handicap.
La foule et ses effets (proximité, chaleur) est un déclencheur fréquent de malaise. Plusieurs répondant·es pointent l’importance de respecter une jauge correcte, et de prévoir une bonne ventilation de la salle et la présence de chaises en proportions suffisantes pour s’asseoir.
Enfin, plusieurs personnes mentionnent que le meilleur moyen de rendre un espace accessible est encore de se faire conseiller / assister en amont par les personnes concernées, ou encore de mettre à disposition des boîtes à idées ou des questionnaires pour recueillir les suggestions d’amélioration. Une personne mentionne qu’elle est consultante en accessibilité et qu’il est possible / recommandé de faire appel à des services professionnels sur ces questions.
Enfin, certaines propositions concernent du matériel à mettre à disposition ou proposent différentes manières de sensibiliser au handicap ou au consentement.
Propositions des répondant·es
- Améliorer l’accès à l’information, partout.
- Adaptation de l’espace de danse
- Sonoriser le fond de la salle
- Sol de qualité
- Aération / ventilation de la salle
- Eclairage de qualité, suffisant mais pas aveuglant ni agressif, éviter les effets stroboscopiques
- Prévoir assez de places assises, et pourquoi pas permettre aux personnes de réserver un siège à leur nom
- Établir un planning clair de la soirée est vraiment utile pour gérer mon énergie et de planifier des pauses
- Salle assez grande pour plusieurs fauteuil électriques
- S’assurer qu’il y a suffisamment d’espace pour circuler (y compris pour les fauteuils roulants) entre la salle de danse et la sortie, ainsi que vers tout autre lieu important (comme les toilettes et un éventuel bar).
- Disposer de places assises à des endroits où les gens pourraient avoir à attendre plus de quelques minutes (à l’entrée)
- Rampes d’accès pour fauteuils roulants de haute qualité (solides et peu inclinées – rapport 1:20 ou 3 % maximum) / Faites tester les emplacements par une personne en fauteuil roulant au lieu de vous fier à votre intuition.
- Rendre le devant de la scène accessible aux fauteuils roulants.
- Prévoir une scène suffisament basse pour pouvoir se placer près de la musique
- Sensibilisation
- Faire des ateliers de sensibilisation au handicap
- Affiches de sensibilisation
- Meilleure pédagogie sur l’étiquette et le consentement
- Matériel
- Mise à disposition de boule kies
- Prévoir des masques FFP2 et des purificateurs d’air
- Prévoir des poches froides
- Mise à disposition de casques anti-bruit
- Table à 4 pieds permettant de s’insérer dessous avec un fauteuil si repas
- Avoir un espace de bar abaissé / accessible aux personnes en fauteuil
- Durant le bal
- Annonce des danses sur un support visuel sur la scène
- Une liste des danses proposées pourrait permettre d’être moins larguée à l’annonce des danses
- Un « banc des yeux bandés » (déjà présent dans certains festivals) où l’on peut se bander les yeux et où des personnes viennent vous guider dans la danse sans parler.
- Organisation du bal
- Rencontre/consultation en amont du bal avec les personnes en situation de handicap
- Remboursement des personnes en situation de handicap si elles ne peuvent finalement pas venir
- Accueil des auxiliaires de vie
- Des formations pour les organisateur·ices de soirée/profs de danse
- Désignation d’un·e référent·e handicap présent sur le bal/festival
- Création d’une équipe d’écoute / personnes ressources désignées
- Faire attention à la distance entre le lieu de bal et le camping, et l’état du parcours
- Création d’espaces calmes / Creating a safe space to rest and calm down, without too much noice
- Prévoir des matelas et des coussins
- Créer des espaces sécuritaires contre le Covid
- Proposer des boîtes à idées pour permettre aux personnes concernées de s’exprimer sur le sujet
- Annonce des danses sur un support visuel sur la scène
- Organiser du covoiturage
- Contacter une asso de réduction des risques aéroportés : covid…etc (ex : ARRA) pour prévoir masques et purificateurs d’air
- Proposer des ateliers danse spécifiques aux personnes souffrant de troubles cognitifs et/ou psychiques
- Peut-être un atelier animé par des personnes en situation de handicap pour expérimenter avec d’autres comment adapter la danse à leurs besoins.
- Mettre en ligne un plan des lieux
- Prévoir une prise de parole de sensibilisation au handicap
- Encourager les bals d’après-midi
(Re)lancer le dialogue sur l’accessibilité et l’inclusion
À la question “Quelles suggestions avez-vous pour améliorer l’inclusion des personnes en situation de handicap dans le milieu de la danse sociale en général ?”, plusieurs personnes pointent le manque de discussion et d’implication de la communauté, et le besoin de sensibilisation sur le sujet. La mise en place d’espaces d’affichages autour du handicap et du consentement a été suggéré de nombreuses fois.
Une simple enquête n’est pas suffisantes pour relever tous les points à améliorer, et pour notamment développer l’empathie et la réelle prise en compte du sujet par les danseur·euses plusieurs mesures sont suggérées :
- La création de zones de dialogues
- La mise en place d’affiches de sensibilisation
- La création de stages et de formations
- La mise en place de cellules d’écoutes
- La mise en place de cours adaptés
Témoignages
Un rapport un peu plus humble à cette discipline permettrait forcément plus d’inclusion. Au delà des paramètres logistiques de prise en compte des personnes en situation de handicap, il faut régulièrement interroger ce qui fait ségrégation dans un milieu donné : ségrégation financière ? Ségrégation culturelle ? Sociale ?
Les difficultés ne sont pas forcément dans des aspects liés aux bals et aux organisateurs. Je trouve que l’inclusion se fait surtout par le fait de voir danser des gens avec un handicap (lorsqu’il est visible) et le fait qu’ils vivent bien leur danse et sont accueillis (plus ou moins bien) par les danseurs valides. Mais s’il y avait une sensibilisation des organisateurs, visible dans les bals, cela inciterait certainement beaucoup plus tous les danseurs à être inclusifs et dépasser pour certains leur peur de danser avec une personne porteuse de handicap visible. Cela permettrait probablement aussi, par ricochet, de commencer à parler de handicap invisible.
Le tournesol, symbole du handicap invisible
Parmi les répondant·es, une personne signale son usage de la lanière tournesol, signe du handicap invisible, dans les bals. Un symbole adopté partout dans le monde et qui permet par exemple aux personnels des aéroports d’aller proposer de l’assistance adaptée éventuelle.
Handicap.fr – Tournesol : le logo du handicap invisible dans les aéroports
L’organisation de soirées adaptées
À la question “Souhaitez-vous voir plus de soirées inclusives spécifiquement adaptées à des handicaps variés (mobilité, auditif, visuel, etc.) ?“, les répondant·es sont largement favorables à l’émergence d’événements adaptés.
Les réponses sont toutefois souvent nuancées, mentionnant que :
- L’objectif serait avant tout de rendre tous les événements accessibles et de banaliser l’accessibilité au quotidien
- Les personnes souhaiteraient avant tout se rencontrer et pouvoir échanger plutôt que d’organiser une ségrégation
- Il faudrait que les événements quotidiens soient accessibles, permettant à davantage de personnes en situation de handicap de se mettre à danser, avant de pouvoir organiser des événements spécifiques pour ces publics
- Les personnes aimeraient expérimenter un bal adapté pour expérimenter et travailler sur la thématique de l’inclusion, mais pas forcément en organiser de manière régulière

Témoignages
Ce qui est le plus important pour l’inclusion, c’est de rendre visible les efforts qui sont faits. Par exemple, lors de l’organisation d’un évènement sur le handicap, avec une conférence sur le handicap invisible, on avait fait venir des signeurs pour traduire en langue des signes. Mais on n’avait pas communiqué, sur l’affiche, sur le fait que c’était traduit en LSF, donc les personnes malentendantes ne sont pas venues ! Il n’y a jamais d’inclusion parfaite tous types de handicaps (et même parfois les besoins des uns contredisent les besoins des autres), donc la sensibilisation en amont et sur place reste pour moi le meilleur vecteur d’adaptation.
Yes please! Would be cool to dance in my wheelchair (I don’t do it now for safety reasons). And covid safe evenings! Reinfection causes worsening of long covid so that’s why I’m still living covid safe (and in general, the pandemic never ended, everyone can still become permanently disabled so it’s safe for everyone!).
Yes, but especially spaces intended for people with different disabilities to meet each other. I do not feel the need for a space only geared to my disability.
Évidemment ça serait bien point mettre en place je pense que c’est compliqué tant pour les groupes que pour trouver des danseurs en situation de handicap qui parfois se disent que comme ils sont en situation de handicap ils n’ont pas l’occasion de danser. Personnellement je ne vois pas beaucoup de gens en situation de handicap quand je vais en bal folk.
Je souhaiterais que progressivement les adaptations puissent se banaliser, mais je n’irai probablement pas à des soirées spécifiques.
Aller plus loin sur le sujet
Pour aller plus loin sur le sujet, il nous faudra rendre beaucoup plus visibles les danseurs et danseuses en situation de handicap prêts à témoigner de leur expérience, faire remonter l’expérience les organisations adaptées, lire des articles et des livres sur le sujet… Plusieurs ressources ont été suggérées dans l’enquête, mais il en existe certainement bien d’autres.
Ce n’est pas sur la danse, mais cet épisode Escalade, handisport & discriminations du podcast H comme handicapé·e·s traite de manière pertinente de l’intégration d’une personne en situation de handicap dans un milieu non adapté.
Témoignages d’élèves d’un cours de tango argentin pour des personnes en situation de handicap physique.

Mozaic formations – Formation « Enseignement de la danse adaptée et de la danse inclusive ». 4 modules indépendants à destination de professionnels de la danse ou du secteur médico-social ayant également une bonne pratique de la danse
L’épisode 15 du podcast From the top, Swing dance and disability est une très intéressante interview de deux danseurs de lindy hop en situation de handicap.

People dancing is the network and center of knowledge for community dance practice, research and training.
Kerry Thompson, founding director of Silent Rhythms, instructs and dances with participants during a Salsa in the Park program held in the South End, Monday. Staff video by Angela Rowlings.
Dis swing thing – Lesta is VI (visually impaired), registered in the UK disabled with sight impairment. She is also BIPOC, part of the global majority, British-born Chinese. She is a professional jazz/swing dancer and has been dancing for over 16 years, specialising in the dances of the swing era; Lindy hop, Solo Authentic Jazz, Charleston, Balboa, Shag, and is versatile with style.
Conclusion
La première partie de cette enquête, et donc de cet article, ne fait qu’ouvrir une toute petite porte sur la thématique de l’accessibilité des espaces de danses. Dans un futur article, nous nous intéresseront à l’adaptation des cours de danse aux personnes en situation de handicap.
Je suis consciente que cet article ne fait qu’effleurer ce sujet complexe, et je remercie encore toutes les personnes qui ont participé à cette première enquête pour leurs réflexions. J’espère avoir organisé leurs remarques en une réflexion articulée qui fera sens.
Certaines questions ont été posées, notamment aux organisateur·ices de bal, qui n’ont pas été répercutées ici, car je sens que la réflexion collective à ce sujet n’a pas encore toute la maturité ou le recul nécessaire. Je pense qu’une nouvelle enquêtes, dans 3/5 ans, permettrait de renouveler les réflexions et mènerait à des échanges constructifs.

