13 décembre 2016
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Engager son corps dans la danse

Unsplash - Kyson DanaUnsplash – Kyson Dana

Quand nous parlons de danse, très vite nous avons tendance à parler relations sociales, fun, musicalité, rythmique, passes, connexion, bons et mauvais danseurs, théories sur comment guider et suivre efficacement… Et de temps en temps, quelqu’un va dire “ Danser a changé ma perception au corps. Ça a influencé ma posture et ma confiance en moi, m’a fait réfléchir à ma sensualité et à ma condition physique”.

Concentrés comme nous le sommes sur les techniques de danse pour devenir de meilleurs danseurs, avoir de meilleurs partenaires, réussir les passes les plus impressionnantes, nous oublions assez souvent que la danse est surtout une histoire de corps qui communiquent. Un langage sans mots comme on dit,  qui révèle pourtant pas mal de choses sur nous.

Mon corps, ma confiance en moi

Comme l’a exprimé la dessinatrice Lucy Bellwood dans son excellente bande dessinée – Dance Yourself Clean (en anglais) – , la danse peut révéler et nous délivrer des nombreux complexes que nous pouvons entretenir par rapport à notre corps  (et particulièrement le corps des femmes), dans un monde où danser (généralement dans un club) rime souvent avec « repousser les crétins ». A moins d’avoir été assez chanceux pour commencer la danse jeune, nombre d’entre nous ont une vision assez restrictive et pas toujours agréable de la danse avant d’en faire une passion.

Dance yourself clean
Dance yourself clean, par Lucy Bellwood

Dans le monde d’aujourd’hui, la relation que nous entretenons avec notre corps est souvent difficile. Nous entrons dans le milieu de la danse avec notre lot de complexes à propos de notre poids, notre taille, notre âge, notre look, mais aussi notre sens du rythme et notre capacité à danser qui ne nous semblent pas toujours au top.

Le milieu de la danse n’est bien sûr pas exempt de gens qui sélectionnent leurs partenaires au physique ou à l’âge et qui alimentent nos névroses… Mais dans la plupart des cas, la danse est un milieu accueillant dans lequel on finit par se débarrasser de ses complexes. Avec des partenaires et un enseignement bienveillants, c’est le meilleur endroit pour travailler son estime de soi, prendre conscience de son corps et revendiquer le parquet comme un espace de liberté où on peut être soi même.

Connaissez vous les ateliers de solo blues d'Annette Kühnle ?
Connaissez vous les ateliers de solo blues d’Annette Kühnle ? Elle saura faire ressortir le Travolta qui dors en vous. Ici en duo avec Leigh Anderson. Photo par Jean-Baptiste Lamontre

Comme le dit Lucy Bellwood dans son comic strip, « A ces sessions de danses hebdomadaires et ces festivals, j’ai vu des femmes de toutes formes et toutes tailles se déchaîner. Afficher leurs mouvements et leur sensualité comme un talent et une compétence. Être respectées pour leur présence plutôt que pour leur potentiel de séduction.”

J’aime l’idée que les gens utilisent le potentiel de leur corps pour la danse, et ne sont pas nécessairement là pour draguer, mais bien pour être eux même dans la danse et se perdre dans la musique. C’est un espace où il est possible de flirter, de partager une intimité et une proximité physique avec une personne, juste pour le temps d’une danse, dans une atmosphère bienveillante. Ou quand la musique commence à groover, avoir la possibilité de juste se lancer dans l’arène et bouger de tout son corps et de toute son âme.

**Shake what your mama gave’ya !**
Curtis and Elizabeth Performance, All Around the World by John Boutte. bluesSHOUT! 2014 bluesSHOUT

Notre corps est un outil au service de la danse

Cette confiance en soi que nous développons, cette corporalité, nous pouvons l’utiliser comme un outil, une technique au service de la danse. Une fois qu’on prend conscience de son propre corps, on peut l’utiliser à son plein potentiel.

Tango dancer Maria Filali – The Body (in french, please turn the subtitles on)

Dans l’idée de nous améliorer comme danseur, il y a un travail introspectif à réaliser, une auto-analyse à faire sur notre corps.

  • Comment est ma posture ?
  • Est-ce que je contracte mon dos, mes bras, mes abdominaux ? Quand et comment ?
  • Est-ce que je fais un pas, ou est-ce que j’utilise mes articulations, mes orteils, mes chevilles pour prendre appui sur le sol ?
  • Est-ce que j’utilise mon haut du corps pour communiquer avec mon partenaire ?
  • Est-ce que mes hanches sont libres ou juste un bloc avec mon haut du corps ?
  • Est-ce que mes épaules sont relâchées ?
  • Est-ce que je respire normalement quand je danse ?
De la où je viens, de par la danse mais aussi en tant que personne, pour moi ça [la danse] va des cheveux aux pieds.Maria Filali
C’est ça qui m’intéresse dans cette danse : des paliers où tu assures des nouvelles sensations qui te procurent beaucoup d’efficacité, de confort, de relation, de saveurs…Maria Filali

Il existe un grand nombre d’atelier et de cours à ce sujet, notamment dans les festivals. Si vous n’en avez jamais fait, je vous les recommande grandement tous autant qu’ils sont. Connaître les mécanismes de notre propre corps nous aide forcément à nous améliorer en tant que danseur.

Être en contact avec un autre corps

En danse de couple, nous utilisons notre corps, notre présence et notre énergie, pour construire un dialogue à deux sans échanger un seul mot avec notre partenaire. Comme il est bien normal d’avoir un peu de respect et d’attention pour notre propre corps, et que personne ne veut finir chez le kiné un lendemain de bal, notre premier soucis devrait être de faire attention à notre corps et à celui de notre partenaire.
Leader, attention à mon dos steuplé

Il existe encore ce bon vieux stéréotype parmi les danseurs « le leader décide et le follower obéit ». Petit paradoxe : les meilleures danses sont celles où les deux partenaires sont entièrement engagés dans un processus d’écoute de l’autre, chacun proposant des variations.

Pour faire ceci proprement, votre posture et votre cadre de danse doivent être impeccables, clair et aussi confortable que possible. Les danseurs de tango ont un nom pour désigner la connexion, Abrazo, qui signifie étreinte en espagnol.

Abrazo

De nombreux danseurs vous le diront : un bon abrazo est la chose la plus importante en danse. Pas le nombre de passes que vous connaissez, ou si vous savez faire des tombés et des portés. La connexion est la clef. Certains danseurs sont tellement confortables qu’à peine dans leurs bras, avant que la musique débute vous êtes déjà “whoa !”. Avec un bon abrazo, la personne qui guide pourrait se cantonner au pas de base encore et encore que le follower n’y verrait aucune objection. Parce qu’il se passe tellement de chose à l’intérieur du couple, qu’il n’y a besoin de rien d’autre.

“Quand tu guides, ton cadre doit être solide afin que ton follower puisse te comprendre”, c’est l’un des principes qu’on apprend aujourd’hui aux débutants. Pourtant, si un cadre trop faible est tout simplement ennuyeux, un cadre trop fort peut facilement faire mal au partenaire (pour preuve, le gars qui m’a froissé les muscles de la cage thoracique pendant 10 jours, merci mec). En réalité, votre cadre doit être juste assez ferme pour être parfaitement compréhensible, mais également flexible. J’ai toujours eu en tête l’idée d’un danseur ninja, souple, silencieux, précis.

Dans le couple de danse, il y a également un travail introspectif à faire :

  • Comment est ma posture dans le couple ?
  • Est-ce que j’accorde de l’écoute à mon partenaire en même temps que je guide ? (sans oublier le reste de la salle)
  • Est-ce que je suis stable ou est-ce que j’envoie des indications perturbatrices (beaucoup de danseurs bougent les épaules et les mains sans s’en rendre compte et ce qui perturbe leur guidage)
  • Est-ce que je garde mon équilibre propre quand je bouge ou quand je tourne
Good and bad postures - The biggest mistakes dancers make, by Delta Dance
Est-ce que vous avez une bonne posture ?
Le meilleur moyen de le savoir reste encore de demander à votre prof ou vos partenaires de danse pendant un cours.

Comment avoir une bonne posture en tango (anglais) | Argentine Tango, by HowCast

Et parce que je sais bien que, comme moi, vous adorez les vidéos sur YouTube, voici quelques exemples de belles connexions.

Sarah & Matheus  – Forró

Paulo & Sara – Bal folk mazurka

Dans ces deux exemples, vous pouvez voir de nombreuses bonnes choses :

  • Leaders et followers se tiennent droits, même quand leurs partenaires sont plus petits
  • Chaque danseur est responsable de son propre axe
  • Les épaules sont basses et détendues et la ligne de connexion (épaules, bras) entre leader et follower est parfaitement flexible
  • Les danseurs ne marchent pas lourdement, ils se déplacent souplement sur le sol
  • Les hanches et les jambes des danseurs sont libres de mouvement, leur permettant de bouger et de rajouter du rebond ou des variations quand ils le souhaitent
  • Ils n’imposent pas de mouvement au corps de l’autre
  • Ils font super attention à leur partenaire quand ils entrent ou sortent de la position fermée

Être en contact avec quelqu’un n’est pas anodin

Parfois nous pouvons nous sentir mal à l’aise pour plusieurs raisons : le partenaire danse trop près de nous, il nous serre de trop près, ou trop fort.  Il est très important de dire aux danseurs quand ils vous font mal. La plupart du temps, ils ne s’en rendent même pas compte, ils ne le savent pas. Et si vous ne dites rien vous leur laisser la possibilité de faire mal à d’autres personnes, même avec les meilleures intentions. Même chose si vous avez déjà mal au dos par exemple, ou si vous n’êtes pas à l’aise avec les portés, les tombés ou danser fermé…, c’est VOTRE corps et vous devez dire non à tout ce qui vous met mal à l’aise.

Il est fréquent d’entendre des danseurs dire “Je n’aime pas danser avec des débutants/inconnus, parce qu’ils me font mal. Ils ne se tiennent pas correctement et je dois compenser, pousser, tirer… Ils/Elles s’agrippent à mon épaule et après une danse ou deux, j’ai mal”

Pour plus d’informations, je vous renvoie vers cet article très pertinent de The Dancing Grapevine (en anglais), qui liste les nombreuses situations inconfortables auquel votre vie de danseur peut vous confronter, et quels sont les codes corporels que vous pouvez utiliser pour faire comprendre à votre partenaire que là ça ne va pas. Et bien entendu, si ça ne suffit pas, il faudra verbaliser votre inconfort à la personne. Et si ça ne fonctionne toujours pas, il faut en faire part aux organisateurs du bal qui – en tant que personnes neutres – peuvent vous aider à analyser ce qui ne va pas.


Soyez attentif à vos limites

Plus je danse, plus je ressens le besoin de protéger mon corps, notamment mon dos et mes chevilles. Qui n’est pas fatigué après une nuit de danse ? Est-ce que vos pieds vous font souffrir ? Le dos ? Les jambes ? Les épaules peut-être ? Avec la danse, notre corps deviens plus solide, la musculature des jambes et du dos se développent mais nous pouvons également devenir sujets à des blessures comme les tendinites, les fractures de fatigue et de multiples problèmes au dos et aux genoux.

Nous devons donc savoir nous préparer et limiter les dommages potentiels, en apprenant à nous échauffer, à nous étirer et à récupérer. Une blessure peut signifier un arrêt de la danse pendant plusieurs mois, du coup pour prévenir ce genre de désagrément, autant se préparer, se munir de bonnes chaussures et apprendre à nous protéger un peu.

Il est maintenant courant de s’échauffer légèrement quand nous faisons des ateliers. J’entends par là un éveil corporel, et non un véritable échauffement dont le bénéfice pour le corps n’est pas toujours établit. Nous avons pris cette habitude lors des cours et des ateliers, mais étrangement peu de danseurs s’échauffent avant une soirée, même si la danse sociale est aussi intense que les sessions de travail. Il est possible de se sentir un peu « observé » quand on s’échauffe avant un bal, mais votre dos vous dira merci le lendemain.

Quels genres d’exercices et combien de temps ?

Pas besoin d’un échauffement d’une heure avec footing ! Bien sûr ça dépend de la physiologie de chacun. Éveiller votre corps nous aide à nous détendre et à nous débarrasser du stress de la journée, et nous préparer à l’exercice physique. Généralement je m’échauffe en commençant par la tête jusqu’aux pieds, un exercice par partie du corps.

Exemple d’éveil musculaire

  1. Faire rouler sa tête d’une épaule à l’autre (doucement !)
  2. Faire rouler ses épaules, dans un sens puis dans l’autre
  3. Tourner le haut du corps d’un coté à l’autre
  4. Faire des 8 avec ses hanches
  5. Plier les genoux
  6. Faire jouer ses chevilles
  7. Se mettre sur la pointe des pieds
Exemple d’étirements

  1. Etirer les pieds
  2. Etirer les mollets
  3. Se pencher en avant pour étirer le dos et la colonne vertébrale
  4. Etirer les épaules
  5. Bailler

Il existe de nombreux articles et vidéos qui vous donneront des tas d’idées sur comment s’échauffer et s’étirer. Voici par exemple comment étirer ses pieds après la danse, ou comment avoir un repos constructif (en anglais).



Danser est un moyen incroyable pour reprendre le contrôle de son propre corps et enfin l’habiter. Danser a un effet psychologique et physique sur nous, et c’est l’une des raisons pour laquelle nous aimons tant danser. Nous pouvons travailler là dessus, nous mettre des défis, progresser, évoluer, mais nous devons également avoir conscience de nos limites et le protéger. Pour pouvoir continuer le plus longtemps possible…

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