10 octobre 2016
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L’incroyable créativité de la musique folk à danser

Unsplash - Jens ThekkeveettilUnsplash – Jens Thekkeveettil

Il y a quelque chose de particulièrement incroyable qui se passe depuis quelques années dans le milieu du bal folk. Tous les danseurs qui parcourent les festivals en France et en Europe vous le diront : il y a un nombre croissant de nouveaux groupes de musique de très bonne qualité. Depuis quelques temps, je suis particulièrement fascinée par la richesse et la créativité autour des compositions de musique à danser. Je ne vois rien d’approchant dans les autres milieux de danse, ce rassemblement de musiciens, tous ces groupes qui se montent et qui mixent des influences très variées pour composer de la musique spécifiquement pour les danseurs.

Allez dans n’importe quelle ville, vous trouverez un groupe de musique local. Trouvez un danseur qui est aussi musicien et vous verrez qu’il s’est déjà essayé à la composition de valse ou de mazurka.

Dans cet article je m’attarderais plus spécialement sur la musique folk et néo folk, et pas la musique dite traditionnelle. Je pense que ces milieux fonctionnent vraiment de la même manière mais mes connaissances musicales en musique traditionnelle sont plus limitées.

Photo : Julien Wieser Folkographie https://www.facebook.com/julienwieserfolkographie/
St Gervais 2016 – Photo : Julien Wieser Folkographie Facebook J.Wieser Folkographie

Le bal folk, un cas unique

Jetons un coup d’œil aux autres danses. Au tango et au forro, groupes, danseurs et organisateurs sont tous nostalgiques d’un « âge d’or » des années 40/50 qui représente encore le pic de la créativité de la musique à danser. Il y a des groupes qui composent, bien sûr, mais il n’y a pas une soirée où on ne nous passe pas des vieux tubes d’antan (tuez moi si j’entends encore « et maintenant, une chanson de Luiz Gonzaga »). Si vous voulez danser nuevo, vous allumez juste votre lecteur mp3 sur de la musique pop. C’est le cas pour des danses comme la salsa, la bachata, etc… qui utilisent de la musique actuelle (ce qui n’est pas un problème, en soi) mais pas réellement composée pour la danse.

L’Electro Swing et l’electro tango font preuve de créativité mais contiennent aussi beaucoup de remix de vieux morceaux et j’ai l’impression qu’on réutilise beaucoup du vieux pour faire du neuf. Et pour ce qui est du blues dancing, vous pouvez deviner rien que par le nom, que nous passons de la musique blues. En tant que DJ local, je peux vous dire que tous les blues sont pas dansables, et c’est ça demande généralement un travail important et une solide culture musicale pour sélectionner les musiques qui vont convenir aux danseurs en terme de construction, de durée et de tempo.

Je ne suis pas très familière avec la programmation musical des autres scènes de danse, donc le propos peut sembler un peu général (mes excuses). Car oui, la création autour de la musique à danser existe dans toutes les danses bien évidement, mais je pense vraiment que le bal folk évolue à une échelle différente : tout le monde connaît un musicien. Et ce musicien a toujours – au moins une fois – composé pour la danse, monté un groupe, ou peut-être même 4 groupes différents. L’un va être plus irlandais, un autre vraiment traditionnel, un autre va y ajouter des sonorités orientales, ou encore a capella, et un autre groupe uniquement des instruments à cordes. Et tous les morceaux sont composées pour la danse, étudiés en structure, en rythme pour les danseurs. Parfois avec plus ou moins de réussite.

Et nous ne réalisons pas vraiment la chance que nous avons.

Un exemple parlant de la particularité bal folk comparée aux autres danses, c’est notre organisation de festivals. Au tango / forro / swing, la communication autour de l’évènement est focalisée sur les cours et les maestros, une ou deux soirées avec des groupes invités, le reste en DJ. Un festival de bal folk se rapproche plus de la construction d’un festival de musique, avec une affiche de 5 à 7 groupes répartis tout le week end, et moins de mise en avant des professeurs et des cours de danse qui sont généralement facultatifs. Il n’y a jamais de DJ.

Mélanger les influences

Il semble y avoir une compétition en Europe sur qui aura le meilleur groupe Neo Folk et nous devrions peut-être créer une sorte d’Eurovision du bal folk, il y aurait certainement du sport…

Si je devais rapidement lister les principales influences qui viennent se greffer à nos musiques traditionnelles pour créer la danse d’aujourd’hui, je commencerais par les suivantes :

  • Le néo trad romantique : qui utilise les codes et les instruments du bal folk, mais en accentuant les mélodies pour les rendre romantiques (comme Duo Absynthe…)
  • Le multiculturel : mélanger la musique folk avec des sonorités ou des instruments d’une autre culture (comme le font Sons Libres, Bal’o Gadjo, Arasta Bazar…).
  • Les nouveaux instruments : rajouter des instruments qu’on voit rarement en folk, comme des cuivres, de la beatbox, ou autres instruments originaux (comme Beat Bouet Trio, Coiffure Joziane, Sous le Pont…)
  • L’Electro Folk : qui utilise des ordinateurs et des loop stations (Astoura, Super Parquet, Fao Fao, Multi Delta, ba.fnu…)

Un petit panel très éclectique de musique à danser

Musiciens, mais d’où viennent-ils ?

Enfants des bals folk

Il semble que de nombreux musiciens de bals folk soient les héritiers d’une sorte de tradition familiale. Il y a des groupes familiaux comme Estrad qui regroupent parents et enfants. On trouve aussi beaucoup de duos père-fils, comme le Duo Thébaut ou le  Duo Theze, des groupes fraternels comme les trois frères du Trio Dhoore, le Duo Botasso, les Frères Guichen… Et ne parlons même pas des groupes mari-femme !

Après le renouveau du bal folk dans les années 70, il apparaît que la nouvelle génération nourrie dans le milieu du bal folk ne se soit pas entrée en rupture avec l’univers « ringard » de leur enfance, mais au contrait ait décidé de faire à leur tour de la musique. Mais au lieu de reprendre les chansons de leurs aînés, ont décidé de faire du folk à leur sauce.Brillants musiciens, ils sont d’ailleurs nombreux à sortir du conservatoire, musiciens professionnels pour certains, et très créatifs dans la scène actuelle. C’est probablement pour cette raison que la danse folk attire de plus en plus de jeunes danseurs depuis quelques années. Car la musique, elle aussi, a évolué et a des consonances renouvelées qui plaisent à un nouveau public.

Photo : Samuel Lagneau
Bal folk of the future is in progress. Photo : Samuel Lagneau Facebook Marshmallow Photo

Quand les danseurs s’y mettent, ou l’art du boeuf

Bon nombre de groupes de folk ont été créés en boeuf, à la fin d’un bal, devant une bonne bière.

Beaucoup de danseurs de ma connaissance qui ont pratiqué un instrument pendant leur enfance (plus ou moins volontairement) ont redécouvert le plaisir de jouer lors des boeufs folk. Ce plaisir est souvent lié au fait de voir des gens réagir à la musique en dansant, et de pouvoir jouer en groupe dans une atmosphère conviviale. C’est tout naturellement que le danseur-musicien commence à composer sa première mazurka et se lance dans un groupe avec ses amis de boeuf. Autour de moi un nombre incroyable de personnes se sont d’ailleurs mis à jouer des instruments les plus improbables pour des jeunes trentenaires : accordéon diatonique, flutte, guitare,bodhran et cajon, violon, mandoline… sans compter ceux qui ont commencé à chanter.

Les règles du boeuf musical : s'asseoir en cercle, apporter les bières, commencer à jouer
Les règles du boeuf musical : s’asseoir en cercle, apporter les bières, commencer à jouer

Bal folk : connecte les musiciens

Je voulais montrer que beaucoup de groupes de folk sont liés, un musicien participant généralement à plusieurs groupes. J’ai donc commencé un petit schéma en commençant par Duo Absynthe, et en passant de musiciens en groupes et de groupes en musiciens. Une cartographie (non exhaustive) qui a bientôt pris des proportions importantes…

Cliquer pour ouvrir le schema

Bal folk bands universe.
CLICK TO OPEN Bal folk bands universe – A chart of main bal folk bands linked with each other. It is not exhaustive of course, but still quite fascinating…

En lisant ce schéma, merci de bien garder quelques notions à l’esprit :

  • Il n’est pas exhaustif
  • La scène trad n’est pas dessus, ni les groupes bretons, lorrains ou du Sud-Ouest. Chacun méritant son propre graphique…
  • Beaucoup de musiciens ont également un projet solo qui n’est pas représenté
  • Beaucoup de ces musiciens ont des groupes non folk qui ne sont pas représentés (rock, pop, classique …)
  • Plusieurs de ces musiciens sont parents/ frères / sœurs / enfants / époux d’autres musiciens sur ce graphique
  • Certains de ces projets n’existent probablement plus

Et parfois même plusieurs groupes décident de jouer ensemble

Un phénomène européen

Un autre aspect particulier de ce courant créatif, c’est qu’il est européen. Dans chaque pays où on danse le folk il y a des groupes locaux qui créent pour les danseurs : Belgique, Pays-Bas, Italie, Portugal… et même la République Tchèque et la Pologne !

Non seulement ils composent pour la scène locale, mais ils tournent aussi à l’international. Il y a une scène européenne assez forte qui, de festival en festival, fait tourner les groupes de tous les pays. Certains festivals comme Gennetines, Saint-Gervais ou Boombal sont réputés pour être des incubateurs et leur programmation fait découvrir de nouveaux groupes prometteurs groupes aux danseurs des différents pays.Un exemple récent serait le groupe Beat Bouet Trio, qui se produit beaucoup plus à l’étranger depuis que les danseurs européens les ont découvert au festival belge Boombal. C’est également le cas pour le groupe Tchèque Ba.fnu.

Tremplins et scènes ouvertes

Pour les jeunes groupes en recherche de reconnaissance ou désirant se tester, il existe tout un tas de scènes ouvertes ou de tremplins où les groupes concourent avec un set de 30 minutes. Un vote du public à la fin du bal détermine le gagnant. Un bon test pour les musiciens qui souhaitent tester leurs compos sur les danseurs, avec généralement à gagner quelques boissons gratuites et la promesse d’un futur bal comme tête d’affiche.

Quand j’ai recommencé à acheter des cds

Je finirais par dire que je me sens personnellement chanceuse de pouvoir profiter d’une telle créativité, de pouvoir toujours danser sur de la musique « live », que ce soit sur un groupe d’amateurs ou de musiciens professionnels du fin fond de l’Europe, avec une telle diversité de styles.

En folk, on aime les évènements pas chers, on a une certaine culture du gratuit et du bénévolat, mais on voit que petit à petit le niveau montant de la qualité des groupes demande une implication professionnelle, à la fois des organisateurs, des musiciens, de l’équipement et des sonorisateurs. Développer la musique et la créativité a un coût. Ce n’est évidement pas facile pour tout le monde mais la qualité a un prix. A une époque où on se demande souvent pourquoi payer la redevance TV, j’ai trouvé un investissement plus utile dans la musique artisanale. Acheter des CD est même devenu, pour moi et pour mes amis, un moyen de ramener des souvenirs de festivals de danse. Et au vu de mon étagère, j’ai plein de bons souvenirs.

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