Comment bien réussir son premier Grand Bal de l’Europe ?

A l’approche de l’été, la saison des festivals folk va commencer et vous avez été plusieurs à m’interroger sur la manière de bien gérer votre premier Grand Bal, alias Gennetines, le Grand Bal de l’Europe. 2019 s’annonce déjà comme l’année de tous les records en termes de fréquentation et l’ensemble des Rencontres seront complètes avant le début de l’événement la semaine prochaine. Voici donc une série de conseils pour les nouveaux arrivants.

Certains d’entre vous auront peut-être déjà vu le documentaire Le Grand Bal de Lætitia Carton afin de vous faire une première idée de l’endroit, et si vous ne l’avez pas fait, alors vous pourrez corriger ça bien vite avec le dvd qui vient de sortir.

Le Grand Bal de l’Europe, c’est ce festival de danses traditionnelles organisé chaque année en juillet dans la commune de Gennetines aux environs de Moulins dans le département de l’Allier. Organisé par l’Association Européenne des Amoureux de Danses Traditionnelles (AEADT) depuis 1990, le festival a connu plusieurs évolutions majeures depuis sa création, avec de 2008 à 2016 une version double composée de deux festivals d’une semaine, l’une à Gennetines, l’autre à St Gervais d’Auvergne, avant d’être fusionné en un seul très long festival de deux semaines en 2017.

S’il faut décrire Gennetines, alors visualisez une grande fête de famille dans les champs. Tout le monde a ramené sa tente dans le pré aux vaches (attention aux pièges) et on a monté des barnums en cas de pluie. C’est 15 jours de musique en continu, et par là on veut dire que ça ne s’arrête effectivement pas.

Deux jours ou deux semaines ?

Le Grand bal dure deux semaines, et certains s’interrogent sur la meilleure période à laquelle venir pour ceux qui ne pourraient se libérer sur l’intégralité du festival.

Là-dessus, plusieurs points à retenir :

  • Il n’y a pas de “meilleure semaine” ou de “meilleur week end” pour venir. C’est bien tout le temps, donc éventuellement reportez-vous au programme pour trouver les groupes ou les ateliers qui vous plaisent le plus
  • Évitez de venir juste pour deux jours, ça fait cher et loin, privilégiez de venir un peu plus longtemps vous serez gagnants

Pour voyager loin, ménager sa monture

Le grand avantage de Gennetines c’est la multitude d’activités à faire sur place : de l’échauffement du matin aux ateliers, des conférences, du bœuf de journée, des bals d’après-midi, les bals du soir, le bœuf du soir… S’il ne fallait pas dormir un minimum, nous pourrions danser en continu pendant 15 jours. Et ça serait super si notre corps en était capable !! (scoop : non).

Je conseillerais donc aux néophytes de faire des choix ! Préservez votre physique, étudiez bien le programme, et décidez si vous êtes plus dans une dynamique d’apprentissage et de perfectionnement (quitte à faire l’impasse sur les bœufs), ou dans une dynamique de danse sociale uniquement (quitte à ne pas faire de stages).

D’un point de vue personnel, j’aurais tendance à privilégier les stages et le caractère unique de Gennetines qui est la multitude de danses proposées à l’étude et la qualité des professeurs qui s’y trouvent (danses grecques, des Balkans, contra-dance irlandaise ou anglaise…)

Et surtout, surtout, préservez votre physique avec des échauffements et des étirements. On soigne sa posture, on n’hésite pas à dire à un.e partenaire s’il nous fait mal. Il est important de savoir comment engager son corps dans la danse, mais pour ceux qui auraient la flemme de lire, j’ai une petite astuce qui consiste à s’échauffer / s’étirer en commençant par la tête et en allant vers les pieds (tête, cou, épaules, buste, bassin, dos, genoux, chevilles…).

Après 15 jours de camping sur un matelas de l’épaisseur d’une tranche de pain, à dormir 4h par nuit, à faire des ateliers par 35° à l’ombre et après avoir dansé toute la nuit, votre corps ne vous dira pas Merci si vous le laissez en plan.

Gennetines
Gennetines

Une organisation logistique complexe

Pour arriver jusqu’au sacro-saint lieu des festivités, point d’autre solution que la voiture ! La gare la plus proche, à Moulins est à quelques kilomètres, mais vous trouverez toujours une bonne âme pour vous emmener en stop au besoin.

Gennetines, ça rime avec camping, de fait il y a relativement peu de logements en dur dans les environs. Je n’ai personnellement jamais cherché de gîte et la majorité des festivaliers campe dans les champs attenant au festival.

Quelques conseils cependant :

  • Les places à l’ombre sont rares et souvent réservées par des gens arrivés très en avance. Faites votre deuil et procurez-vous un tarp
  • Je n’ai personnellement jamais eu de problème d’eau froide ou d’embouteillage excessif aux douches
  • Pour les sommeils légers, préférez vous exiler un peu plus loin dans le camping, évitez de vous mettre au bord des parquets qui peuvent être bruyants le soir, le matin ou les deux
Magie de festival
Magie de festival, Gennetines les pieds dans la gadoue, la tête dans les étoiles

Bien regarder la météo

Comme souvent quand on campe à la campagne, il faut bien anticiper la météo. Gennetines quand il pleut, c’est quelque chose… Les champs se transforment vite en boue bien épaisse, les voitures s’embourbent sur le parking, les parquets – déjà blindés – deviennent impraticables car il n’est pas possible d’attendre à l’extérieur…

Mon astuce : Prévoyez une paire de tongs bien solide, hyper pratique s’il pleut et que le champ se transforme en mare de boue, vous rincez vos pieds et ça sèche vite.

Au cas où, au contraire, il ferait très chaud, n’oubliez pas d’apporter l’essentiel : chapeau, crème solaire, biafine et UN EVENTAIL.

Coupez vos téléphones portables

Qu’on se le dise, ce n’est pas le coin de France où vous capterez le mieux ! D’autant que pour recharger votre engin il faudra aller le déposer à la maisonnette qui propose un service de recharge et il faudra donc faire la queue. Privilégiez une bonne montre à l’ancienne pour être à l’heure aux ateliers.

Prévoyez de la monnaie

Au cas où vous n’auriez pas pensé qu’il n’y a pas de distributeur en pleine campagne, alors je vous le dis : prévoyez votre monnaie à l’avance pour les repas, le café et la petite glace qui fait du bien.

Allergiques aux insectes, attention

En 2018, beaucoup de guêpes sur le site, et d’une manière générale des insectes en tous genres. Pensez à vous équiper en conséquence.

Un festival éco-responsable

Il faut savoir qu’un festival comme Gennetines représente près de 5000 personnes sur les deux semaines. A ma connaissance, il n’existe pas de festivals de danse sociale d’une taille comparable dans les autres disciplines (tango, swing…).

Le Grand bal de l’Europe, comme de nombreux festivals en France et en Europe s’est fixé des objectifs en termes de développement durable et de respect du site.

Pour ceux qui souhaiteraient de mettre dans une démarche éco-responsable vis à vis des festivals qu’ils fréquentent, voici quelques points assez faciles à mettre en place :

  • Venir en covoiturage
  • Amener ses couverts et son verre
  • Utiliser l’approvisionnement en circuit court plutôt que d’aller au centre commercial
  • Ramener son sac poubelle et repartir avec ses déchets ou profiter des poubelles du site

Gennetines propose un service de restauration de type « cantine », très bien organisée (vraie vaisselle, grosse logistique, beaucoup de travail de la part de l’organisation et des bénévoles). La cantine du festival représente un peu plus de 26 000 repas servis, soit entre 700 et 1000 midi et soir, organisée avec un système de points.

Pour ceux qui préfèrent cuisiner eux mêmes, trois commercants locaux qui ont tous un label bio se relaieront sur le camping et fournitont des produits alimentaires et des produits de première nécessité.

Le respect des règles de courtoisie

Du parquet à la buvette, en passant par l’organisation du parking et des objets trouvés, le festival met à disposition de tous une bd absolument adorable de Lublot présentant les « Conseils des sages » pour que tout le monde passe un bon festival.

A lire absolument.

Le Mode d'Emploi du Grand Bal de l'Europe, en bd
Clique sur l’image pour voir la bd

Si vous n’avez pas l’habitude des festivals de danse ou des bals d’une manière générale, voici quelques points que j’aime bien rappeler aux grands débutants :

  • Consultez le programme
  • Quel que soit votre niveau, amusez-vous, vous êtes là pour ça
  • N’hésitez pas à inviter
  • N’hésitez pas à dire non à une danse, même sans le justifier, soyez juste bienveillant dans votre manière de vous exprimer et tout se passera bien
  • N’hésitez pas à verbaliser en cas d’inconfort, que ce soit en terme de posture ou d’attitude
  • Ne le prenez pas personnellement si des danseurs refusent votre invitation, ce n’est pas grave, ce n’est pas à cause de vous, et ça arrivera plein de fois dans votre vie de danseur
  • N’hésitez pas à essayer les différents rôles de danse, à inviter des hommes et des femmes, des jeunes et des moins jeunes. La beauté de la danse c’est sa richesse

Les avantages et les inconvénients des festivals de grande ampleur

Il existe en France et en Europe une grande variété de bals et de festivals folk et les ressentis varient sur l’organisation des grands bals. Gennetines est le plus long et le plus fréquenté de ces festivals, avec plus de 7 parquets qui tournent en simultané.

Cela signifie que les bals se succèdent et se chevauchent parfois et qu’il faut donc faire des choix cornéliens : que faire quand deux groupes que j’adore jouent en même temps ? (astuce : ils jouent généralement plusieurs fois).

Dois-je rester sur un parquet surbondé pour profiter de mon groupe préféré ? Ou dois-je tester le parquet 6 dont on m’a dit le plus grand bien ? Faut-il dormir ou rester ?

Préparez votre Gennetines 2019 ! Découvrez les groupes et faites votre planning !
Attention, il manque des groupes mais si vous avez connaissance de vidéos manquantes, rajoutez-les en commentaires !

Les festivals comme Gennetines servent de catalyseur dans le milieu très créatif du bal folk. La programmation est très riche et propose d’une part des groupes « incontournables » qui ont fait leur preuve, mais d’autre part le festival sert également de catalyseur pour des groupes moins connus qui vont ainsi élargir leur audience et leur réputation.

J’aurais certainement oublié des dizaines de conseils à vous donner, mais chacun devant se faire sa propre opinion et expérience de ce festival, je n’en dirais pas plus et vous donne rendez-vous sur le parquet du plus grand festival d’Europe.

Leave a Comment

La danse bretonne expliquée aux folkeux du dimanche

Généralement quand je dis aux moldus que je fais de la danse traditionnelle, la réponse classique qui surgit prend généralement la forme de “ah, tu fais des danses avec les petits doigts ?” en mimant un moulinet avec les bras. Sous-entendu : je fais de la danse bretonne en habit traditionnel avec une coiffe. Non, donc. Le fait est que la danse bretonne est emblématique des danses traditionnelles, mais qu’à part les bretons, personne ne sait exactement ce qui se passe au-delà des petits doigts entremêlés. Décryptage d’une danse qui, non, n’est pas chiante.

Fest-noz versus cercles celtiques

Le fest-noz (au pluriel des festou-noz) est tout simplement le bal traditionnel en breton. Il prend généralement la même forme et les mêmes codes que le bal folk / trad, à savoir :

  • de la musique live avec des groupes amateurs à professionnels
  • des danses et musiques issues du répertoire traditionnel ou récent
  • absence de costumes traditionnels

Tout comme le bal folk, la fête paysanne traditionnelle a décliné au début du 20e siècle, pour retrouver quelques lettres de noblesses dans les années 70 avec un fort courant revivaliste qui perdure encore aujourd’hui.

Marshmallow Photo - Het Lindeboom 2018
Marshmallow Photo – Het Lindeboom 2018

Il y a donc foison fest-noz en Bretagne, mais pas que, et comme au bal folk on y trouve de tout, du plus au moins trad en passant par l’électro.

Autant le fest-noz est un bal breton qui ne s’oblige à aucun respect strict des coutumes bretonnes, ni de costumes, autant il ne faudra pas le confondre avec des manifestations organisées par des cercles celtiques, plus axées sur le spectacle, la démonstration et une danse codifiée pour lesquelles on sortira le costume traditionnel.

Evan de Bretagne découvre les cercles celtiques et c’est bien drôle

Précisons aussi qu’il n’y a pas une danse bretonne mais DES danses bretonnes, chaque village ou région ayant développé ses propres danses, ses propres styles ou interprétations.

Petite playlist musicale pour faire une ambiance de fond pendant la lecture de cet article.

Développer l’effet de transe

Les danses bretonnes ont la réputation d’être longues, répétitives, voire même un peu chiantes. Une idée, véhiculée généralement quand on n’a participé qu’à des chaines ou des ronds mal dansés, mais ça ne représente pas la diversité des danses, la technicité que ça peut représenter, ni la sensation d’une énergie de groupe bien mené.

J’en avais déjà un peu parlé dans Développer l’énergie en danse de groupe, à quoi ça sert ?  mais une chaine bien formée, soudée, avec des gens qui respectent le pas et l’énergie commune, peut amener à une sorte d’état de transe. Se déplacer en groupe de manière fluide est un art qui demande un effort commun. C’est la grande particularité des danses bretonnes, cette capacité à créer une énergie commune et une sorte de transe collective. Et tout est fait pour arriver à cet état de danse : les morceaux sont plus longs qu’en bal folk, allant facilement de 8 à 15 minutes, les rythmes forts et répétitifs, les pas axés sur un rebond sec et vertical et des jeux de jambes, les hauts du corps statiques et serrés les uns aux autres…

La longueur du morceau peut aussi s’expliquer quand une danse en une seule partie (comme la gavotte ou le plinn) est « fractionnée » en plusieurs parties. On obtient alors des « suite gavotte » ou « suite plinn » en trois parties, avec trois énergies différentes : le ton simple (on y va mollo les gars, on a 15 minutes à tenir), le bal (partie calme, en cortège par exemple pour le plinn), et le ton double (le moment de tout donner).

Yaouank, « jeune » en breton, le plus gros fest-noz de Bretagne

Danses du bal folk et danses bretonnes

Il est bon de préciser que dans le milieu des bal folk nous ne dansons que quelques danses bretonnes, les plus connues (an-dro, hanter-dro, plinn, koast ar choa’t, rond de saint-vincent, laridé…), il en existe bien une multitude qui nous sont peu ou pas connues.

En outre le folkeux du dimanche ne le sait pas, mais il existe quelques manières de danser inhérentes à la danse bretonne qui sont soit méconnues, soit largement ignorées/piétinées par les danseurs de folk, et qu’on peut évoquer en vrac :

Une tendance à courir sur le koast ar choa’t

Cette danse célèbre et populaire pour ses jeux de jambes et son dynamisme a bien trouvé sa place en bal folk, mais systématiquement « courue » par les danseurs là où la version bretonne donne la sensation d’être quasiment à l’arrêt. Même combat pour le plinn qui a tendance à être sauté un peu au petit bonheur la chance, là où le breton préfèrera minimalisme et sobriété (de style).

Une tendance à s’insérer au milieu d’une chaîne

Comme au bal folk, les danses en rond ou en chaînes sont traditionnellement dansées en alternant hommes et femmes, même dans les danses où on ne change pas de partenaire et même si tout le monde fait la même chose. Mais au fest-noz comme partout, il peut y avoir plus de femmes que d’hommes qui veulent danser ou l’évolution des mentalités a tout simplement fait perdre cette habitude.

Le squateur
Le squatteur, quand t’essaie juste de garder le rond ou la chaîne à une bonne taille

Quoi qu’il en soit, certaines personnes rejoignent une chaîne « par paire » et donc si vous venez vous incruster au milieu, vous pouvez tout simplement interrompre deux personnes qui voudraient danser ensemble. D’autant plus que si la danse a déjà commencé, vous pouvez sans le vouloir interrompre l’effort collectif pour créer cette cohésion dont nous avons parlé plus haut.

Pour toutes ces raisons, il est de bon ton d’attendre la fin de la chaîne pour se raccrocher ! Les chaînes bretonnes se faisant en déambulation, en attendant quelques secondes vous finirez certainement par croiser une personne avec la main droite dans le dos, symbolisant la fin de la chaîne.

Il est également généralement admis en fest-noz que les personnes les plus expérimentées vont naturellement prendre le pilotage de la chaîne, et rassembleront autour d’eux d’autres gens expérimentés. Petit conseil pour les débutants, si vous avez un doute sur la chaîne, n’hésitez pas à regarder ceux qui guident le groupe.

Une tendance à s’emballer sur la taille des ronds et le déplacement des chaînes

Ce n’est pas spécifique à la danse bretonne, mais les ronds et les chaînes de bal folk prennent parfois des airs un peu chaotiques, là ou en fest-noz les danseurs confirmés sont un peu plus ordonnés.

Ainsi le danseur de bal folk inexpérimenté va avoir tendance à faire mettre trop de danseurs dans un très grand cercle, là où on ferait mieux d’avoir plusieurs petits ronds.

Le fait de courir partout en faisant le koast ar choa’t ou le plinn donne parfois des déplacements en zig zag ou à contresens qui ne sont parfois pas des plus confortables ou esthétique.

Mon conseil là dessus serait de bien regarder la chaîne ou le rond que vous allez rejoindre. N’allez pas là ou ça galope à contresens si vous aimez bien le sur-place, et regardez bien la taille du rond avant de débarquer avec votre partenaire.

Une tendance à faire de la scottish sur un an-dro

Certains danseurs de bal folk ont une tendance à se mettre directement en position de danse de couple quand le groupe annonce un an-dro ou un hanter-dro, dans le but de danser respectivement une scottish ou une scottish impaire. En effet, rythmiquement ces danses coïncident.

Jusque-là, je n’ai pas particulièrement de soucis avec ça, tant que vous ne gênez personne, vous faites bien ce que vous voulez.

En revanche, par respect pour le groupe qui a composé un an-dro (et pas une scottish, sinon ils auraient dit « scottish »), j’inviterais les danseurs de folk à faire attention de ne pas gêner les déplacements de la chaîne.

D’autant que si l’an-dro est bien composé, la mélodie ne colle pas bien au fonctionnement de la scottish. Donc avant de considérer que an-dro = scottish, j’inciterais bien les danseurs de prendre quelques secondes de recul afin d’écouter le morceau, de décider s’il véhicule vraiment de la scottish, et si oui, de danser en couple en laissant de l’espace de danse à ceux qui dansent vraiment l’an-dro.

Une tendance à bouger les bras dans tous les sens dans les ronds

Dernier petit conseil aux débutants de danses bretonnes, celui de bien penser à se décrisper les bras et les doigts, afin de ne pas broyer les mains de ses partenaires. Les mouvements de bras liés à la danse bretonne sont généralement générés naturellement par le pas et l’impulsion donnée par le groupe, et les débutants ont tendance à penser qu’il faut « générer » le geste. Mais étrangement plus vous serez détendu et moins vous essaierez de le faire, plus ce sera facile et naturel de capter le mouvement généré par le groupe.

Vidéo : Tamn Kreiz

Nous autres, folkeux du dimanche, avons tendance à danser le breton trop loin les uns des autres, et trop vite, tout en négligeant les bras qui s’agitent de manière décousue vu qu’on est trop loin de nos voisins. Ainsi, on me souffle dans l’oreille de ne pas confondre vitesse et précipitation et d’accorder un peu plus d’attention aux bras ! Par exemple, saviez-vous que le rond de St Vincent est une danse de bras et non de jambe ? Exit les moulinets de l’andro!

Rond de St Vincent

La gavotte de l’Aven, le grand clash

Ces dernières années, la Gavotte de l’Aven ou parfois appelée Gavotte de l’Aven Caresse ou encore Gavotte de Grenoble, s’est beaucoup popularisée dans les bals folk généralistes. Cette danse n’est pas du tout traditionnelle, mais bien piquée au répertoire breton, et dont la réinvention « néo » ne date en fait que de quelques années (genre 10 ans).

Un emprunt qui énerve parfois le breton de souche, car il s’agit bien du pas breton qu’on a ralenti, calé sur une musique lente, et dont les règles de déplacement se sont largement perdues dans les limbes des festivals néo-folk.

Version bretonne
Version folk


Pour ma part, si j’aime beaucoup la version folk « caresse » de la Gavotte de l’Aven, propice à l’improvisation tango-truc, je pense que le mode de déplacement à bretonne, face au centre, la 1ère et la 4ème personne de la chaine menant en même temps pour garder une cohésion dans le groupe, est beaucoup plus efficace en terme de déplacement dans la salle et de gestion de l’espace.

Vous l’aurez compris, l’univers des festou-noz est grand et parfois mal connu et mal respecté par les folkeux du dimanche. Autant la danse bretonne n’est pas mon domaine d’expertise ou mes danses préférées, autant je comprends qu’il faille faire de son mieux pour les danser correctement et que les danseurs bretons aient à coeur de bien faire connaître leur répertoire dansant et musical très riche !

Je remercie chaleureusement mon amie Lucie qui m’a assisté dans la rédaction de cet article et vous prodigue ces bons conseils pour une danse plus efficace, ainsi que l’association Tamm-Kreiz pour ses superbes vidéos tutoriel pour danser un breton parfait et ses conseils en musique bretonne très appréciés.

Which feminists fights in social dancing ?

For last year’s women’s rights day, I wrote an article about 6 things I can do daily to defend women’s rights while dancing (french), by making the dancefloor a more respectful and inclusive place for all.

This year, I’d like to present a list of initiatives, videos, books, article of inspiring people, who’s daily actions are helping to build better and more inclusive dance scenes (bal folk, swing, tango, latin dances…) and made me think about what it means to be a female ambidancer.

Further than just links and articles, I wished to organise my thoughts about the different causes in our dance communities and, if there is a feminist dance, what does it mean exactly ?

It appeared to me that to be a better person, dancer, teacher or organiser, it is necessary to reflect about our role in our tiny “under societies “ which react to the same problematics as the “normal” world but with extra dynamics  (physical contacts, artistic creation, regular incoming. ..)

By reading social medias, blogs and articles about different social dances, I found that we are all concerned about 3 main themes, sometimes crossing and melting in each other :

  • patriarchy, rape culture, sexist behaviours and gender roles assignations
  • Self-acceptance, body empowerment, respect for our partner’s body
  • Cultural and historical background of the social dance, cultural appropriation

Self acceptance and body empowerment

Body empowerment and self acceptance are two fundamentals principles of dancing. To respect our body and the other person’s body. A body it is sometimes difficult to empower, full of complexes.

Dance communities are usually the reflection of the outside world, full of prejudices : better be young, thin and white. Dance communities are a place where we meet people, and might even be seen a place of romantical encounters for some, especially for latin dances where the sexy dances and outfits can reinforce the idea of some people going there to seduce, even if they just want to be at ease

To be young, handsome, thin and sexy isn’t for everyone, and it’s a fight for everyone to take to include every types of human being into our communities.

I’ll let you listen to the inspiring TedX of the dancer and choreographer Amrita Hepi, who encourages people to be confident and comfortable in their body, no matter their gender, origin, age or corpulence.

It is also important to acknowledge that some people are discriminated because of their appearance, age or simply by not fitting the aesthetic of the dance (high heels in tango, swing clothes…). Grossophobia or old women’s invisibility is also an issue, not much talked about, but come up more and more often in the talks about invitation which exist in every dance community.

After all, everybody deserves to dance and to be invited. Because, why do we start dancing ? It is a conquest of ourselves, for our own body, the ability to move and to breath… And it’s beautifully said in the following video of the Ontario Arts Council, showing all types of passionate people.

Social construction and patriarchy

One of the most common subjects is the fight against patriarchy, involving movement #metoo, fighting against rape culture, and my favorite subject : gender roles.

Gender roles are an historic assumption meaning that in dance, a man should lead (firmly and manly) and a woman should follow (gracefully). That assumption is still strong these days in every dance scene, but more and more replaced by « what if I wanted to lead or follow when I want and it is normal ? »

this amazing vidéo « Dance Docs : Identidad » by Dance On promotes bachata free from gender roles and inclusion LGBT+ people in latin dance scenes

Of course, the idea is not that men have to know how to follow or women to lead, but a lot of thinking is in progress to know if :

  • Mastering both roles makes us better or confuse us
  • Learning both roles at the same time is an obstacle or an advantage in our development as dancers
  • Learning both roles from the start is inclusive or scary

As I see it, the first step to get rid of gender roles, is simply by opening people’s mind to the possibility of choosing. The delightful chronicle by Tanya Karen of The Social Dance Community is the perfect example, when she describes her experiment of asking every men to lead or follow in bachata. The answers she got shows there is still some work to do, but that you can make people evolve just with gentleness and a bit of humor .

When we speak about feminism, in dance or not, we are quickly referring to the #metoo movement that you can find in every dance scene. No, dance scenes are not a microcosm of ocytocine where everyone hugs, nice and harmless.

A lot of organisers are working on their scenes to make them safer, mostly by creating safer spaces and simply by creating codes of conducts.

It helps dealing with the rape culture, but these codes of conducts are also a great way to recall rules of politeness and basic hygiene which are a bit forgotten sometimes…

The tango blog les Pas Parfaits published very cute illustrations of their code of conducts, as a game « find the error ».

Illustration – les Pas Parfaits

Culture of the dance

What is the link between feminism and dance culture ? I personally think that we can’t consider our place as women or men in the dance, without thinking about our legitimacy as a person.

Can we be respectful of other dancers when we don’t know from where comes the dance we are practicing ? What meaning or belief are associated with it?

The story between women and dance is ancient.

The construction of femininity in dance (XVe-XVIIIe siècle) is the catalog of an exhibition organized by the French National Center of Dance. This book traces the perception of women in dance, from the end of the Middle Ages to the French Revolution..

It is, of course, full of morality, religion, social position, symbols, myths, group dances, and women’s bodies.

That story of social dance has shaped us, and when I look at the dance conference « Women: Dancing Body » animated by Béatrice Massin and Marina Nordera, scientific director of the exhibition « The construction of femininity in dance », I do not can not help but think that we come from far, but our trip is not over yet.

The history of social dance has several dynamics that influence us today in our practices as dancers:

  • social construct : invitation modes (like cabeceo in tango for instance), gender roles…
  • racial dynamics and gentrification of the dance

Regarding social construction, communities are evolving and working a lot on what to keep or change (pro or against cabeceo – I have my opinion on that…). Regarding racial dynamics, gentrification of dance or cultural appropriation, these are problems that are much more complex and delicate to deal with.

Moreover, when Amrita Hepi (see above) talks about the relation between women and their bodies and their access to dance, she also talks about her native origins Bundjulung (AUS) and Ngapuhi (NZ). It’s not just a woman dancing. She is an native australian woman, and it changes the way her people see her, and the way we all see her.

If I do the same dance as hers, I would not be carrying the same meaning, my relation to my body will not be the same, and the perception that people will have on me will be different as hers. I am French, and like many people in Europe I didn’t dance between 10 and 25yo. My physical coordination, my way of interpreting the dance, my social references and expectations are shaping me and I will never dance swing like an African-American person, the forrò like a Brazilian, nor the tango like an argentine dancer.

As the blues, swing, folk, and tango dancer Gregory Dyke rightly said in his podcast Walk to Work – episode 25 « Respect and meaningfulness » (en anglais) « Cultural practices like dance or music do not exist as their own entities, but exist because they are practiced within a culture, and more precisely because they are practiced within a community.« 

As individuals, dance teachers or organizers, we have different levels of responsibility towards the original culture of the dances we practice.

As a dancer, our role is quite limited. We can dance lindy hop without worrying about its Afro-American roots, the birth of this dance during the segregation. Even if the African-American teacher who gives you the course is directly heir from that culture, unlike your suburban teacher who discovered the dance 5 years ago

You can also dance the Argentine tango in a beautiful evening dress with 200$’s shoes, and forget that the dance was born in the suburbs of Buenos Aires and that it is originally a popular dance.

What we can do, on the other hand, is to make efforts to ensure that legitimate people do not feel excluded from their own dance, to listen to and understand the complex dynamics which, unfortunately, can push black dancers to exclude themselves from some swing evenings. We have to try and understand in order to avoid what happened in other domains like yoga where white women’s representation is erasing Indian women.

As dance teachers, we have the responsibility of sharing the social and cultural bases related to our dance, and to guarantee a certain authenticity. Finally, we must also be honest about our role and our limits. That is, we need to be clear with the students, that our knowledge has limits, that other people are more relevant than us, and encourage them to find more accurate sources and more legitimate teachers when they can. In short, encourage people to go deeply into their dance.

As organizers, many associations strive to offer events as close as possible to the original atmosphere and ensure that the most legitimate people feel welcome. There are many initiatives of all kinds, for example in the swing scene, by hiring African-American teachers or bands, by providing brochures and posters about the origins of swing, by organising debates or conferences.

There are no definite answers to these questions, but there are people who think about it and try to make a difference, and I’d like to thank all these dancers, professional or not, who are invested in their dance communities. They ask question, seek solutions, make things happening by writing books, articles, creating videos, movies … They are dancers like you and me who, beyond the dance, put their creativity at the service of the community and its evolutions.

And thanks to my daily inspirations : Tanya Karen from the SocialDance Community for her inspiring stories, Laura Riva from The Dancing Grapevine, Gregory Dyke and his weekly complicated and very interesting thoughts, Yehoody.com for their interesting articles about lindy hop, the facebook group Safety Dance: Building Safer and Empowered Social Dance Communities, and my last discovery the page Break the dance roles

Quelles causes féministes pour la danse sociale ?

Inspirations

L’an dernier, à l’occasion de la Journée du droit des femmes 2018, j’avais fait un article contenant 6 propositions à s’auto-appliquer pour rendre les espaces de danse plus inclusifs et plus respectueux des femmes (et des hommes par la même occasion).

Cette année, je voudrais vous présenter des initiatives, des vidéos, des livres ou des articles, qui m’ont beaucoup apporté ces dernières années, et fait réfléchir sur les combats féministes / égalitaristes qui se déroulent dans nos milieux de danse sociale (bal folk, swing, tango, latines…).

Au delà de ces liens divers et variés, j’ai souhaité m’interroger sur les différentes causes qui agitent nos communautés de danse, et s’il existe un féminisme de la danse, qu’est ce qu’il regroupe exactement ?

Il me semble que pour être une meilleure personne, un.e meilleur.e danseu.r.se, un.e meilleur.e prof et un.e meilleur.e organisa.teur.trice de bals, il est nécessaire de s’interroger sur notre place dans la société de la danse, qui est une construction sociale à part entière, un microcosme qui réagit aux mêmes problématiques que le monde “normal” mais avec des dynamiques particulières (contacts physiques, création artistique, arrivée permanentes de nouvelles personnes…).

Il m’est apparu, en discutant dans les différentes sphères de danse et sur les réseaux sociaux, que les discussions sociétales sur la danse portent sur plusieurs grandes thématiques qui s’entrecroisent et parfois se confondent :

  • le patriarcat et la culture du viol, les comportements sexistes et les assignations de rôles en fonction du genre
  • l’acceptation de soi, l’empowerment, le rapport au corps (particulièrement important quelle que soit la danse)
  • le rapport culturel et historique à la danse, l’inclusion de tous les publics et l’appropriation culturelle
CombatsFeministes

Rapport au corps et acceptation

Le rapport au corps est quelque chose de fondamental dans la danse, seul en couple ou en groupe. Le sien et le corps de l’autre. Un corps qu’il est parfois difficile d’assumer, plein de complexes. D’autant que la danse sociale souffre parfois des mêmes travers que le monde moderne : il doit être jeune, mince, beau (et bien souvent blanc). La danse sociale est un lieu de rencontre, voire même de séduction pour certains et pour certaines danses, notamment les danses latines où les tenues sexy sont légions viennent renforcer cette idée que les gens sont là pour séduire alors qu’ils peuvent vouloir simplement être à l’aise.

Être jeune, beau, mince et sexy n’est pas non plus à la portée de tout le monde et c’est un combat qui concerne tout le monde que d’inclure tous les types de personnes dans les communautés de danse.

C’est le propos de la danseuse et chorégraphe Amrita Hepi dans ce TedX inspirant sur les gens confrontés à la fois à l’image de leur propre corps, mais aussi au regard des autres et qui varie en fonction de leur origine, leur âge, de leur vêtements ou de leur corpulence. (en anglais)

Je trouve qu’il est important de savoir qu’en danse aussi on peut être discriminé pour notre physique ou notre âge, ne pas correspondre au « style » vestimentaire de la danse qu’on pratique (vintage pour le swing, talons aiguilles pour le tango…).

La grossophobie ou l’invisibilisation des femmes plus âgées est également un sujet peu exploité pour l’instant, mais notre rapport à l’invitation en danse est un sujet récurrent dans toutes les danses sociales.

Car après tout, tout le monde a bien le droit d’aller danser et de se faire inviter. Car pourquoi allons-nous danser ? C’est bien une conquête de soi, dresser son propre corps, retrouver ses racines, respirer, rejoindre une communauté, se réaliser… Cette superbe vidéo du Ontario Arts Council récapitule toutes les raisons qui nous poussent à aller danser, mais aussi tous les types de personnes.

Construction sociale et patriarcat

L’un des sujets qui revient le plus souvent, c’est bien évidemment la lutte contre le patriarcat, à base mouvement #metoo, lutte contre les agressions sexuelles, la culture du viol, et mon sujet préféré : les assignations de genre.

Les assignations de rôles genrées, c’est le principe historique selon lequel en danse de couple les hommes doivent guider (de manière ferme et virile) et que les femmes doivent suivre (de manière jolie et gracieuse).

Cette assignation est encore très présente dans toutes les scènes de danse, mais de plus en plus remise en question au profit d’un “et si je guidais ou suivais au fil de mes envies, et c’est bien normal ?”

Cette superbe vidéo intitulée « Dance Docs: Identidad » de la page Dance On fait la promotion de la danse dégenrée en bachata et plus largement dans les danses latines et de l’inclusion des personnes LBGT+.

Bien sûr l’idée n’est pas que les hommes devraient absolument suivre ou les femmes guider obligatoirement, mais beaucoup de réflexions sont en cours pour savoir si :

  • Maîtriser les deux rôles nous confond ou nous rend meilleur danseur
  • Apprendre les deux rôles en même temps est un frein ou un atout à notre développement de danseur
  • Apprendre les deux rôles en cours débutant est le système le plus inclusif ou non

A mon avis l’une des premières étapes est celle de la promotion de la danse dégenrée, commencer par simplement ouvrir les esprits à cette possibilité. La délicieuse chronique de Tanya Karen de The Social Dance Community décrit la petite expérience qu’elle a mené auprès des danseurs de bachata de différentes soirées alors qu’elle leur a simplement demandé lors de l’invitation « tu veux guider ou suivre ? ». Des réponses qui montrent à la fois qu’il y a encore du chemin à faire, mais qu’avec un peu d’humour on peut réussir à faire réfléchir les gens autour de nous en douceur et sans les culpabiliser.

Quand on parle de féminisme dans la danse, c’est bien souvent en référence au mouvement #metoo qui agite un peu tous les milieux de danse, car non la danse n’est pas ce microcosme d’ocytocine où tout le monde est gentil et inoffensif.

De nombreux organisateurs se sont penchés sur la question afin de rendre leurs événements plus sûrs, notamment en créant des safer spaces ou tout simplement en créant des règlements intérieurs explicites.

Au delà des débordements sexistes, ces règlements intérieurs sont aussi l’occasion de rappeler les règles de politesse et d’hygiène basiques qui sont parfois légèrement oubliées.

Les dessins du blog de tango les Pas Parfaits sont la parfaite et mignonne illustration que les règles de politesse sont pour tout le monde, pour le respect de tous !

Illustration – les Pas Parfaits

Culture de la danse

Quel rapport entre féminisme et la culture de la danse, me direz-vous ? Et bien je pense personnellement qu’on ne peut pas réfléchir à la place des femmes et des hommes dans nos scènes de danse, sans réfléchir aussi à notre légitimité en tant que personne.

Peut-on être respectueux des autres danseurs quand on ne sait pas exactement d’où vient la danse qu’on pratique et quelles pratiques ou croyances y sont associées ?

Les femmes et la danse, cette histoire ne date pas d’hier.

La construction de la féminité dans la danse (XVe-XVIIIe siècle) est le catalogue d’une exposition organisée par Centre national de la danse. Ce livre retrace la perception des femmes dans la danse, de la fin du Moyen Âge à la révolution française.

Il y est bien sûr question de morale, de religion, de position sociale, de symboles, de mythes, de danses de groupes, et bien évidement du corps de la femme.

Cette histoire de la danse sociale nous a façonnés, et quand je regarde la conférence dansée « Femmes : Corps dansants » animée par Béatrice Massin et Marina Nordera, responsable scientifique de l’exposition « La construction de la féminité dans la danse », je ne peux m’empêcher de songer qu’on revient de loin mais qu’on est pas encore sortis de l’auberge non plus.

L’histoire de la danse sociale comporte plusieurs dynamiques qui nous influencent aujourd’hui dans nos pratiques de danseurs.euses :

  • la construction sociale : modes d’invitation (le cabeceo au tango par exemple), assignations de rôles genrés…
  • dynamiques raciales et gentrification de la danse

En ce qui concerne la construction sociale, les communautés évoluent et font un gros travail sur ce qu’il y a à garder ou à changer (pour ou contre le cabeceo ? j’ai mon avis sur la question…). Pour ce qui concerne les dynamiques raciales, la gentrification de la danse ou l’appropriation culturelle, ce sont des problématiques beaucoup plus complexes et délicates à traiter..

D’ailleurs quand Amrita Hepi (voir plus haut) parle du rapport des femmes à leur corps, de leur accès à la danse, elle parle également de ses origines autochtones Bundjulung (AUS) et Ngapuhi (NZ). Ce n’est pas juste une femme qui danse. C’est une femme autochtone, et les regards qui se portent sur elle sont ceux de sa communauté, mais aussi les nôtres.

Si je refais la même danse qu’elle, je ne serais pas porteuse du même sens, ma relation au corps ne sera pas la même, et la perception que les gens en auront sera différente. Je suis française, et comme beaucoup de personnes en Europe je n’ai pas/peu dansé entre mes 10 et mes 25 ans. Ma coordination, mon rapport au corps, ma manière d’interpréter la danse, mes repères sociaux et mes attentes, font que je ne danserais jamais le swing comme une afro-américaine, le forrò comme une brésilienne, ni le tango comme une argentine.

Comme le disait très justement le danseur de blues, swing, folk et tango Gregory Dyke dans son podcast Walk to Work – episode 25 « Respect and meaningfulness » (en anglais) « Les pratiques culturelles comme la danse ou la musique n’existent pas en tant qu’entités propres, mais existent parce qu’elles sont pratiquées au sein d’une culture, et plus précisément parce qu’elles sont pratiquées au sein d’une communauté.« 

En tant qu’individus, professeurs de danse ou organisateurs, nous avons différents niveaux de responsabilité vis à vis des cultures d’origine de la danse que nous pratiquons.

En tant que danseur.se, notre rôle est assez limité. On peut tout à fait danser le lindy hop aujourd’hui sans se soucier de ses racines afro-américaines, de la naissance de cette danse lors de la ségrégation, et que le prof afro-américain qui te fait le cours est directement héritier de cette culture là, contrairement à ton petit prof de banlieue qui a découvert la danse il y a 5 ans.

On peut également danser le tango argentin en robe de soirée avec des chaussures à 200 euros en oubliant que la danse est née dans les faubourgs de Buenos Aires et qu’il s’agit avant tout d’une danse populaire.

Ce qu’on peut faire en revanche, c’est faire des efforts pour que les personnes légitimes ne se sentent pas exclues de leur propre danse, d’écouter et de comprendre les dynamiques complexes qui malheureusement peuvent pousser des danseuses noires à s’exclure de certaines soirées swing. Ne pas dénigrer ou minimiser, mais bien essayer de comprendre, afin d’éviter ce qui se passe dans d’autres milieux comme le yoga où la représentation femmes blanches fini par complètement effacer les femmes indiennes.

En tant qu’enseignants de la danse, nous avons la responsabilité de transmettre les bases sociales et culturelles liées à la danse que nous pratiquons, et être garant d’une certaine authenticité. Enfin, il faut également être honnête sur notre rôle et nos limites. C’est à dire qu’il faut être clair avec les élèves, que notre savoir a des limites, que d’autres gens sont plus pertinents que nous, et les inciter à aller suivre l’enseignement / des stages approfondis sur la question. Bref, inciter les gens à en savoir plus.

En tant qu’organisateurs, de nombreuses associations s’efforcent de proposer des évènements au plus proche de l’ambiance d’origine, et s’assurer que les personnes les plus légitimes se sentent bienvenues et intégrées. Il existe de nombreuses initiatives en tous genres, par exemple dans le swing ça passe par l’embauche de professeurs ou de groupes afro-américains, à la mise à disposition de brochures sur les origines du swing, en passant par l’organisation de débat / conférences

Entre vidéos, panneaux, badges ou brochures mises à disposition, les associations rivalisent de créativité pour faire mieux connaître le contexte de leur danse

Sachez qu’il n’y a pas de réponses toutes faites à ces questions, mais il y a des gens qui y réfléchissent et essaient de faire changer les choses et nous pouvons remercier tous ces danseurs, professionnels ou non, investis dans leurs communautés de danse, qui questionnent, proposent, cherchent des solutions, font avancer les choses en écrivant des livres, des thèses, des articles, créent des vidéos, des films… Ce sont des danseurs comme vous et moi qui, au delà de la danse, mettent leur créativité au service de la communauté et de ses évolutions.

Clin d’œil à mes inspirations journalières : Tanya Karen de the SocialDance Community pour ses articles et ses vidéos inspirantes, Laura Riva de The Dancing Grapevine que je lis sans faille, Gregory Dyke et ses réflexions hebdomadaires qui bien souvent me dépassent par leur complexité et leur créativité, Yehoody.com et leurs très interessants articles sur le lindy hop, le groupe de Safety Dance: Building Safer and Empowered Social Dance Communities, et ma dernière découverte en date, la page Break the dance roles

Bien danser à son mariage, 3 belles danses pour vous inspirer

J’ai une très mauvaise manie : je passe beaucoup trop de temps sur youtube à regarder des vidéos de danse. Je l’avoue, j’ai eu une grande période de recherche sur « première danse de mariage », un plaisir coupable entre deux rediffusions de Dirty Dancing. Sachez que c’est une quête difficile et parfois douloureuse de constater jusqu’où sont capables d’aller les couples pour envoyer une première danse qui déchire. Au final, voici trois exemples de danses que j’ai trouvé à la fois belles, romantiques, et fluides.

Je me pose encore la question sur ce qui nous motive encore aujourd’hui à forcer des couples de non danseurs à absolument présenter une démonstration de danse à leur mariage. Ceux qu’on retrouve sur youtube sont généralement des gens qui ont pris le truc suffisamment au sérieux pour y investir un peu de temps et d’argent. La plupart ont appris un peu de chorégraphie (ce qui en soi n’est pas un soucis), mais qui vise plus à impressionner leur audience qu’à véritablement s’amuser ensemble (pour autant qu’on puisse s’amuser à se taper l’affiche en costume, robe longue et talons, seuls devant une foule qui vous filme). D’un point de vue de danseuse, admettons le, j’ai vu beaucoup de personnes débutantes se débattre avec leurs pas avec des chorégraphies trop compliquées pour eux, et allant du mignon au ridicule, même parfois au légèrement dangereux pour le dos ou les chevilles.

Is it too much ? Shhhh that's the face of love
Quand c’est un peu trop

Qu’est-ce qu’une belle danse de mariage (selon moi)

Selon moi, pour faire une bonne danse de mariage, il faut s’amuser et être plein d’amour. C’est tout. Pas de portés, pas de tombés, rien d’emprunté à Dirty Dancing. Quelque chose de simple, quelque chose de classe, avec ton.ta chéri.e.

Je vous ai sélectionné trois vidéos que j’affectionne particulièrement. Entendons-nous bien, ces gens ne sont pas du tout débutants. Ce sont des danseurs confirmés et à l’aise, qui s’amusent pour leur mariage, très probablement en improvisation, ce qui donne une esthétique difficilement accessible à des danseurs sans expérience.

Un tango anonyme

Tout d’abord, ce petit tango anonyme. Clairement ce sont des danseurs de tango confirmés, avec plusieurs années de pratique derrière eux. Mais ce qu’ils font en tango reste assez « simple » et classique. C’est propre et fluide, et surtout ils s’amusent et on voit leur complicité.

Blues Dancing avec Justin & Renee

Ce choix de musique est absolument parfait, “Dream a Little Dream” de the Mama’s & the Papa’s. La danse est fluide, naturelle et très romantique. Ils font assez simple mais je dirais que ce sont des danseurs de swing expérimentés. Le blues dancing est un excellent choix de danse, car c’est relativement facile et accessible pour des danseurs débutants, et permet d’avoir d’être à l’aise assez vite (notamment comparé au tango, la salsa ou tout autre danse à la mode).

Zouk & Samba avec Katiucia et Leandro

D’habitude je ne suis pas trop fan de zouk que je trouve trop « sexy » (beaucoup trop de vagues avec le buste ou de cheveux au vent), mais ce petit couple  rend la danse vraiment simple et classe, définitivement romantique. La description indique que les mariés sont professeurs de danse, mais ils gardent ça « relativement » simple, sans faire une étendue prétentieuse de leur savoir-faire ou un show pour le public. Ils restent focalisés l’un sur l’autre et c’est ça qui est beau.

En résumé, si vous souhaitez un jour faire une belle danse pour votre mariage, je vous conseillerais de rester simple, de rester focalisé l’un sur l’autre, et de choisir une danse et une musique qui vous ressemble. D’une manière générale, en tant que danseuse je pense qu’on a tout intérêt à prendre quelques cours pour apprendre à véritablement danser avec son partenaire, quelque chose qui pourra servir toute la vie plutôt que d’apprendre une chorégraphie pour 5 minutes lors de votre mariage.

C’est avec cette idée en tête que ma pote Lucyl et moi nous avons décidé de créer un petit stage d’initiation à la danse de couple pour danseurs débutants. La première session de « Pimp ton slow » aura lieu à Paris le dimanche 20 janvier de 17h à 19h comme décrit dans notre super event Facebook. L’occasion de décortiquer le slow et découvrir comment danser à deux, quelle posture, comment ne pas se marcher sur les pieds, customiser son slow, que faire de son corps, avoir l’air cool, ne pas rester statique, s’amuser… Mais aussi et surtout comment avoir une connexion agréable, danser avec son.sa chéri.e de manière hyper confortable !

10 bonnes raisons de se mettre au bal folk

Vous cherchez une activité sympa à faire pendant l’année ? Vous aimez la musique live, les amis, passer une heure à discuter à la buvette et danser comme un fou ? Ne cherchez plus, le bal folk est fait pour vous. J’ai fais des danses historiques, du tango, du swing, des danses latines… et parmi toutes ces danses que j’adore, le bal folk se démarque vraiment par sa variété, son ambiance, sa grande qualité musicale. J’ai donc décidé de vous faire un petit récap de toutes les raisons qui me font adorer cette discipline.

C’est drôle et facile

C’est le premier argument, imparable, qui fait de cette discipline ma préférée et toujours la numéro 1 dans mes recommandations. Au bal folk, on change de danse à chaque morceau, parfois en groupe, parfois en couple, parfois à deux ou même en solo. Certaines sont plus difficiles que d’autres, certaines sont plus drôles que d’autres, mais globalement : dès la première soirée on arrive à danser, même si on a deux pieds gauches. Les danses sont suffisamment nombreuses et simples pour que des danseurs vous expliquent et qu’à la fin de la soirée vous vous soyez éclaté dans la moitié des danses.

Des fois on vous montre, on vous explique, on imite, on fait comme on peut… Jusqu’au jour où vous vous dites « hey ça me tente carrément le stage de bourrées d’Auvergne de la semaine prochaine ! »

Démonstration de danse pendant un bal – le Son Continu 2018 – Vidéo réalisée par l’Accordéoniste Flou

C’est varié

Il y en a pour tous les goûts et tous les ressentis : des danses physiques qui vont vous faire transpirer, aux douces mazurkas et leur parfum de slow.

Le branle de Noirmoutier vous fera transpirer – Vidéo réalisée par l’Accordéoniste Flou
La mazurka vous fera succomber – Vidéo réalisée par Ludmila Queirós

C’est intergénérationnel

Le bal folk, quand j’étais jeune, me donnait l’image d’un truc de vieux avec des accordéonistes qui font tzointzoin. Et dieu merci j’ai grandi – et vieilli aussi, ce qui m’a fait relativiser et dépasser mes idées reçues. Avec le bal folk, j’en ai tiré quelques conclusions :

  • il y a aussi beaucoup (beaucoup !) de jeunes
  • il y a aussi des vieux, oui, mais on peut aussi se marrer avec eux (d’ailleurs on est tous le vieux de quelqu’un)
  • certains vieux ont une technique de danse ou musicale qui va juste te mettre une belle claque dans ta face de jeune

En vérité, l’une des grandes qualités de cette danse, c’est qu’elle est intergénérationnelle. Il y aura aussi bien des jeunes que des familles, des gens entre deux âges, des personnes plus âgées. Ca vient en partie du fait que les danses sont variées et qu’il y en a donc pour tous les goûts, mais aussi de l’idée qu’il n’y a pas d’injonction de physique ou de style à respecter, chacun vient comme il est.

Vous verrez que la notion de transmission du savoir d’une génération de danseurs à l’autre est très importante dans le bal folk.  Les danses sont enseignées avec l’idée d’un patrimoine dansé à respecter  (plus ou moins respecté d’ailleurs) et à sauvegarder (oui oui), et vous entendrez beaucoup parler d’apprentissage ‘par imprégnation” qui différencie les danseurs “génération folk” des danseurs comme vous et moi qui découvrent le trad sur le tard.

C’est technique

J’ai dit plus haut que les danses du bal folk étaient faciles. C’est à la fois vrai et faux. Certaines danses peuvent se révéler très techniques, parfois difficiles à bien maîtriser. Si la danse en bal se satisfait souvent de l’à-peu-près, la marge de progression technique pour “bien danser” vous demandera une bonne dose de temps et de travail.

Demo Congo de Captieux by Frisse Folk @ Kattendijk
Défi #38 : apprendre le Congo de Captieux

16ème Trad’Hivernales – 2015 – Sommière – Rode de bourrée 3 temps – Vidéo réalisée par Paco Paquito
Quand ça a l’air facile et au début tu fais n’importe quoi, mais qu’en fait c’est super technique et que tu files prendre des cours.

C’est notre patrimoine

Le bal folk est en grande partie composé de danses françaises plus ou moins traditionnelles mais peut aussi mixer des danses étrangères (italiennes, espagnoles, israéliennes, irlandaises et j’en passe). Dans tous les cas il s’agit de danses inscrites dans une histoire, un patrimoine. C’est un lien avec le passé, qu’il vienne des salons autrichiens ou polonais du 19e siècle, où des paysans berrichons du 17e siècle.

Pour autant, le bal folk n’est pas un milieu de reconstitution, ne pensez pas y croiser des personnes en costume traditionnel, c’est un milieu complètement différent qui n’as pas le même objectif. Le bal folk reste dans sa grande majorité dans un contexte de danse sociale.

C’est un domaine de création artisanale

J’en parlais il y a quelques temps dans L’incroyable créativité de la musique folk à danser, c’est l’un  des atouts majeurs du bal folk : on ne danse QUE SUR DE LA MUSIQUE LIVE, par des musiciens de tous les niveaux amateurs ou professionnels, mais tous ont conçu leur musique pour être dansée. Le bal folk est un incroyable terrain de création musicale. C’est un univers extrêmement riche, avec des créations de très grande qualité. A cette échelle, ça n’a pas d’équivalent dans les autres danses.

C’est une porte ouverte vers de multiples activités

On l’a dit, le monde du bal folk est très lié à la création musicale, aux musiciens professionnels et amateurs. Le bal folk, c’est également de très nombreux bœufs musicaux, partout en France (et en Europe), et ils sont nombreux les danseurs qui se mettent à apprendre l’accordéon diatonique ou la vielle à roue pour pouvoir rejoindre le bœuf de fin de soirée.

Photo : Samuel Lagneau - Marshmallow photo
Photo : Samuel Lagneau – Marshmallow photo

Nous sommes aussi des multi-danseurs, habitués à apprendre de nouvelles danses, et bien souvent nos horizons sont plus larges que ceux du bal folk : danse contact, tango, yoga… La population des bals folk est variée, et les influences extérieures sont nombreuses. Il n’est donc pas rare en festival de trouver des initiations à d’autres danses et pratiques artistiques.

Spectacle du Collectif Crazy Moves & Duo Fermé Exibard au Festival Funambals 2018 – Vidéo réalisée par l’Accordéoniste Flou 
Boeuf chanté pendant le Son Continu 2018 – Vidéo réalisée par l’Accordéoniste Flou 

C’est une communauté accueillante

C’est comme dans la vraie vie, ne nous en cachons pas, il y a aussi des difficultés, des gens qui ne s’intègrent pas, d’autres qui ont du mal à se faire inviter, des débutants qui complexent et des bons danseurs qui ne dansent qu’avec leurs amis. Mais globalement, croyez moi pour avoir comparé avec d’autres milieux de danse, le bal folk est l’une des communautés de danse les plus accueillantes et les plus inclusives.

Nous avons aussi une grosse culture de la buvette… (certaines ne ferment pas)

Julien Wieser Folkographie - Chatillon 2016 - quand tu es au bar à boire de la clairette de Die un soir de bal costumé...
Julien Wieser Folkographie – Chatillon 2016 – quand tu es au bar à boire de la clairette de Die un soir de bal costumé…

C’est international

Le bal folk est une discipline internationale et les danseurs et les musiciens français y sont d’ailleurs plutôt bien accueillis. Chaque pays y va de son ou ses festivals phares, et avec chaque festival on partage à la fois une base de danses communes et on découvre des danses locales inconnues.

Pour mes vacances, j’hésite entre le Centre France, l’Italie, l’Espagne, le Portugal, la Belgique, les Pays Bas, la République Tchèque… ou la Pologne tiens pourquoi pas !

Si tu veux aller chercher du rêve en Pologne, tiens c’est par là ! Vidéo de Bal Folk Poznań

 

Il y a encore tout un tas de raisons qui font du bal folk une super communauté et une activité épanouissante. C’est un milieu où on parle de plus en plus de consentement, de coguidage, de transmission… Un milieu qui petit à petit fait tomber les barrières de la danse genrée, qui enseigne le respect du corps et des partenaires, qui n’est pas épuisant physiquement. Un milieu de bénévoles et de gens passionnés, qui font passer le plaisir de la musique et de la danse en premier et sans que ça en devienne un business (et même que parfois ça en devient difficile de joindre les deux bouts quand on est musicien et qu’on fonctionne à la passion).

Un milieu que j’aime et que je vous invite à découvrir.

Viens chercher du bonheur avec l’association Paris Bal Folk

Si vous êtes sur Paris et que vous cherchez des cours de folk, il existe pas mal de choses, entre autres les initiations hebdomadaires de l’association Paris Bal Folk le mardi et de la jam session du Dorothy le mercredi. Et pour les cours suivis, je me lance dans une 2ème année de cours hebdomadaires le jeudi soir avec l’association Paris Bal Folk. Venez nous voir, on va se marrer !

It’s the story of a ball, a big ball

It was on july 5th, the preview of Lætitia Carton’s movie Le Grand Bal, in the small Luminor, cosy movie theater in the Marais, historical neighbourhood of Paris. It was followed by an amazing streetball organised by Paris Bal Folk, featuring Aurélien Clarambaux and Tony & The Sof. The screening was sold out, and all the parisian dancers were squeezed at the entrance to discover the movie they waited for so long. For a year and a half they watched the trailer, with a big question in mind : beyond the trailer, will the movie represent the true spirit of Gennetines, le Grand Bal, and the atmosphere of bal folk. Will it be possible to send my close relations, the non dancer ones, to the movie and finally say  » Go see that movie, you’ll understand what I live and love in bal folk » ?

It’s the story of a ball. A big ball. Every summer, more than two thousand people come from all over Europe, to a small town in the French countryside. During 7 days and 8 nights, people dance again and again, lose the notion of time, defy their fatigue and their bodies. It turns, it laughs, spins, cries and sings. And life pulses.Synopsis by www.legrandbal.fr
The movie is a documentary of 1h39 long, with long traveling shots, allowing the audience to appreciate the atmosphere, the music, the people, with a voice over who, from time to time, explains the working of the ball, gives us a bit of context. It’s contemplative, it’s slow, it’s summer. Laetitia focuses on faces, people of all kind. She wants to represent the diversity of ages, new dancers and old ones, to alternate moments of joy and poetry, days and nights. Actions come one after another with no particular order or scenario, and still it makes sense. People speak about subjects that are the core of our dancing : consent, inclusion of beginners, respect for the partner’s body, and also the difficulties we share, difficulties for the new dancers to integrate, loneliness  and tiredness.

Le Grand BalLaetitia has the sense of humour. It’s light, it’s in the looks, the small phrases, details.

Click here for details. Possible spoilers.
There is a talent in editing that keeps the public captive to the movie and it’s small hints that makes the dancers laugh : the girl falling asleep while brushing her teeth, the attitude of the two young men when then meet in the jig, the little scouts briefing, people dancing in front of their lunch… And that couch that keeps coming back and every time you’re wondering « which type of people will sit there this time ? »

What if you’re not a dancer ?

As a dancer, you’ll see a lot of familiar faces passing by. A lot of « gosh I danced with that guy/girl too, I sooooo understand the smile on their faces ». Everyone is beautiful, the photography is gorgeous, and so is the music (of course). Everybody laugh when they see a familiar face, or a typical situation. I will ask non dancers, to see if they were captivated as I was. Some voices, some testimonies, are directly addressed to them, with accounts of people leaving early because they couldn’t integrate, people facing refusal because they’re not good enough. The movie shows the great humanity of bal folk, but isn’t hiding its flaws either.

A « neo » movie ?

I am not sure the movie will please to the more traditional dancers amongst us.

Click here for details. Possible spoilers.
I liked the traditional parts that were shown, the alternation of young dancers of bourrées and images from archives. I liked that gorgeous scene of Congo de Captieux where you can see so much interaction between the dancers. The movie talks a lot about mazurka as well, the one ending up in long hugs and shows bal folk dancers as nice hippies. The big ball is a mix of everything.

Laetitia Carton couldn’t show everything. I guess with all the images she shot, she could have made three movies, with enough images to please beginners, experts, traditional dancers and the mazurka-hug-contact-dancers… But for me, the fundamental is here, and the movie a success. It’s beautiful, it’s delicate. And it leaves you with a smile and wish to go back to Gennetines.

Le Grand Bal will be released in France on october 31th. Here is the list of the movie’s previews and their balls.

C’est l’histoire d’un bal, un grand bal

C’était hier le jeudi 5 juillet, l’avant-première du film « Le Grand Bal » de Lætitia Carton, dans le petit Luminor, cinéma coquet du Marais à Paris, suivie d’un bal folk organisé par Paris Bal Folk, et animé par Aurélien Clarambaux et Tony & The Sof. La séance affichait complet, et les danseurs parisiens se pressaient à l’entrée pour découvrir ce film dont le trailer les a tenu en haleine pendant 1 an et demi. Et avec à l’esprit la question : au delà du trailer, est-ce que ce film arrivera à représenter l’atmosphère de Gennetines, le Grand Bal, et de l’univers du bal folk ? Est-ce que je pourrais y envoyer mes proches non danseurs pour pouvoir enfin leur dire « vas voir ce film, tu comprendras ce que je vis » ?

C’est l’histoire d’un bal. D’un grand bal. Chaque été, plus de deux mille personnes affluent de toute l’Europe dans un coin de campagne française. Pendant 7 jours et 8 nuits, ils dansent encore et encore, perdent la notion du temps, bravent leurs fatigues et leurs corps. Ça tourne, ça rit, ça virevolte, ça pleure, ça chante. Et la vie pulseSynopsis
Le film est un documentaire d’1h39, composé de plans longs qui donnent le temps d’apprécier l’atmosphère, la musique, les gens, entrecoupé d’une voix-off qui, ici et là, nous explique le fonctionnement du bal, nous donne un peu de contexte. C’est contemplatif, c’est lent, c’est l’été. Laetitia se focalise sur les visages, les personnes. Elle tient à représenter la diversité des âges, les nouveaux et les anciens, à alterner les moments de joie avec de la poésie, le jour et  la nuit. Les scènes s’enchainent naturellement, sans suivre d’ordre ou de personne en particulier. On y aborde quelques thèmes importants : le consentement, l’inclusion des débutants, le respect du corps de l’autre, l’apprentissage, mais aussi les difficultés que peuvent rencontrer les nouveaux danseurs, la solitude et la fatigue.

Le Grand BalElle a de l’humour Laetitia, c’est léger, c’est dans les regards, les petites phrases, dans les détails.

cliquer ici pour dévoiler des détails (attention spoiler)
Un montage de talent qui arrive à garder le public attentif au film avec des petites piques qui font rire les danseurs : la fille qui se rendort en se brossant les dents, l’attitude des deux jeunes hommes qui se croisent dans le cercle, le briefing des petits scouts, les gens qui se trémoussent devant leur plateau repas… Et ce canapé qui revient à intervalle régulier et on se demande « quel type de personne sera assis dessus cette fois ? »

Apprécier le film quand on est pas danseur

Alors bien sûr quand on est danseur on voit plein de potes défiler à l’écran, et tout le monde est beau, l’image est très belle et la musique aussi. La salle rigole quand on voit une tête bien connue ou une situation typique. Il faudra poser la question à des non-danseurs, mais certaines voix, certains témoignages leur sont directement adressé, avec des récits de gens qui repartent faute d’avoir réussi à s’intégrer, des gens qui essuient des refus à cause de leur niveau de danse. Ce film montre la grande humanité du bal folk, mais ne cache pas non plus que la réalité n’est pas toujours parfaite.

Un film « néo » ?

Je ne sais pas si ce film plaira aux plus traditionnels d’entre nous.

cliquer ici pour dévoiler des détails (attention spoiler)
J’ai bien aimé le petit côté danse traditionnelle, l’alternance entre danseurs de bourrées 3 temps modernes et images d’archives, cette superbe scène de congo de captieux qui raconte une histoire où on se rend compte de toute l’interaction des danseurs entre eux. On parle aussi beaucoup de la mazurka, celle qui finit en gros câlin et qui montre les danseurs comme de joyeux hippies. Mais le grand bal, c’est aussi tout ça.

Laetitia Carton n’a pas pu tout montrer bien évidement, j’imagine qu’avec ses images elle aurait eu de quoi faire trois films, qu’il y aurait eu de quoi contenter les débutants, les experts, les tradeux, les mazurkalins… Mais pour moi, l’essentiel est là, le pari est remporté. C’est beau, efficace et délicat. Vous repartirez avec le sourire.

Le Grand Bal sort en salles le 31 octobre. D’ici là, retrouvez les avant-premières du film suivies de leurs bals sur www.legrandbal.fr

Danseuses de lindy, arrêtez de chercher des leaders SVP

C’est la fin de la saison des cours en lindy hop. Comment je le sais ? Le réseau social qui commence par un f regorge d’annonces de demoiselles en détresses à la recherche d’un leader pour la rentrée de septembre. Et pour cause, si en juin tu ne te réinscris pas au cours de swing de la rentrée avec un partenaire, tu es sûre de pointer sur la liste d’attente en septembre, quand tous les bons -et même les moins bons- seront pris.

Et ce n’est pas qu’un phénomène saisonnier ! Toute l’année j’en vois passer des annonces de recherche de cavaliers pour n’importe lequel des festivals c’est la panique. Une problématique qui à ma connaissance arrive au beaucoup au lindy et au tango, mais sachez le…. beaucoup moins dans les autres danses.

Ce phénomène est révélateur de plusieurs choses, à commencer par la popularité du lindy hop qui va en grandissant et qui commence à être un peu en tension. C’est aussi le signe que la construction sociale qui assigne les rôles au sexe est encore bien présente, alors que dans le discours beaucoup de danseurs affirment avoir une approche dégenrée, je pense que dans la réalité ce n’est pas vraiment le cas.

Comment j’ai mis 4 ans à démarrer le lindy

J’ai commencé le lindy en septembre dernier, après 4 ans à hésiter pour une simple et bonne raison : je n’avais pas de partenaire. Je n’osais pas poser d’annonce et m’engager dans un cours continu avec un inconnu. Mes amis ne voulaient pas apprendre le lindy, ou n’étaient pas disponibles les mêmes jours que moi. Et je n’étais pas capable d’avoir la vision claire en juin, de ce que serait mon emploi du temps en septembre.

Un problème que je connais bien, car j’avais eu les mêmes difficultés au moment de commencer le tango argentin.

Apprendre à guider c’est aussi apprendre à suivre

Le raccourci est assez facile à dire, on sait bien que les hommes qui guident ne savent pas pour autant suivre, mais moi c’est ce que je fais depuis 8 mois. Parce que ce qui compte, ce n’est pas l’apprentissage qu’on suit, mais l’état d’esprit dans lequel on se met.

Si je suis des cours en guideuse avec l’idée que mon savoir va aussi m’apprendre à suivre, alors ça marche.

En septembre dernier, je me suis donc inscrite en lead dans un cours de lindy avec une copine comme follow. C’était un cours “normal”, pas spécialement destiné à nous faire apprendre les deux rôles. Pas du tout un cours qui promeut le switch, ni dans le discours, ni dans l’organisation. Un cours hétéro-normatif comme il en existe des centaines. Un cours dont je ne suis pas sûre d’adhérer à 100% parce que justement, il perpétue l’idée classique que les filles doivent suivre et les garçons doivent guider, et qu’on est capable d’apprendre uniquement un seul rôle à la fois.

Notez que je n’en veux pas aux profs de ne pas promouvoir la danse dégenrée. Ils ne sont pas contre, c’est juste qu’ils n’y pensent pas. Ca ne fait pas partie de leur propre pratique, donc ils ne l’incluent pas dans leur pédagogie même si ils ne s’y opposent pas. Sauf que voila, les mentalités évoluent uniquement si on montre l’exemple et qu’on adapte sa pédagogie en conséquence. Sinon on forme des hordes de gens qui vont mettre 5 ans, 10 ans, à se dire que peut-être, ils pourraient changer de rôle pour voir comment ça fait.
Promouvoir par l’exemple, comme les Decavitas

Sauf que pour des profs, ne cachons pas la réalité financière qui paie la salle et récompense le travail  : s’il n’y a pas assez d’hommes, il y a moins de couples, et donc moins d’élèves. Et quand on accepte trop de filles, il y a un déséquilibre.

Très vite, ma coéquipière s’est aussi mise à guider, les filles sont en minorité et nous, nous guidons déjà dans les autres danses.

Pendant plusieurs semaines notre système a été le suivant : je guide et quand elle a finit son tour et que nos chemins se croisent, nous échangeons de rôle.

C’est faisable. Ça ne demande pas de compétence particulière à part un minimum de coordination pour faire les pas en miroir. En 3 leçons vous avez pris l’habitude. Ça ne demande même pas une validation particulière du prof ou une organisation de sa part.

Aujourd’hui je vais en soirée et je peux danser partout, avec ou sans cavalier. La principale difficulté est d’inviter des inconnu.e.s à danser et de se confronter encore et toujours au “tu fais l’homme ?”. Non, je guide. Et quand je veux, je suis.

Pourquoi ça me peine de voir une fille de niveau avancé recruter un partenaire sur les réseaux sociaux ? Parce que cette règle sociale stupide nous freine nous les filles alors qu’on est là pour danser.

Parce qu’elle progresserait aussi dans son suivi en prenant des cours en guideuse.  Parce que si tout le monde faisait ça, on en serait pas là. Parce que dans d’autres danses, ce problème de parité à tout prix n’existe pas (coucou la danse folk et le blues dancing). Parce que les hommes seraient de meilleurs guideurs s’ils apprenaient aussi à suivre. Parce que la semaine dernière un danseur de lindy m’a fait remarquer qu’il ne pourrait jamais demander à un autre homme de le guider parce que, je cite, « il n’est pas homo ».

On est en 2018. Il est temps de faire tomber les clichés et nous prendre en main.

Dans la tête des hommes qui suivent

En tant que femme qui guide et qui suit, j’ai une idée assez précise de ce qui fait qu’une femme choisit de guider en danse sociale. Bien sûr ce n’est pas les mêmes raisons pour tout le monde, mais ce que je pense être une situation assez commune. J’ai eu ma part d’attente sur les chaises, de chercher pour des partenaires de danse, et même de s’inscrire sur des listes d’attentes pour des cours ou des festivals où il faut absolument venir avec son partenaire. A la fin, on finit par se mettre à guider par nécessité, parce que malgré tout on vient pour danser, et pas pour attendre qu’un partenaire masculin se libère. Pour les hommes, je ne sais pas ce qu’il en est, je suppose la situation d’être légèrement différente, moins motivée par le besoin mais plutôt par un mélange de challenge et de curiosité. Mais le meilleur moyen de le savoir est encore de leur demander.

Il y a quelques mois, j’ai ouvert un questionnaire sur les hommes qui suivent en danse sociale (tango, salsa, bal folk, rock’n roll, lindy hop, danses de salon, autres…) leur demandant pourquoi ils ont commencé à suivre, dans quel contexte, quel effet ça fait de changer de rôle, quel type de personnes les guident, leur meilleur souvenir de suiveur, et s’ils ont perçu de l’opposition dans leur démarche à certains moments. J’ai reçu de nombreux témoignages, et je remercie les 122 hommes de différentes danses et pays qui ont répondu à cet appel à témoignages, et également à ceux.celles qui ont partagé ce questionnaire sur leurs réseaux (étrangement : majorité de femmes).

Il m’a fallu du temps pour lire toutes vos intéressantes réponses et bien sûr… faire un choix (difficile) parmi ces témoignages, donc mes excuses à ceux qui ne trouveraient pas leurs réponses dans l’article ci-dessous.

Que recherchez-vous ?

Ceux qui veulent s’amuser

Initialement je ne fait que du lead, le changement de rôle est venu par « jeu » au cours des soirées de danse social. Avec des amis nous avions pris l’habitude en fin de soirée d’essayer/d’apprendre a se voler/échanger de cavalière de manière fluide. Et petit a petit les filles (principalement follow, mais qui avaient appris à lead) ont elles aussi essayé les vols/échanges mais du coup en incluant régulièrement des switchs de rôle, nous plaçant en follow régulièrement. Du coup j’ai commencé avec d’autres a expérimenter le rôle de follow, et plus seulement lors d’échanges au cours d’une danse. Maintenant il nous arrive aussi régulièrement a switcher pour comprendre comment guider un mouvement en testant les deux rôles.Vincent, France (lindy hop)
Avant même de savoir bien guider j’ai voulu apprendre à l’être, juste pour rigoler et rendre la danse plus originale, sortir des conventions, échanger en cours de danse, voler des leader, etc. C’est la première raison. Le fait d’utiliser ça pour mieux guider derrière n’est que la seconde.Baptiste, France (lindy hop)

Ceux qui veulent améliorer leur guidage

A l’origine, j’étais follower pour mieux comprendre ce qu’il fallait guider et faire ressentir quand moi même je guidais. Ensuite, c’est devenu un pur moment de détente et d’expression, où on a pas la pression de devoir faire comprendre quelque chose, de guider l’autre, mais juste se laisser aller et jouer avec ça !Martin, France (bal folk, lindy hop, blues dancing, salsa, kizomba)
Je guide à 90% mais j’aime bien être guider aussi on se met à la place de l’autre et on comprend les subtilité d’un bon guidage, ce qui peut faire mal ou ce qui n’est pas assez franc, l’intention. C’est presque un autre sport car tout mes acquis ont été remis en cause quand j’ai commencé.Olivier, France (forrò, salsa)

Mon niveau en tant que guideur à littéralement explosé lorsque j’ai appris à suivre. Ça permet de faire de la vrai empathie, comprendre les passes plus compliquées, voir celles qui peuvent parfois être délicates, etc… J’apprends aussi de nouvelles passe grâce à ça 🙂 souvent en suivant et je suis là « oh! je connais pas cette passe, c’est chouette, montre moi comme tu as fait! »Dorian, Belgium (rock'n roll, forrò, salsa, others)

Photo : Marshmallow Photographie
Photo : Marshmallow Photo

Certains d’entre vous voient la maîtrise des deux rôles comme un but technique à atteindre, parfois une étape obligatoire pour enseigner la danse. C’est une pensée intéressante… car je suis convaincue que la majorité beaucoup des professeurs de danse sont loin de maîtriser les deux rôles. Pour être un bon professeur, il faut évidement avoir une connaissance approfondie de guideur et basique de suiveur (espérons le), mais au point d’être à l’aise avec les deux rôles en soirée et être vraiment ambi-danceur ? Je ne pense pas qu’on en soit là. En tous cas si le sujet n’est jamais abordé pendant les cours, c’est probablement que le professeur ne maîtrise pas les deux rôles.

Qu’est-ce qu’un « ambidanceur »? C’est un danseur avec la capacité à la fois de guider et de suivre. Il y a une communauté appelée Ambidancetrous, qui fait la promotion de l’ambidance.

Ce sont les cours les plus intéressants. Seules les personnes qui connaissent les deux rôles peuvent vraiment danser (les profs pros dans les festivals savent toujours faire les deux !).Maxime, France (tango)

Ce serait une évolution majeure dans l’univers de la danse, si on considérait que maîtriser les deux rôles est un achèvement technique. Cela signifierai que dans le futur tout le monde pourrait choisir entre guider et suivre, et l’ambi dance deviendrait la norme. Mais aujourd’hui l’attitude des professeurs entre guider et suivre est encore floue. Certains sont tout à fait pour, et vont éventuellement l’enseigner et le montrer en exemple. Certains sont totalement contre.

J’ai des tas de bons souvenirs. Un des plus cocasses était à un festival de Forrò à Bruxelles avec ma prof Marion Lima. J’avais décidé de faire tout les workshops du samedi en follow, lady styling inclus (ce que mes pieds ont regretté pendant trois jours, les demi-pointes ça ne vient pas naturellement). Bref, je me retrouve entourée de danseuses et là Marion décide de faire de moi son cobaye, j’ai passé le cours à faire alternativement follow et lead, agrémenté de toutes les blagues possibles sur mon « style ».Matthieu, France (lindy hop, blues dancing, forrò)
Le prof m’a empêché de faire follow alors que plusieurs leader attendaient une rotation dans le cercle pour pouvoir danser.Thibault, France (lindy hop, blues dancing)
En lindy hop j’ai senti que les  rôles étaient plus « traditionnels ». Par exemple : quand notre professeur montrait un mouvement pour les suiveurs, j’ai voulu l’apprendre aussi et le pratiquer avec les femmes. Quand la prof a vu ça, elle m’a regardé avec désapprobation et m’a dit que c’était un mouvement uniquement pour les femmes. J’ai trouvé le commentaire étrange, et encore plus bizarre quand deux mois plus tard elle a expliqué exactement le même mouvement pour les guideurs (dans ce cas, tous des hommes). Apparemment, nous pouvons parfois faire aussi ce mouvement, mais nous ne pouvons pas l’apprendre en même temps que les suiveurs.Florian, Belgium (bal folk, lindy hop, forro)

Ce qu’on ressent

nuage-de-mots
Vos mots

Ceux qui découvrent des mouvements qu’ils ne pensaient pas savoir faire

Une danse avec une personne avec laquelle je n’avais jamais dansé avant, et elle était très bonne guideuse (Slovenienne, et en Slovenie il n’y a pas assez de guideurs alors les femmes pratiquent beaucoup le guidage, hourra), et faisait plein de variations intéressantes et nouvelles (pour moi), et nous étions tellement connectés que nous ne faisons qu’un. Tout a fonctionné et semblait tellement naturel. J’étais ébloui car je n’avais jamais vécu quelque chose comme ça comme suiveur…Bram, Belgique (bal folk, tango, salsa)
J’ai suivi et échangé de rôle avec un danseur qui faisait des portés et des tombés que je n’avais jamais fait avant, avec une grande facilité, il m’a tout fait faire sans que je sache comment on en était arrivés là.Gregor, Pays Bas (bal folk, lindy hop, blues dancing, kizomba)
J’ai été guidé à la valse par quelqu’un avec beaucoup d’expérience. Je n’avais aucune idée que je pouvais bouger comme ça. Tous les petits et simples mouvements étaient précis et il me faisait faire exactement ce qu’il voulait.Stefan, Pays Bas (bal folk)

Ceux qui ont vécu des moments très intenses

J’ai dansé avec un garçon qui m’a fait tourner, valser, pendant 10 min. C’était un moment magique. Je sentais sa présence sécurisante. Je me laissais aller à la musique.David, France (bal folk, others)
Micro blues dancing en Suisse (Blossom Blues), juste à écouter et à suivre de tout petits mouvements en cadre fermé, c’est devenu très intense et la manière de guider gentille et douce, et ensuite plus exigeants de ma guideuse. Ca m’a rendu heureux, triste et soutenu.Neil, United Kingdom (lindy hop, blues dancing)
Lors d’un festival trad, après une semaine de danses, qui me laissa boitillant le dernier jour… Dernier concert, pénombre et clapotis de la rivière en bas, une invitation de coté, un regard et déjà enlacés sans pensé a la douleur musculaire, la musique enveloppant plus rien n’a d importance, et la douce mazurka nous entraîna peu à peu, à coup de glissement vers un axe unique, une énergie unie, dans un seul corps….nous ne savions plus qui guidait.Yann, Espagne (bal folk, tango, lindy hop, forrò, salsa, others)

Quand parfois il y a des moments magiques et quelqu’un me guide soudainement un tempo en quatre temps sur la musique, et je m’aperçois que je comprends, que je suis assez rapide et que ça fonctionne. Quand le guideur me laisse de l’espace pour improviser. Quand je me relaxe complètement dans les bras d’un homme – je suis un homme et hétéro, et c’est un sentiment hyper relaxant quand je me laisse emporter uniquement par la danse, la musique et le guidage, de me laisser emmener sans le moindre, même minuscule élément romantique, nerveux ou sexuel élément – juste la musique, la danse, la confiance, et la proximité corporelle, sans rien qui vient le bouleverser.Paul, France (tango, others)

 

Ceux qui ont trouvé de l’inspiration et de nouveaux objectifs

J’ai découvert que suivre a ramené du fun et de l’énergie dans certaines danses que je trouvais un peu ennuyeuses quand je les guidais – ceux qui ne suivent pas manquent le privilège d’essayer les incroyables styles et mouvements de plein de merveilleux guideurs. Je me suis aussi rendu compte que la plupart du temps je suis très conscient de ce que je fais quand je guide, alors que quand je suis, je peux laisser aller toute cette pensée consciente et me laisser « absorber » par la danse. C’est une sensation très agréable.Dan, Royaume Uni (bal folk, lindy hop)

Ceux qui font de drôles de découvertes

C’était très drôle de danser le tango avec un homme portant la barbe.Julien, France (tango, rock'n roll, kizomba)
Une mazurka guidée par une fille qui s’amusait à me faire cambrer le dos. Forcément avec ma morphologie d’homme, ça rendait tout autre chose. C’était intéressant et marrant.Frédéric, France (bal folk)
J’ai été guidé par un homme pendant un spectacle, et j’ai senti que c’était très révélateur pour beaucoup de personnes dans le public. Nous ne sommes tout simplement pas habitués à voir ça. Une autre super expérience, quand j’ai dansé en portant un kilt. C’était super de suivre car le kilt s’envolait de manière plaisante.Pierre, Belgique (tango, forrò, others)

Ceux qui n’ont pas la vie facile

J’ai été ravie de lire que certains hommes n’ont jamais rencontré d’objection ou de rejet dans leur démarche de suivre en danse de couple. Peu d’objections marquées lors de l’invitation ; il semble que quand vous osez demander à inverser les rôles, vous vous adressez en priorité à des gens susceptibles de répondre oui, des gens dansant déjà « ambi ».

Malgré tout, la plupart d’entre vous ont été confrontés à différents problèmes. Pour certains d’entre vous, c’est même un obstacle récurrent !

??? je ne comprend pas le sens de la question. Ou alors j’ai peur de la comprendre. Ca arrive encore ça?Loïc, France (bal folk)
Opposition ? Absolument.  Dans quasiment toutes les danses quand j’ai commencé à suivre, et encore aujourd’hui (après cinq ans à suivre et quatre ans à être prof de danse), ça arrive encore à peu près à chaque fois que je vais danser.Pascal, Suisse (bal folk)

Ceux qui ont ressenti de l’opposition à un moment ou à un autre

Quand il y a un nombre modéré ou large de femmes sans cavaliers, alors parfois si des hommes dansent ensemble on peut percevoir le ressentiment de certaines femmes. Elles pensent qu’on les abandonne et qu’on les laisse sans personne avec qui danser.Matt, Royaume Uni (west coast swing, blues dancing, others)
Oui plusieurs fois ! Le plus souvent c’était de la part de femmes followers qui se plaignaient du fait que je danse avec un autre homme, alors que selon elles il aurait fallu qu’on les fasse danser…Idrissa, France (bal folk, lindy hop)
Un homme m’a dit pendant le cours « Tu le fais encore ?!? Tu vas porter une robe la semaine prochaine ? ». Et des femmes qui donnent l’impression de penser que je leur vole leurs leads !Robin, Pays de Galles (lindy hop)

Est-ce que le manque de guideurs masculins pour les femmes est un obstacle au fait que les hommes se mettent à suivre ?

En tant que femme, je n’ai jamais suspecté que nous pouvions être une part du problème au point que les hommes se sentent coupable de vouloir essayer un autre rôle. Il semble que nous ayons nos propres stéréotypes à faire tomber pour que nous puissions tous évoluer ensemble.

 

Pour les danseurs de bal folk, il existe une difficulté supplémentaire : les danses de groupes (mixers), où on va devoir danser avec tout le monde. Les danses où on change de partenaires, peuvent se révéler problématique pour deux raisons :

  • il n’est pas possible de demander le consentement de toutes les personnes avec lesquelles on va danser
  • il y en aura forcément au moins une qui ne voudra pas danser avec un autre homme

Même si c’est pour 20 secondes. Même si c’est juste se tenir la main et pas se tenir dans les bras.

Il m’est arrivé plusieurs fois de voir mon partenaire dans un mixeur quitter la danse plutôt que de danser avec un homme.Vincent, France (bal folk)

Les remarques ou gênes venant d’hommes ne ciblaient pas particulièrement le fait que je suive, mais le fait qu’ils ne voulaient pas danser avec moi car j’étais un homme. On sort un peu du simple fait que je suive en tant qu’homme, pour toucher au schéma hétéronormatif qui s’applique aux danses sociales : les symboliques de la séduction, du couple, de l’homme qui guide et de la femme qui suit se mêlent et font que certains hommes se sentent mal à l’aise quand je leur propose de danser. L’exemple le plus humiliant était sà»rement cet homme qui, lorsque je suis arrivé à son niveau dans une chapelloise, a refusé de me toucher lors des 32 temps de notre passage ensemble. Le plus absurde (à mon sens) était ce danseur qui ne comprenait pas que je l’invite à danser une bourrée à trois temps*, et qui m’a explicitement dit qu’il ne danserait pas cette danse avec un homme.Idrissa, France (bal folk, lindy hop)

(*) Note pour non les danseurs de folk : la bourrée 3 temps se danse face à face et les danseurs ne se touchent pas.

Certains pointent le manque de danseurs ambi dans les danses latines…

En cours de Kizomba, par le prof lui-même pour qui ce n’est pas aux hommes de suivre (vision selon moi passéiste selon laquelle c’est à l’homme de donner une direction à la danse et à la femme d’avoir comme qualité principale de se laisser guider, de ressentir ce que l’homme veut et à soi-disant « donner du style »).Romain, France (bal folk, kizomba)
Danser forrò a été éprouvant car la communauté est très sexiste de ce point de vue. La communauté blues est moins sexiste mais pas encore parfait – je sens que des progrès ont été faits entre le moment ou j’ai débuté et maintenant, a mon niveau j’espère y avoir contribué.Michael, Nouvelle Zélande / Ecosse / Portugal (blues dancing, forrò, others)

Les objections et le rejet, c’est parfois aussi ne pas être reconnu comme un suiveur à part entière. Manifestement des personnes acceptent l’idée qu’un homme puisse suivre, mais le voient plutôt comme une phase ou une expérience, mais pas comme un rôle à part entière qui pourrait être permanent. On ne dira jamais assez que les rôles de genre sont une construction sociale et que nous avons tous une part à jouer pour les faire évoluer.

C’est arrivé, en particulier quand j’ai commencé à suivre, le meilleur compliment que je pouvais avoir était « tu es ok pour un guideur ». Beaucoup de guideurs essaient de suivre un peu, mais je n’ai pas envie d’être reconnu comme un guideur qui suit. Je veux être estimé comme un suiveur à part entière et dans mon bon droit. Et je pense que je commence à y arriver maintenant.Max, Royaume Uni (lindy hop, blues dancing)
Pas en blues, mais en lindy pendant des cours, certains hommes m’ont occasionnellement dit qu’ils trouvaient ça étrange. J’ai aussi été félicité pour être courageux. Un type m’a dit que les hommes devraient suivre seulement si toutes les femmes se mettaient à guider pour changer.John, Royaume Uni (lindy hop, blues dancing)

Nous savons que la vie en elle même est plus difficile pour les personnes LBGT et non binaire, mais bien sûr la danse sociale ne rend pas les choses plus faciles.

Je suis un homme transgenre (femme-vers-homme), et les gens me prennent souvent pour une femme, alors ils pensent que je dois suivre. Si je suis, alors les gens me traitent aussi comme une femme en dehors de la danse. Ca me rend vraiment inconfortable avec l’idée de suivre, alors je préfère guider même si dans un monde idéal j’adorerais guider et suivre à égalité. J’accepte de suivre uniquement si le guideur sait que je suis un homme-non-traditionnel et pas une femme traditionnelle.Jeremy, uk (others)
Autant vous dire que ce témoignage me bouleverse particulièrement, et que j’applaudis Jeremy et le remercie chaudement d’avoir partagé son point de vue.
VirtualHug2

Certain d’entre vous ont mentionné et m’ont demandé pourquoi je ne parle pas des scènes queer, comme il en existe en tango ou en danse de salon, qui ont déjà dépassé cette question de guideur-suiveur et dégommé les idées reçues. A vrai dire, c’est une scène que je connais peu/pas, donc je suis mal placée pour en parler. C’est un univers particulier, parfois créé comme une « zone sûre » pour les personnes LGBT, et parfois suite à un rejet par les circuits de compétitions traditionnelles des personnes de même sexe dansant ensemble. C’est un milieu hyper riche et intéressant qu’il faudra des pages et des pages, des livres et des films, pour expliquer et décortiquer. C’est pourquoi je pense qu’on devrait tout simplement suivre leur exemple et amener leur ouverture d’esprit dans les scènes de danses « hétéro-normées ».

Les communautés tango Queer et OpenRole sont tellement riches et enrichissantes, je suis infiniment heureux qu’elles existent, dans ce milieu si prétentieux, arrogant, traditionaliste, sexiste et machiste monde du tango. Les découvrir a été un voyage à travers tout ce que notre société a construit d’habitudes étranges autour de ce que peux faire telle ou telle personne en fonction de son genre. Ca dépasse le cadre de la danse, c’est une philosophie. J’aime aussi le contact physique : j’aime serrer dans mes bras mes amis à la fois masculins et féminins, mais c’est toujours en privé. Avec le Queer/OpenRole tango, je peux montrer au monde que ce n’est pas si terrible de toucher un autre homme. Je peux leur montrer comme mon visage est heureux dans les bras d’un homme ou d’une femme, et qu’aucun de ses contacts n’a besoin d’être de nature sexuelle. C’est une chose fabuleuse, et un cadeau.Paul, France (tango, others)

Ceux qui ont expérimenté le refus

Étrangement, vous êtes nombreux à déclarer ouvert à danser avec tout le monde, homme ou femme. Mais quand vous développez vos témoignages, vous vous référez souvent à vos partenaires de danse comme étant des femmes. Et régulièrement, elles semblent refuser de vous guider quand vous leur demandez.

La proposition de suivre est généralement bien accueillie, à l’exception de follow qui ne sont pas intéressées par le rôle de lead.Simon, Québec (blues dancing)
Elle m’a dit « bah non, c’est toi l’homme » et qui m’a ensuite lâché parce que mon guidage ne lui convenait pas…Etienne, France (bal folk, others)
Je dirais que le principal frein au fait de danser avec des hommes reste mon courage qui est souvent beaucoup trop faible. Quand je reçois un refus, j’ai souvent la lâcheté qui revient pour le deuxième essai avec quelqu’un d’autre. Quand je me mets en position de guidé face à une cavalière et qu’elle refuse, j’ai des tas d’exemple de phrases de refus : « J’ai mal au bras, je n’aime pas guider, je ne sais pas guider, je préfère que ce soit toi qui guide »Léandre, France (bal folk, tango, other)

Ceux (nombreux) qui aiment être menés par des femmes

Il y a pas mal de raisons qui peuvent pousser les hommes à demander en priorité aux femmes-suiveuses de les guider. Entre les raisons que vous m’avez donné et celles auxquelles j’ai pu penser, il y a :

  • vous demandez en priorité à vos amies et vos partenaires de danse habituelles
  • vous aimez échanger de rôle pendant la danse, et donc passer de guideur à suiveur avec vos partenaires habituelles

Et peut-être aussi :

  • demander à un autre homme est plus difficile
  • vous préférez danser avec des femmes

Quand je suis, je suis guidé la plus part du temps par des femmes et je pense que cela leur plait aussi et se rendent compte des contraintes que l’on rencontre.Olivier, France (forrò, salsa)
Je suis un homme, danseur guideur. Spontanément je vais guider, et j’adore ça. Mais il m’arrive quelque fois d’être guidé par une femme (on apprends beaucoup ainsi sur le plan technique, pour s’améliorer soi même sur le plan du guidage), quand au court d’une conversation on en vient à vouloir tenter l’expérience. Cela reste occasionnel, avec des personnes avec qui j’ai eu un bon feeling.Frederic, France, Bal Folk

Personnellement, quand j’ai commencé à guider, je me suis tournée vers la catégorie de personnes qui suivent le mieux, celles qui pourraient compenser mes défaillances de guideuse débutante : les autres femmes. Je pensais qu’en tant qu’experts du guidage, vous vous tourneriez également vers les personnes qui vous guideraient le mieux, soit d’autres hommes. Alorsj je vous le demande : pourquoi demandez-vous à des suiveurs de vous guider ?

En demandant à des suiveurs de devenir des guideurs, beaucoup d’entre vous se voient présenter un refus pour des raisons assez évidentes :

  • elles pensent qu’elles ne guident pas assez bien
  • elles pensent qu’elles ne guident pas assez bien, et vous êtes un grand et lourd débutant suiveur, ce qui rend les choses encore plus difficile à vous guider
  • elles pensent qu’elles ne guident pas assez bien et vous êtes un super guideur, donc elles préfèrent de loin passer un bon moment comme suiveuses plutôt qu’un temps difficile à essayer de vous guider

Celui qui se sent déséquilibré

De manière assez surprenante, sur tous les hommes qui déclarent suivre des femmes, un seul sur les 122 témoignages fait référence à la différence de taille et de poids entre hommes et femmes. Beaucoup de danseurs (hommes et femmes confondus), disent qu’ils ferment les yeux pendant la danse et se laissent porter par le guideur et la musique. Je sais que beaucoup de gens – spécialement les débutants – prennent cette expression au pied de la lettre. Il est déjà difficile pour un guideur d’avoir une femme de 55 kilos à tracter, alors imaginez la même femme tracter un homme de 80 kilos. C’est à la fois épuisant et impossible.

Déséquilibré: Se laisser guider par quelqu’une de 30cm et 40 kg de moins que moi n’est pas toujours évident pour ma carcasse… Porté : se laisser porter par la musiqueLionel, France (bal folk)

GuideMoi

Mon conseil est donc : fermer les yeux > oui. Se laisser diriger et laisser aller le contrôle de la danse  > oui. Se laisser porter/tracter > non. Si vous avez un doute sur votre position là dedans, alors verbalisez et demandez à votre partenaire.

Êtes-vous vraiment des suiveurs ?

Ce que je lis, ce sont beaucoup d’hommes curieux, balançant entre guideurs-à-l’écoute et suiveurs, ouverts au « switch ». Pour beaucoup d’entre vous messieurs, suivre semble très lié au coguidage et à l’échange des rôles pendant la danse. Ce qui est super. Mais qui n’est pas réellement suivre à mon sens.

J’essaye d’être à l’écoute tout au long de la danse et de laisser la possibilité de mener au partenaire si iel le souhaite, peu importe qu’on ai décidé de role défini avant de danser. Après, mon niveau ne permet peut être pas de sentir tous les appels mais ce n’est jamais volontaire.Bob, France (Bal Folk & others)
Suivre et guider sont pour moi deux choses très semblables, je laisse beaucoup d’espace à mes partenaires pour qu’il leur soit possible d’improviser de faire quelque chose d’imprévu, les personnes avec qui j’aime échanger les rôles sont souvent ainsi et j’adore me retrouver perdu entre follower et lead, quand la musique nous prend à notre propre jeuJulien, France (Bal Folk, Tango, Ballroom, Others)

Etre à l’écoute de son suiveur et lui laisser de la liberté, c’est une très grande qualité pour un guideur (et comme être humain d’une manière générale). Pour moi, partager le guidage n’est pas vraiment suivre, mais clairement un premier pas dans cette direction, et c’est certainement moins effrayant que de laisser complètement les rênes du guidage à son partenaire.

Ceux qui s’organisent

Certains d’entre vous ont beaucoup réfléchis à qui ils invitent, quand ou pourquoi.

Il est utile de se rappeler ce que sont guider, suivre, échanger, et partager le guidage.

  • Guider et suivre : l’un décide et impulse d’un mouvement et d’une direction, l’autre accepte cette impulsion (dans une certaine limite), et accompagne activement le mouvement
  • Echanger c’est transférer le rôle de guideur et de suiveur à l’autre au moins une fois pendant la danse
  • Partager le guidage ou coguidage, c’est deux personnes qui s’écoutent et lancent des variations quand elles sentent un espace de liberté, faisons simple, deux suiveurs
  • 2 guideurs, je pense, donne une relation agressive et non fonctionnelle

En tango, il y a des « tandas » de manière optimale de 4 chansons. Dans ce cas, le plus souvent on alterne le guideur après chaque morceau. Avec des amis, je peux parfois demander : « Je suis plutôt d’humeur à suivre aujourd’hui, est-ce que tu peux me guider toute la tanda ? ou juste guider sans particulièrement demander dans quelle humeur je suis. Dans le monde queer/OpenRole world, la règle est en générale de changer après chaque morceau.Danny, Pays Bas (tango, others)
Quand je danse avec une femme, le plus souvent on va switcher au cours de la danse. C’est rare qu’une femme me propose de guider pendant toute une danse. Avec un homme le switch au sein d’une même danse est plus rare, on aura plutôt tendance à enchaîner deux danses, en inversant les rôles à la fin de la première danse.Andréas, France (west coast swing, blues dancing)

Mais bien sûr, il n’y a pas de règle et tout dépend de la personne avec laquelle on parle, de son propre passif et de la situation.

Cela dépend énormément de la personne, alors je vais essayer d’être le plus précis possible. Avec les danseuses qui me semblent non expérimentées, je ne propose que rarement de me laisser guider. Avec les danseuses expérimentées, j’ai tendance à proposer de suivre, juste avec la position des bras, et selon la réaction je me retrouve à suivre ou à guider et à échanger ou non pendant la danse. J’ai souvent une réaction d’étonnement. Avec les danseurs qui me semble moins expérimentés, j’ai tendance à ne les inviter seulement si j’ai eu un contact avec la parole avant. Je n’ose pas inviter un homme de but en blanc. Avec les danseurs qui me semble expérimentés, j’ai tendance à observer leur comportement dans les cercles et les chapelloises, ou je suis souvent, avant de les inviter. Si je les sens assez ouvert et si c’est un jour ou je suis courageux, je les invite, des fois je n’ai pas la force d’oser. 🙂 Et dans toutes les danses, j’aime bien essayer le partage, même si des fois il est très bref, j’aime la sensation d’être dans ce doute de qui guide.Léandre, France (bal folk, tango, others)

Parmi les témoignages reçus, aucun ne mentionne être suiveur à 100% du temps. Si je suis sure que ça existe dans les scènes queer, je doute sérieusement que ce soit possible dans nos scènes traditionnelles, même pour ceux qui le souhaiteraient.

Dans tous les mots que vous avez utiliser pour décrire le suivi, j’ai beaucoup vu le mot « Confiance ». Ca ne signifie pas qu’il faille accorder une confiance absolue à tous les guideurs, mais je suppose que jusqu’à un certain point nous avons tous besoin d’un peu de confiance pour confier notre corps au main d’un guideur qui va décider où nous diriger et quoi nous faire faire. C’est pour ça que je ne suis pas tout à fait d’accord avec certains témoignages d’hommes prêts à reprendre le guidage quand ils sentent (ou croient) que leur partenaire n’est pas assez bon ou en difficulté.

Je m’adapte au max au niveau de guidage du leader et je reprend le lead pour lui montrer sil cela s’y prête, sinon la plupart du temps je ferme les yeux et branche mes récepteurs au max comme lorsque l’on découvre un nouveau lieu.Vincent, France (bal folk, lindy hop, blues dancing, forrò)
Je demande généralement à être guidé. La plupart du temps à des mis. Souvent des hommes, mais pas seulement. Je reprends souvent le guidage quand je trouve que c’est nécessaire (par exemple pour éviter des gens, ou se diriger dans un passage étroit ou difficile) ou quand c’est plus pratique, ou si j’ai envie de faire quelque chose que mon guideur ne me fait pas faire. J’ai du mal à exprimer clairement à mon guideur ce que je veux et ce que je ne veux pas. Alors je guide depuis la position de suiveur, et je le rend dès que possible. Il arrive que nous échangions au milieu de la danse. Quand je suis dans la position de guideur, si je perçois une forte prise ou une meilleur idée de mon suiveur, ou une perspective différente (sur la dose d’intensité dans notre couple ou l’énergie de la musique), mais dans ce cas en restant dans la position du guideur.Robert, France (bal folk)

Je ne doute pas des bonnes intentions derrière ces témoignages, mais est-ce que vous reprenez aussi le guidage quand c’est un homme qui vous guide, ou est-ce que c’est quelque chose que vous réservez aux suiveuses que vous mettez en position de guideur ?

Echanger et partager le guidage permettent de reprendre la main quand on le souhaite en théorie. Pour moi, pas quand on suit. Si j’accepte de guider ou de suivre quelqu’un, j’attends personnellement de mon partenaire qu’il.elle construise cette conversation ensemble avec mes qualités mais aussi avec mes défauts. En tant que suiveur, ça signifie aussi ne pas reprendre la main à quelqu’un qui guiderait moins bien que moi. De nombreuses personnes le font quand même, hommes et femmes, mais je pense que c’est une mauvaise habitude.

Ca m’amène à la définition de « suivre », parce que j’ai l’impression que parfois on se lance là dedans, sans vraiment penser à ce que ça implique, spécialement quand on a des habitudes de guideurs. C’est un défi pour vous messieurs, que de laisser tomber vos habitudes de guideurs, le contrôle que vous avez sur la danse, pour découvrir ce que c’est que « suivre activement ». Et bien sûr, ce n’est pas chose facile. Dans son blog, the Dancing Grapevine, Laura Riva dit on ne peut pas être le Directeur et l’Acteur du partenariat de danse, c’est une pensée intéressante parce qu’en tant que guideurs vous pouvez avoir déjà danser avec des « suiveurs actifs », sans savoir exactement ce que c’est. Et ce n’est pas contre-guider.

Enfin, pour ce qui est d’échanger le guidage, je voudrais promouvoir quelque chose de plus poli que « je reprends le guidage quand j’ai un truc à dire », et qui serait le « je rends le guidage à la personne pour qu’elle puisse s’exprimer. » C’est comme pour une conversation verbale, où on va finir sa phrase et laisser de la place à la personne qu’elle vous réponde, sans lui couper la parole.

Faut-il enseigner la danse ambi ?

A la fin du questionnaire, je vous ai demandé ce que vous pensiez des cours de danse où on apprend à la fois à guider et à suivre. Evidemment, comme vous êtes tous sensibilisés à la question, vous êtes majoritairement pour. C’est sur l’application pratique du concept, que vous n’êtes ni certains, ni d’accord.

Une meilleur atmosphère, souvent un meilleur enseignement aussi. Les instructions du prof permettent une meilleure vsion des deux rôles.John, UK (lindy hop, blues dancing)
Pour un cours avancé pourquoi pas. Mais pour un cours débutant, clairement non étant donné que ce n’est pas la situation qu’on rencontrera en balNicolas, France (bal folk)
C’est très bien. je ne comprends pas les cours où cette pratique n’est pas incitée et où personne ne se pose la question, à aucun moment, s’il souhaite suivre ou si elle souhaite guider.Adrien, France (tango, lindy hop)

Ceux qui sont pour, mais pas trop sûrs du comment/quand

L’idée est intéressante mais je me pose la question de la mise en pratique concrètement. Est-ce que ce n’est pas trop d’informations à la fois ? Je me demande aussi comment structurer le cours en tant que professeur.Thomas, France (lindy hop, blues dancing)
C’est génial mais méfiance à ce que l’on veut transmettre. C’est génial de faire les deux, mais il faut des super profs, car sinon ça donne n’importe quoi… Les danseurs qui ne savent ni guider ni suivre c est le calvaire. Mieux il faut se specialiser dans un, que de faire deux rôles très mal. C’est mon point de vue. Mais bon, c’est comme partout peut être !Yohann, France (tango)
Je n’ai pu assister qu’assez brièvement à des cours de ce genre. Ces cours ne m’ont pas plu, mais pas du fait de cet approche guidage/suivi mélangés. En théorie je trouve le principe intéressant, on apprend tellement à s’essayer à l’autre rôle. En revanche j’assiste à des cours où le rôle à apprendre est défini (on en choisit un), mais où l’on nous fait expérimenter brièvement l’autre rôle pour comprendre/ressentir certains principes indispensables (je pense au tango). Et cela fait des merveilles! (pédagogiquement parlant).Romain, Bretagne (bal folk)

Ceux qui l’enseignent déjà

C’est ce que je pratique avec mes élèves et aux cours que je prendsGabriel, France (bal folk, lindy hop, west coast swing, rock'n roll, blues dancing)
Je donnes des ateliers de danse et j’essaie à minima d’échanger les rôles de temps en temps.Wim, Belgium (bal folk, lindy hop)

De ce que je lis, il y a trois types d’approches :

  • Les »vrais ambis », où on apprend de manière égale à guider et à suivre : à chaque exercice on fait d’abord dans un rôle, puis on échange et on refait
  • Les « échanges » de rôles, où on a un rôle déterminé pendant le cours, mais on échange uniquement pour certaines choses (pour les tours rapides par exemple, ou les exercices de connexion)
  • Les cours « ouverts », où on est libre de changer de rôle à chaque exercice

A part pour une initiation où il faut aller à l’essentiel je trouve ça génial! Je pense que ca fait progresser 2 fois plus vite! Dans les danses plus « genrées » comme la salsa et le tango, j’ai l’impression qu’il y aurait plus de barrières sociales et culturelles pour le faire mais cen serait top!Fabien, France (bal folk, forro)

L’idée d’apprendre les deux rôles, mais successivement

Il ne faut pas l’apprendre en même temps mais successivement. Une fois qu’on maîtrise relativement bien un, on peut s’ouvrir à l’autre. Sinon, risque de confusion et, au final, de piètre danse, dans un rôle comme dans l’autre.Sylvain, France (tango)
Bien mais cela peut être frustrant surtout que ce genre ne propose souvent qu’un exercice ou 2 ou l’on change les rôles pas assez pour être à l’aise pour les leader. Le mieux pour moi est d’expérimenter un rôle dans un cours puis un autre cours ou l’on explore l’autre rôle.Kevin, France (bal folk, tango, blues dancing)
Dans les styles que je pratique, c’est généralement précieux. Il y a tout un courant en danses suédoises où c’est systématique et sans égard pour le sexe du partenaire (ici, le terme de genre me parait peu approprié : on parle de danses de couple). En fait, je trouverais assez logique d’apprendre d’abord à suivre. Je parle toujours bien des styles que je pratique. Avant d’être capitaine, il faut être moussaillon, quelque chose comme ça. Logique mais pas réaliste.Luc, Belgique (bal folk, others)

En fait, mon prof de tango m’a dit un jour que dans les vieilles écoles de tango de Buenos Aires, ont été créées pour apprendre la danse aux hommes. Ils entraient à l’école en tant que suiveurs jusqu’à ce qu’ils soient « prêts à guider ». La première approche qu’ils avaient de la danse étant donc en tant que suiveurs pour des danseurs plus avancés, jusqu’à ce qu’on vous estime suffisamment expérimenté pour avoir la responsabilité d’un autre corps.

L’idée d’essayer les deux rôles avant de choisir

Pour moi les cours devraient pouvoir proposer réellement une découverte des deux rôles,pour que chacun selon son attirance puisse choisir, découvrir, apprendre ce qu’il se passe en face de l’autre coté de l’abrazo, quel que soit son genre.Yann, Espagne (bal folk, tango, lindy hop, forrò, salsa, others)
De mon point de vue il faut pouvoir essayer les deux pour savoir où l’on se sent plus à l’aise. Je suis bien plus à l’aise en tant que guide, mais dans le cadre d’un cours cela peut permettre de mieux comprendre les subtilités du guidage et de la posture.Vincent, Suisse (bal folk, lindy hop, ballroom, musette)

Très important d’aborder selon moi sous forme de jeux et de démystifier le fait que l’homme guide et la femme suit. En tango il est historique que 2 hommes constituent des couples de danseurs. Ca permet aussi de facilité le lien social lors d’événements, de combler un déséquilibre hommes / femmes et aussi facilite le partage de technique hommes/hommes ou femmes/femmes car en sachant ce que ressent l’autre on sait si la personne qui nous guide maîtrise ou pas. Aussi important selon moi que la musicalité et le rythme. Apprendre a danser sans même se déplacer (dans sa tête et dans son corps). Cela ne doit pas être systématique pour ne pas rebuter les débutantsOlivier, France (salsa, forro)

Je trouve cette idée absolument brillante ! J’ai déjà rencontré des hommes avec une facilité naturelle et un goût pour le suivi, mais qui probablement ont été freinés dans leur développement et leur potentiel de suiveur par cette injonction homme = guider.

Si vous n’êtes pas tous d’accord sur le comment et le quand, vous êtes en revanche d’accord pour dire que la vieille manière d’enseigner par genre est complètement dépassée.

Je pense qu’un cours qui ne fait pas les 2 n’est pas un cours complet, un professeur qui tente de te figer dans un rôle (pour une raison X ou Y, sexe, genre, coutume, usage, morphologie…) devrait fondamentalement revoir son enseignement et sa pédagogieJulien, France (bal folk, tango, ballroom, others)

Finir tout en poésie

Le dernier mot revient à Samuel, qui a le mieux compris le vrai sens du rôle de suiveur !

Suivre c'est comme boire un bon vin : au début, on aime pas vraiment ça mais on se force un peu. Ensuite, on aime ça et on prend plaisir. Enfin, on en découvre toute la subtilité et la richesse. (ca marche aussi pour le café, whisky...^^)Samuel, France (bal folk, forrò)