La danse bretonne expliquée aux folkeux du dimanche

Chris de la Verrerie - FlickrChris de la Verrerie – Flickr

Généralement quand je dis aux moldus que je fais de la danse traditionnelle, la réponse classique qui surgit prend généralement la forme de “ah, tu fais des danses avec les petits doigts ?” en mimant un moulinet avec les bras. Sous-entendu : je fais de la danse bretonne en habit traditionnel avec une coiffe. Non, donc. Le fait est que la danse bretonne est emblématique des danses traditionnelles, mais qu’à part les bretons, personne ne sait exactement ce qui se passe au-delà des petits doigts entremêlés. Décryptage d’une danse qui, non, n’est pas chiante.

Fest-noz versus cercles celtiques

Le fest-noz (au pluriel des festou-noz) est tout simplement le bal traditionnel en breton. Il prend généralement la même forme et les mêmes codes que le bal folk / trad, à savoir :

  • de la musique live avec des groupes amateurs à professionnels
  • des danses et musiques issues du répertoire traditionnel ou récent
  • absence de costumes traditionnels

Tout comme le bal folk, la fête paysanne traditionnelle a décliné au début du 20e siècle, pour retrouver quelques lettres de noblesses dans les années 70 avec un fort courant revivaliste qui perdure encore aujourd’hui.

Marshmallow Photo - Het Lindeboom 2018
Marshmallow Photo – Het Lindeboom 2018

Il y a donc foison fest-noz en Bretagne, mais pas que, et comme au bal folk on y trouve de tout, du plus au moins trad en passant par l’électro.

Autant le fest-noz est un bal breton qui ne s’oblige à aucun respect strict des coutumes bretonnes, ni de costumes, autant il ne faudra pas le confondre avec des manifestations organisées par des cercles celtiques, plus axées sur le spectacle, la démonstration et une danse codifiée pour lesquelles on sortira le costume traditionnel.

Evan de Bretagne découvre les cercles celtiques et c’est bien drôle

Précisons aussi qu’il n’y a pas une danse bretonne mais DES danses bretonnes, chaque village ou région ayant développé ses propres danses, ses propres styles ou interprétations.

Petite playlist musicale pour faire une ambiance de fond pendant la lecture de cet article.

Développer l’effet de transe

Les danses bretonnes ont la réputation d’être longues, répétitives, voire même un peu chiantes. Une idée, véhiculée généralement quand on n’a participé qu’à des chaines ou des ronds mal dansés, mais ça ne représente pas la diversité des danses, la technicité que ça peut représenter, ni la sensation d’une énergie de groupe bien mené.

J’en avais déjà un peu parlé dans Développer l’énergie en danse de groupe, à quoi ça sert ?  mais une chaine bien formée, soudée, avec des gens qui respectent le pas et l’énergie commune, peut amener à une sorte d’état de transe. Se déplacer en groupe de manière fluide est un art qui demande un effort commun. C’est la grande particularité des danses bretonnes, cette capacité à créer une énergie commune et une sorte de transe collective. Et tout est fait pour arriver à cet état de danse : les morceaux sont plus longs qu’en bal folk, allant facilement de 8 à 15 minutes, les rythmes forts et répétitifs, les pas axés sur un rebond sec et vertical et des jeux de jambes, les hauts du corps statiques et serrés les uns aux autres…

La longueur du morceau peut aussi s’expliquer quand une danse en une seule partie (comme la gavotte ou le plinn) est « fractionnée » en plusieurs parties. On obtient alors des « suite gavotte » ou « suite plinn » en trois parties, avec trois énergies différentes : le ton simple (on y va mollo les gars, on a 15 minutes à tenir), le bal (partie calme, en cortège par exemple pour le plinn), et le ton double (le moment de tout donner).

Yaouank, « jeune » en breton, le plus gros fest-noz de Bretagne

Danses du bal folk et danses bretonnes

Il est bon de préciser que dans le milieu des bal folk nous ne dansons que quelques danses bretonnes, les plus connues (an-dro, hanter-dro, plinn, koast ar choa’t, rond de saint-vincent, laridé…), il en existe bien une multitude qui nous sont peu ou pas connues.

En outre le folkeux du dimanche ne le sait pas, mais il existe quelques manières de danser inhérentes à la danse bretonne qui sont soit méconnues, soit largement ignorées/piétinées par les danseurs de folk, et qu’on peut évoquer en vrac :

Une tendance à courir sur le koast ar choa’t

Cette danse célèbre et populaire pour ses jeux de jambes et son dynamisme a bien trouvé sa place en bal folk, mais systématiquement « courue » par les danseurs là où la version bretonne donne la sensation d’être quasiment à l’arrêt. Même combat pour le plinn qui a tendance à être sauté un peu au petit bonheur la chance, là où le breton préfèrera minimalisme et sobriété (de style).

Une tendance à s’insérer au milieu d’une chaîne

Comme au bal folk, les danses en rond ou en chaînes sont traditionnellement dansées en alternant hommes et femmes, même dans les danses où on ne change pas de partenaire et même si tout le monde fait la même chose. Mais au fest-noz comme partout, il peut y avoir plus de femmes que d’hommes qui veulent danser ou l’évolution des mentalités a tout simplement fait perdre cette habitude.

Le squateur
Le squatteur, quand t’essaie juste de garder le rond ou la chaîne à une bonne taille

Quoi qu’il en soit, certaines personnes rejoignent une chaîne « par paire » et donc si vous venez vous incruster au milieu, vous pouvez tout simplement interrompre deux personnes qui voudraient danser ensemble. D’autant plus que si la danse a déjà commencé, vous pouvez sans le vouloir interrompre l’effort collectif pour créer cette cohésion dont nous avons parlé plus haut.

Pour toutes ces raisons, il est de bon ton d’attendre la fin de la chaîne pour se raccrocher ! Les chaînes bretonnes se faisant en déambulation, en attendant quelques secondes vous finirez certainement par croiser une personne avec la main droite dans le dos, symbolisant la fin de la chaîne.

Il est également généralement admis en fest-noz que les personnes les plus expérimentées vont naturellement prendre le pilotage de la chaîne, et rassembleront autour d’eux d’autres gens expérimentés. Petit conseil pour les débutants, si vous avez un doute sur la chaîne, n’hésitez pas à regarder ceux qui guident le groupe.

Une tendance à s’emballer sur la taille des ronds et le déplacement des chaînes

Ce n’est pas spécifique à la danse bretonne, mais les ronds et les chaînes de bal folk prennent parfois des airs un peu chaotiques, là ou en fest-noz les danseurs confirmés sont un peu plus ordonnés.

Ainsi le danseur de bal folk inexpérimenté va avoir tendance à faire mettre trop de danseurs dans un très grand cercle, là où on ferait mieux d’avoir plusieurs petits ronds.

Le fait de courir partout en faisant le koast ar choa’t ou le plinn donne parfois des déplacements en zig zag ou à contresens qui ne sont parfois pas des plus confortables ou esthétique.

Mon conseil là dessus serait de bien regarder la chaîne ou le rond que vous allez rejoindre. N’allez pas là ou ça galope à contresens si vous aimez bien le sur-place, et regardez bien la taille du rond avant de débarquer avec votre partenaire.

Une tendance à faire de la scottish sur un an-dro

Certains danseurs de bal folk ont une tendance à se mettre directement en position de danse de couple quand le groupe annonce un an-dro ou un hanter-dro, dans le but de danser respectivement une scottish ou une scottish impaire. En effet, rythmiquement ces danses coïncident.

Jusque-là, je n’ai pas particulièrement de soucis avec ça, tant que vous ne gênez personne, vous faites bien ce que vous voulez.

En revanche, par respect pour le groupe qui a composé un an-dro (et pas une scottish, sinon ils auraient dit « scottish »), j’inviterais les danseurs de folk à faire attention de ne pas gêner les déplacements de la chaîne.

D’autant que si l’an-dro est bien composé, la mélodie ne colle pas bien au fonctionnement de la scottish. Donc avant de considérer que an-dro = scottish, j’inciterais bien les danseurs de prendre quelques secondes de recul afin d’écouter le morceau, de décider s’il véhicule vraiment de la scottish, et si oui, de danser en couple en laissant de l’espace de danse à ceux qui dansent vraiment l’an-dro.

Une tendance à bouger les bras dans tous les sens dans les ronds

Dernier petit conseil aux débutants de danses bretonnes, celui de bien penser à se décrisper les bras et les doigts, afin de ne pas broyer les mains de ses partenaires. Les mouvements de bras liés à la danse bretonne sont généralement générés naturellement par le pas et l’impulsion donnée par le groupe, et les débutants ont tendance à penser qu’il faut « générer » le geste. Mais étrangement plus vous serez détendu et moins vous essaierez de le faire, plus ce sera facile et naturel de capter le mouvement généré par le groupe.

Vidéo : Tamn Kreiz

Nous autres, folkeux du dimanche, avons tendance à danser le breton trop loin les uns des autres, et trop vite, tout en négligeant les bras qui s’agitent de manière décousue vu qu’on est trop loin de nos voisins. Ainsi, on me souffle dans l’oreille de ne pas confondre vitesse et précipitation et d’accorder un peu plus d’attention aux bras ! Par exemple, saviez-vous que le rond de St Vincent est une danse de bras et non de jambe ? Exit les moulinets de l’andro!

Rond de St Vincent

La gavotte de l’Aven, le grand clash

Ces dernières années, la Gavotte de l’Aven ou parfois appelée Gavotte de l’Aven Caresse ou encore Gavotte de Grenoble, s’est beaucoup popularisée dans les bals folk généralistes. Cette danse n’est pas du tout traditionnelle, mais bien piquée au répertoire breton, et dont la réinvention « néo » ne date en fait que de quelques années (genre 10 ans).

Un emprunt qui énerve parfois le breton de souche, car il s’agit bien du pas breton qu’on a ralenti, calé sur une musique lente, et dont les règles de déplacement se sont largement perdues dans les limbes des festivals néo-folk.

Version bretonne
Version folk


Pour ma part, si j’aime beaucoup la version folk « caresse » de la Gavotte de l’Aven, propice à l’improvisation tango-truc, je pense que le mode de déplacement à bretonne, face au centre, la 1ère et la 4ème personne de la chaine menant en même temps pour garder une cohésion dans le groupe, est beaucoup plus efficace en terme de déplacement dans la salle et de gestion de l’espace.

Vous l’aurez compris, l’univers des festou-noz est grand et parfois mal connu et mal respecté par les folkeux du dimanche. Autant la danse bretonne n’est pas mon domaine d’expertise ou mes danses préférées, autant je comprends qu’il faille faire de son mieux pour les danser correctement et que les danseurs bretons aient à coeur de bien faire connaître leur répertoire dansant et musical très riche !

Je remercie chaleureusement mon amie Lucie qui m’a assisté dans la rédaction de cet article et vous prodigue ces bons conseils pour une danse plus efficace, ainsi que l’association Tamm-Kreiz pour ses superbes vidéos tutoriel pour danser un breton parfait et ses conseils en musique bretonne très appréciés.

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CARON Remi

Bonjour,

En tant que folkeur ET ex-danseur de groupe de danses bretonnes, j’ai cette nuance à faire:
Le breton, c’est la trans de la chaine, et le folk, c’est la trans des danses de couple…
il n’y a pas de meilleur ou de moins bon, tout dépend ce que l’on recherche…

en quand on annonce cercle circassien et que les bretons se mettent en chapeloise, c’est assez comique aussi…

Au final, le + important, c’est de prendre du plaisir sans embéter ses voisins…

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